"Je n'ai jamais entendu parler de lui", "J'étais un peu sceptique": Léon XIV, un pape américain peu connu dans son pays
Les catholiques américains interrogés après l'élection de Robert Francis Prevost, le premier pape américain, se sont montrés enthousiastes tout en reconnaissant ne rien savoir sur lui. De notre correspondant à New York, Alexis Buisson
- Publié le 09-05-2025 à 06h42
- Mis à jour le 09-05-2025 à 12h05

Quand Michael John, catholique de Pennsylvanie rencontré à New York, a appris l'élection du cardinal Robert Francis Prevost comme premier pape américain, jeudi 8 mai, sa réaction première ne fut pas la joie, mais l'étonnement. " Je n'ai jamais entendu parler de lui ", avoue-t-il devant la cathédrale Saint-Patrick, haut-lieu de l'Église américaine au cœur de Manhattan qu'il visitait quand la nouvelle est tombée. " Il n'était même pas sur mon radar. Je n'ai fait aucune recherche sur lui car, pour moi, un Américain n'avait aucune chance ".
Ce sentiment était partagé par de nombreux fidèles rencontrés après l'annonce de son élection. À la différence du très médiatique cardinal de New York, Timothy Dolan, un proche de Donald Trump, le prélat de 69 ans n'est pas connu en dehors des Augustiniens, l'ordre religieux dont il était le responsable (prieur général) entre 2001 et 2013. Il a beau être né à Chicago (nord des États-Unis) et fait une partie de ses études près de Philadelphie et dans sa ville natale, il n'a vécu que quelques années sur le sol américain depuis qu'il a été ordonné prêtre en 1982 par l'archevêque belge Jean Jadot.
Il a notamment passé vingt années non-consécutives au Pérou, pays dont il possède aussi la nationalité et où il devint évêque et vice-président de la conférence épiscopale. Nommé responsable du dicastère pour les évêques au Vatican et créé cardinal en 2023, il a de surcroît la réputation d'être un homme discret, qui fuit les journalistes.
Sitôt son identité révélée, Kurt Herrera, rencontré devant une église dans le nord de Manhattan, s'est précipité sur Internet pour en savoir plus sur lui. Le Portoricain apprécie son parcours international et son profil multiculturel. "J'étais un peu sceptique. En apprenant qu'il était américain, je me suis demandé s'il était aligné sur les positions de Donald Trump. Mais j'espère qu'il continuera la politique d'ouverture de François", confie-t-il. Il formule aussi le vœu que son élection dynamise l'Église aux États-Unis, où 20% de la population s'identifie comme catholique, en baisse ces dernières décennies comme dans d'autres pays occidentaux. " Le fait qu'il soit né ici va créer de l'intérêt, assure-t-il. Cela poussera peut-être ceux qui se détournés de la foi à revenir".
Autre grande inconnue: quelles seront les relations entre Léon XIV et le président américain Donald Trump, avec lequel François avait affiché ses désaccords sur le dossier sensible du traitement des migrants. Peu après la fin du conclave, le tabloïd conservateur The New York Post, l'un des journaux favoris du Républicain, a indiqué que l'ex-cardinal avait partagé sur la plateforme X des articles et des messages critiques de la politique migratoire du gouvernement américain - et notamment de son partenariat avec le président salvadorien Nayib Bukele, " dictateur le plus cool" auto-proclamé, sur l'incarcération de criminels sans-papiers.
Dans un message posté sur son réseau social Truth Social, le Républicain a déclaré que son élection était "un grand honneur pour notre pays" et dit " avoir hâte de rencontrer le pape Léon XIV, un moment qui sera très significatif". Pour une fois, les élus démocrates de Chicago étaient sur la même longueur d'onde que lui. Même si la présence catholique dans la ville du Midwest s'est réduite, les dirigeants locaux ont applaudi cette élection. " Tout ce qui est super vient de Chicago, y compris le pape, a réagi le maire Brandon Johnson sur X. Nous espérons vous accueillir bientôt à nouveau chez vous ".
" Ce n'est pas parce qu'il est né aux États-Unis que Donald Trump le traitera avec plus d'égard. Il est sur la même ligne que François. La relation sera donc la même", prédit Jennifer Flager, une catholique de New York. Pour elle, la nationalité du pape n'est pas importante. " La question est plutôt: sera-t-il un bon leader, américain ou pas ?". La Texane Mary Jane Jimenez acquiesce. " C'est excitant d'avoir un pape américain pour la première fois, mais cela ne devrait pas faire de différence. Il n'est pas le leader d'un pays, mais le représentant de Dieu ".
