Israël : un scrutin miné par la défiance et le risque d'impasse, "la démocratie israélienne est en difficulté et soumise à de nombreux défis"
À l'approche des législatives prévues le 27 octobre en Israël, le pays est sous tension extrême. Benjamin Netanyahou et ses alliés tentent d'écarter les partis arabes du scrutin.
- Publié le 25-09-2026 à 14h01

L'annonce a fait grand bruit mercredi 23 septembre : le Comité central qui supervise les élections israéliennes (CEC) a voté en faveur de l'invalidation de deux listes rassemblant les candidats de plusieurs partis arabes, ainsi que de la candidature de personnalités juives de gauche.
Le CEC, présidé par un juge de la Cour suprême, est composé de représentants des partis parlementaires, majoritairement favorables à la coalition sortante dirigée par Benjamin Netanyahou. Ces votes font suite aux pétitions déposées par le Likoud – le parti du Premier ministre – et par des formations et organisations alliées d'extrême droite. Elles accusent notamment les partis visés de nier l'existence d'Israël en tant qu'État juif et démocratique, ou bien d'inciter au racisme et à l'action terroriste contre le pays.
La Cour suprême doit encore se prononcer sur ces disqualifications dans les prochains jours et l'on s'attend à ce que la plupart d'entre elles soient annulées, mais cette manœuvre visant à tenir des dirigeants arabes à l'écart du processus démocratique en dit long sur la tension politique qui règne dans le pays à un peu plus d'un mois des législatives.
Bye bye Bibi ?
À 76 ans, Benjamin Netanyahou, qui totalise plus de dix-huit ans à la tête du gouvernement, joue son avenir dans les urnes. Une question brûle les lèvres des Israéliens comme des observateurs politiques : la fin de l'ère "Bibi" (son surnom en Israël) sonnera-t-elle le 27 octobre ?
S'il bénéficie de l'aura indéboulonnable d'un "Monsieur Sécurité", le Premier ministre traîne de lourdes casseroles : un mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité dans le cadre des représailles israéliennes aux massacres commis par le Hamas le 7 octobre 2023 à Gaza ; des charges pour corruption, fraude et abus de confiance dans son propre pays… Cette image écornée n'a pas pour autant entamé sa détermination à remporter un nouveau scrutin ; probablement le plus délicat de sa carrière politique.
Un Likoud à égalité avec Yashar
Le 11 septembre, un sondage de la version hébraïque du Times of Israel créditait le Likoud de 23 sièges, soit très loin de la majorité de 61 sièges sur les 120 que compte la Knesset (le Parlement israélien). Un résultat qui le place au coude à coude avec le parti Yashar, conduit par l'ex-chef d'état-major de l'armée Gadi Eisenkot. Ce dernier est considéré comme le plus sérieux rival du Premier ministre pour ce scrutin.
Si ces projections se vérifient, la coalition d'opposition rassemblée autour de Yashar aurait dans tous les cas besoin de l'appui des partis arabes, actuellement crédités de 11 à 13 sièges, pour s'emparer du pouvoir. Un état de fait qui pourrait expliquer les motivations du Likoud à tenter de disqualifier ces derniers à travers ses pétitions adressées au Comité électoral.
Des craintes pour l'intégrité du scrutin et une suspicion mutuelle
Selon l'Institut israélien de la démocratie (IDI), auteur d'un sondage paru en août, 72 % des Israéliens juifs et 58,5 % des Israéliens arabes (qui représentent 1/5e de la population du pays) estiment que l'intégrité des élections en Israël est menacée. "Ce soupçon est alimenté principalement par les partis de la coalition, qui ont tout intérêt, en cas de défaite, à remettre en cause, voire à délégitimer les résultats des élections", commente Ofer Kenig, maître de conférences à l'Ashkelon Academic College et chercheur à l'IDI.
Outre l'inquiétude liée à la non-reconnaissance d'une défaite, l'analyste pointe des craintes d'"irrégularités le jour du scrutin", portées, elles, par le bloc anti-Netanyahou. "Il ne faut pas oublier que c'est la police qui assure le bon déroulement de l'élection et que cette police est, bien sûr, sous l'influence du ministre de la Sécurité intérieure, Itamar Ben Gvir. On peut donc parler de suspicion mutuelle", explique-t-il.
Un report du scrutin jugé improbable
En difficulté dans les sondages, Benjamin Netanyahou pourrait-il tenter de reporter le scrutin en espérant des vents plus favorables ? L'hypothèse circule, mais paraît peu probable. Pour cela, il lui faudrait en effet réunir une majorité d'au moins 80 députés de la Knesset.
Sauf "catastrophe sécuritaire" d'une ampleur telle qu'elle convaincrait les partis d'opposition de soutenir un tel report, ce scénario paraît irréaliste, analyse Ofer Kenig, qui se dit donc confiant en la bonne tenue du scrutin. "La démocratie israélienne est en difficulté et soumise à de nombreux défis, et peut-être suis-je naïf, mais je crois que l'ADN des citoyens est démocratique et qu'ils ne toléreront aucune contestation concernant les élections."
La crainte d'une "nouvelle impasse politique"
À un peu plus d'un mois de l'échéance électorale, le danger tient davantage au fait qu'aucune des forces en présence ne semble en mesure de rassembler assez de voix pour l'emporter. "Des résultats électoraux indécis et de longues négociations pour former une coalition ne sont pas rares en Israël… C'est peut-être même la norme", glisse Ofer Kenig.
À l'exception d'un scénario où le camp anti-Netanyahou s'allierait avec les partis arabes, il semble pour l'instant impossible d'entrevoir une coalition assez stable pour gouverner le pays. Une situation qui pourrait enfermer Israël, pronostique le chercheur, dans "une nouvelle impasse politique". Les chances de voir se concrétiser une alliance entre la coalition d'opposition et les partis arabes sont en effet extrêmement faibles à ce stade, observe Ofer Kenig : "La plupart des citoyens juifs israéliens ne soutiennent pas l'idée d'une coopération d'un parti juif sioniste, comme celui de Gadi Eisenkot, avec les Arabes."
Faute de nouveau gouvernement, Benjamin Netanyahou resterait alors aux commandes, à la tête d'un exécutif de transition.
