Les rebelles congolais contraints de quitter la ville d'Uvira
Un retrait dicté par la pression venue de la Maison Blanche.

- Publié le 18-01-2026 à 23h27

Le jour décline au-dessus d'Uvira, la deuxième ville de la province du Sud-Kivu en République démocratique du Congo (RDC). Les nuages s'amoncellent et quelques fines gouttes commencent à tomber alors qu'une longue colonne d'hommes en tenue militaire serpente au milieu de l'artère principale de la ville, tombée entre les mains des rebelles au début du mois de décembre.
Mauvais calendrier
Plantée sur le lac Tanganyika, à la frontière avec le Burundi, la ville d'Uvira est tombée entre les mains de la rébellion de l'AFC/M23 au début du mois de décembre 2025. Quelques jours après la signature à la Maison-Blanche d'un accord de paix entre Paul Kagame, le président rwandais, et Félix Tshisekedi, son homologue congolais. Pour Donald Trump, qui ne boudait pas son plaisir de mettre fin à plus de trois décennies de guerre entre ces deux pays, la capture de la ville d'Uvira trois jours plus tard, sonne comme un pied de nez inacceptable.
Les rebelles, eux, martèlent qu'ils ne sont pas associés aux négociations de Washington et, surtout, qu'ils devaient intervenir alors parce qu'Uvira et ses environs servaient de base à l'armée congolaise et ses affidés pour frapper des cibles civiles dans les zones qu'ils venaient de conquérir.
Un conglomérat hétéroclite de troupes issues de l'armée burundaise, de milices congolaises (wazalendo), des héritiers des génocidaires rwandais (FDLR), sans oublier des mercenaires étrangers. Une association qui ressemblait à celle mise en place fin 2024 par l'état-major congolais à Goma, la capitale du Nord-Kivu, tombée entre les mains de l'AFC/M23, le 27 janvier 2025 après de violents combats.
Inaudible pour l'administration américaine qui exigera un premier retrait des rebelles d'Uvira. Un départ qui ne sera que momentané. Les hommes de l'AFC/M23 déploieront une "unité de monitoring et de sécurisation"
Depuis cette seconde entrée, les États-Unis, particulièrement actifs sur la scène internationale ces dernières semaines, semblaient moins attentifs à l'évolution de la situation en RDC. Mais, depuis près de dix jours, la pression américaine a redoublé d'intensité sur les rebelles et sur son allié rwandais pour une nouvelle évacuation de la ville.
Retrait risqué
Les rebelles ont finalement acté le retrait le samedi 17 janvier à la grande surprise des habitants d'Uvira qui ont pour la plupart découvert ce mouvement quand les hommes de l'AFC/M23 ont quitté leur ville. "Qu'est-ce qu'on va faire ?", demande André, un habitant d'Uvira qui évoque le retour annoncé des miliciens wazalendo qui ont été boutés hors de la ville mais qui sont resté sur les hauteurs des collines qui surplombent Uvira. "Ce samedi, depuis tôt le matin, on entend des tirs de mitraillettes mais aussi d'armes plus lourdes sur certaines collines de la vile", poursuit-il en expliquant, sous le regard approbateur de ses deux camarades que ce sont deux groupes de wazalendo, dont un serait soutenu par l'armée congolaise, qui sont en train de s'affronter pour occuper mes meilleures zones pour descendre sur la ville après le départ des troupes rebelles.
"Depuis que les rebelles sont arrivés, il y a moins d'insécurité", explique Michel, qui se dit prêt à quitter la ville pour aller se réfugier "quelque part" pour ne pas avoir à affronter "la violence et la soif de se venger des wazalendo".
L'AFC/M23, en se repliant "à la demande des "États-Unis et de la communauté internationale" , a insisté, via la voix de son porte-parole Lawrence Kanyuka, sur "le respect des engagements pris" avant de souligner que le mouvement remettait la ville entre les mains de la communauté internationale qui devait assurer la sécurité de tous les habitants de la ville. En ligne de mire, la situation des Banyamulenge, ces tutsis du Sud-Kivu régulièrement pris violemment à partie par les wazalendo et, plus généralement, par les autorités de Kinshasa.
Exactions
Pendant une dizaine de minutes, dans une lumière déclinante, ils seront plus de 300 membres de "l'unité de monitoring et de sécurisation" à quitter ostensiblement la ville.
La communauté internationale, elle, ne viendra pas. Les casques bleus de la Mission de l'ONU en RDC (Monusco) ne sont plus déployés au Sud-Kivu… à la demande du gouvernement de Kinshasa. Revenir signifierait donc répondre favorablement aux rebelles en défiant Kinshasa. Sans oublier toute la procédure onusienne à enclencher pour une modification de la mission des casques bleus. "Il faut au moins compter trois mois pour que cette mission se mette en place si elle reçoit l'aval de la communauté internationale", confirme un ancien diplomate.
En se pliant, même de mauvaise grâce, à la pression américaine, les rebelles ont donc pris le risque d'exposer la communauté Banyamulenge. Vingt-quatre heures après ce départ, la grande majorité des familles Banyamulenge a fui la ville en direction de Kamanyola plus au nord. Il ne resterait que 7 familles Banyamulenge dans Uvira. Les milices wazalendo n'ont pas attendu longtemps pour reprendre pied dans la ville au prix de multiples dégradations, de pillages. Certains biens appartenant à des Banyamulenge ont été détruits comme la maison du pasteur Buhungu, l'église 37e cadeau, l'église Méthodiste ou l'église Calgary particulièrement fréquentées par les Banyamulenge. De nombreuses scènes ont été filmées et hantent désormais les réseaux sociaux. Le gouverneur du Sud-Kivu s'est contenter d'annoncer que les éléments favorables à Kinshasa étaient rentrés dans Uvira, sans évoquer les violences.
L'AFC/M23 démontre ainsi sa capacité de sécuriser les zones qu'elle contrôle. Mais cette démonstration met en danger des civils qui sont l'un des moteurs essentiels du mouvement. Kinshasa, elle, fait une fois de plus l'étalage de son incapacité et de son manque de volonté de faire respecter la loi et de protéger tous les Congolais. Les États-Unis, en exigeant ce retrait sans se soucier des conséquences démontrent, eux, une dangereuse inconséquence.
Seule certitude, Uvira, ville de plus de 300 000 personnes est aujourd'hui livrée à la vindicte des wazalendo.