Face au saisissant déclin du Roi du Maroc, un jeune Prince pointe le bout de son nez
Chacune de ses apparitions est scrutée. La santé déclinante de Mohammed VI laisse présager une succession prochaine à laquelle son fils est préparé, en dépit de son jeune âge et du jeu d'influence qui se joue autour de lui.
- Publié le 03-09-2025 à 11h45

Lors de la dernière fête du Trône, qui célèbre son accession à la tête de l'État marocain il y a 26 ans, Mohammed VI a eu besoin, pour la première fois, du soutien non seulement de son fils, mais aussi de son frère cadet pour s'asseoir afin de lire son discours.
Doit-on y voir une prise de position ostensible pour Moulay Hassan et Moulay Rachid, les princes respectivement premier et second dans l'ordre de succession ? Ils sont, tous deux, traditionnellement à ses côtés – à droite son fils et à gauche son frère – pour incarner la pérennité de la monarchie alaouite.
Le protocole de la vie du Roi du Maroc est cruel. À date fixe, chaque année, le souverain doit se soumettre à un certain nombre d'exercices ritualisés dont certains, par leur importance, sont rediffusés in extenso à la télévision : ceux-ci dévoilent cruellement son affaiblissement d'année en année. Le contraste entre le Roi et son héritier est chaque fois plus saisissant. Tandis que Moulay Hassan passe, devant l'objectif, de l'enfance à l'âge adulte, gagnant en taille et en carrure, son père s'amenuise.
Mohammed VI apparu avec une canne
Ainsi, lors de la Nuit du destin, le 26 mars, des images du Roi diffusées à la télévision l'ont montré assis sur un tabouret, fragile, apparaissant accablé au milieu de tous les autres fidèles agenouillés selon la tradition musulmane. L'année dernière, déjà, la caméra – officielle – s'était pudiquement détournée au moment où il s'agenouillait, pour le montrer par la suite déjà assis.

La santé du Roi a soudainement décliné en 2022 quand, après de longs mois d'absence, il est apparu profondément amaigri, livide et fragile. La rumeur publique s'inquiétait alors déjà d'un décès prochain. Sa santé s'est cependant légèrement améliorée, les années suivantes, même si elle reste encore extrêmement précaire. Fin octobre 2024, au moment de la visite du président français Emmanuel Macron, le Roi est apparu avec une canne. En juin, contre toute attente, il a été filmé par des vacanciers sur un jet-ski, près de Cabo Négro, au nord du Maroc.
De même, s'il paraît très amoindri sur les images du discours du trône, on le voit aussi marcher d'un pas décidé lorsqu'il préside, le même jour, à Tétouan, la cérémonie de prestation de serment des officiers lauréats des grandes écoles et instituts militaires et paramilitaires.
Moulay Hassan pour lui succéder
Quels que soient les sursauts de la santé de Mohammed VI, réels ou mis en scène, tout semble indiquer que l'accession au trône de Moulay Hassan approche à grand pas, que le Roi vienne à décéder ou qu'il abdique en faveur de son fils. Le fait qu'il ne l'ait pas encore fait, en dépit de son état, laisse toutefois penser qu'il ne s'y résoudra pas.
En attendant, le prince Moulay Hassan est formé au mieux pour prendre le relais le cas échéant et assurer la pérennité de la monarchie alaouite. À 22 ans à peine, le jeune Prince est désormais assez âgé pour se passer du Conseil de régence s'il devait accéder au trône.
Le prince Moulay Hassan est formé au mieux pour prendre le relais le cas échéant et assurer la pérennité de la monarchie alaouite.
Après son baccalauréat obtenu au Collège Royal, fondé expressément par son grand-père, Hassan II, pour la formation de son père, il n'est pas parti faire ses études à l'étranger comme nombre de princes arabes. Il a plutôt achevé ses études en relations internationales à la Faculté de gouvernance et des sciences économiques et sociales de l'Université Mohammed VI Polytechnique. Le tout jeune homme aurait refusé de s'installer à Benguerir, dans le centre du pays, où l'Université, fondée par l'OCP (le géant des phosphates marocains), a installé ses locaux principaux, pour préférer Rabat, la capitale, plus proche des activités officielles, de son père, de la cour et de sa mère divorcée.

Si celle-ci, Lalla Salma, a disparu des écrans depuis sa séparation d'avec le Roi, elle serait restée très proche de ses enfants. Avec elle, Mostapha Terrab, le patron de l'OCP, aurait également gagné en influence auprès du futur Roi, au point de s'attirer les foudres du Makhzen, la structure plus ou moins formelle dirigée par le ministère de l'Intérieur qui part du plus petit village pour remonter jusqu'au Roi. Des articles incendiaires attaquant Mostapha Terrab sont en effet parus dans Barlamane, un média fondé par Mohammed Khabbachi, ancien directeur de communication au ministère de l'Intérieur. Cet article laisse apparaître la discorde et les jeux d'influence au sein du palais.
Tête-à-tête avec Xi Jinping
La préparation de Moulay Hassan se poursuit en parallèle de sa formation universitaire. En 2020, il a commencé à apparaître aux côtés de son père durant les Conseils des ministres. Depuis 2022, il dispose d'un bureau au sein du Palais royal. Le 31 juillet, il a aussi été officiellement nommé colonel major. Il est surtout régulièrement appelé par son père pour le représenter lors d'événements officiels et protocolaires, ou pour paraître à ses côtés. En novembre dernier, il a notamment reçu Xi Jinping, le président chinois en visite officielle à Rabat. Une première.
D'ordinaire, le Prince reste cantonné à des rôles plus subalternes, très protocolaires, muets et sans pouvoir, comme tous les autres membres de la famille royale. Il n'est d'ailleurs pas le seul que son père envoie pour le représenter. L'oncle et les tantes du jeune Prince sont également présents sur la scène publique, sporadiquement. Une façon de freiner les ardeurs ou de ménager l'appétit de chacun ?
À l'avenir, la monarchie devra également compter avec Lalla Khadija, la jeune sœur de Moulay Hassan, qui, à 18 ans révolus, semble devoir apparaître plus souvent sur les photos officielles, voire jouer un rôle représentatif plus important.