À Liverpool, Andry Burnham a rendu le sourire aux travaillistes britanniques : "Il est arrivé au pouvoir en sachant ce qu'il voulait faire"
En deux mois, le nouveau Premier ministre a regagné la confiance d'une partie des électeurs du Labour déçus par son prédécesseur Keir Starmer. Le plus dur est à venir.

- Publié le 28-09-2026 à 19h36

La déprime des partisans du Labour a laissé la place à un espoir prudent. Le parti travailliste était réuni dimanche à Liverpool pour son congrès annuel. Après une édition 2025 morose, lors de laquelle la plupart des adhérents et des élus ne parvenaient pas à se retrouver dans le Labour de Keir Starmer, le changement de Premier ministre a considérablement amélioré le moral des équipes travaillistes. Les sourires et l'espoir ont effectué leur retour. "Andy Burnham est arrivé au pouvoir en sachant ce qu'il voulait faire, dans de nombreux secteurs, avec des idées politiques fortes, ce qui est indispensable pour bien les communiquer et les transmettre aux électeurs", appuie John McTernan, qui fut conseiller des anciens Premiers ministres Tony Blair et Gordon Brown. Sous-entendu : ce n'était pas le cas de son prédécesseur, bien qu'il avait eu l'occasion de se préparer à accéder au pouvoir pendant les quatre années qu'il avait passées à la tête du Labour.
Les sondages le confirment. L'entrée d'Andy Burnham au 10 Downing Street le 20 juillet, en remplacement de Keir Starmer, a donné un véritable élan aux siens. Entre le 22 juin, date de l'annonce de la démission de son prédécesseur, et la semaine dernière, le Labour est passé de 18 % à 23 % d'intentions de vote et surtout de la troisième à la première place nationale, selon l'institut de sondages YouGov.
Coup de barre à gauche
Dès son arrivée au pouvoir, le nouveau Premier ministre a voulu montrer aux électeurs qu'il comprenait leurs difficultés financières et qu'il comptait les aider à alléger leur fardeau. À partir du 1er octobre, la TVA de 5 % sur les factures d'électricité des ménages sera éliminée. Le prix des billets de bus sera limité dans tout le pays à 2 livres sterling (soit 2,15 euros), comme il l'avait fait lors de ses années comme maire du Grand Manchester (2017-2026). Au cours des dix prochaines années, environ 42000 logements sociaux seront construits en dehors de la capitale, Londres.
Certains des services publics privatisés pendant les années 1980 et 1990 pourraient revenir dans le giron de l'État, avec notamment l'annonce dimanche de la nationalisation des services de la compagnie ferroviaire Avanti West Coast. Toutes ces mesures se mettront en place dans le cadre d'une vaste décentralisation des pouvoirs, qui s'est notamment concrétisée par la création à Manchester d'une antenne du 10 Downing Street en charge du nord de l'Angleterre, qu'il a qualifié de "centre névralgique de nos projets visant à redonner de l'espoir aux régions laissées-pour-compte".
Plus populaire que son parti
Ces actions concrètes témoignent de sa volonté de replacer l'intérêt des Britanniques au centre des priorités gouvernementales. Une stratégie politique essentielle que n'avait pourtant pas suivie un Keir Starmer rapidement désapprouvé par les électeurs. Comme l'indiquent les sondages, elle a permis à Andy Burnham de regagner la confiance d'une partie des électeurs ayant déserté le Labour de son prédécesseur après l'élection générale de 2024 pour rejoindre les verts et les libéraux-démocrates, deux partis plus ouvertement pro-européens et plus à gauche sur les questions économiques et sociétales.
"Les électeurs qui ont changé leur position politique au cours des trois derniers mois votent en grande majorité en faveur du parti travailliste", explique Luke Tryl, le directeur du centre de réflexion More in Common. "Les premières mesures d'Andy Burnham lui ont façonné l'image d'un homme qui n'est pas déconnecté de la vie quotidienne des Britanniques et qui veut tenter de mettre fin à leurs difficultés financières, même si le doute persiste sur sa capacité à y parvenir sur le long terme. Si bien que son image est bien plus positive que celle de son parti auprès de quasiment tous les segments de la population."
Premiers nuages à l'horizon
Le programme des débats organisés durant le congrès travailliste laisse cependant pointer l'inquiétude que cette période de grâce prenne fin. Les thèmes de la croissance et de la cohésion du Parti travailliste reviennent régulièrement, alors que se profile à l'horizon l'annonce du premier budget du gouvernement dirigé par Andy Burnham, le 28 octobre prochain.
Avec une inflation toujours située autour de 3 %, une possible hausse des taux d'intérêt de la Banque d'Angleterre, une capacité budgétaire limitée en raison de la hausse des dépenses militaires, de santé, dans les retraites et les aides sociales : quelle direction prendront Andy Burnham et son ministre de l'Economie et des Finances John Healey, après que le premier ministre a pointé du doigt les excès du néolibéralisme et sa volonté d'un "nouveau modèle économique et politique" ?
Autant de questions discutées ouvertement mais sans nul doute aussi derrière les portes closes du congrès de Liverpool, et plus encore au cours du mois à venir. Avec un discours ciblé autour de la thématique "Redonner l'espoir", Andy Burnham tentera ce mardi de perpétuer le sourire des siens.