"J'adore ce show" : Donald Trump assiste à une représentation des "Misérables", alors que les manifestations se multiplient aux États-Unis
La comédie musicale, adaptée du roman de Victor Hugo, se prête à des lectures diverses alors que le Président envoie la Garde nationale et les Marines contenir les protestations contre sa politique migratoire.

- Publié le 12-06-2025 à 14h24
- Mis à jour le 12-06-2025 à 15h52

Personne n'aurait osé une telle mise en abîme dans un récit de fiction. Donald Trump, qui a envoyé la Garde nationale et des Maries contrer ceux qui s'opposent dans les rues à sa politique migratoire, a assisté, mercredi soir, à Washington, à la représentation de sa comédie musicale "préférée", Les Misérables, dont les protagonistes affrontent sur les barricades… la Garde nationale du roi Louis-Philippe.
L'événement a eu lieu au Kennedy Center, dont Donald Trump a évincé la direction, jugée trop "gauchiste" et inclusive, pour la remplacer par ses fidèles. La soirée de gala, organisée avec la pompe d'une première hollywoodienne, était destinée à renflouer les caisses du Centre, dont les ventes de billets et les d'abonnements ont baissé d'un tiers – un manque à gagner estimé à environ 1,6 million de dollars (1,38 million d'euros). Lors de son arrivée dans la loge présidentielle, le Président a été hué et applaudi à la fois. La réaction, contrastée, reflète la perception bipartisane qui peut être faite des Misérables.
Le lien de Trump avec la comédie musicale
Pour mémoire, ce spectacle de Claude-Michel Schönberg et Herbert Kretzmer (pour la version anglophone) est librement adapté du roman éponyme de Victor Hugo, paru en 1862. Il a pour toile de fond historique l'insurrection républicaine, à Paris, en juin 1832. Lors de celle-ci, la Garde nationale française, héritage de la Révolution de 1789, a été envoyée pour réprimer les insurgés.
Donald Trump entretient un rapport particulier avec Les Misérables. Le milliardaire a utilisé la chanson phare du spectacle "Do you hear the people sing ?" ("À la volonté du peuple", dans la version française), lors de sa campagne présidentielle de 2016, en réponse à Hillary Clinton qui avait qualifié ses partisans de "déplorables". "J'adore les chansons, j'adore ce show", a-t-il déclaré à Fox News la semaine dernière. "Je pense que c'est génial".
À la question de savoir s'il s'identifie à Jean Valjean, l'ancien condamné proche des "misérables", ou à Javert, l'inspecteur zélé, Donald Trump a esquivé : "C'est une question difficile… Je ne sais pas."
Même si la comédie musicale simplifie le roman de Victor Hugo et ses nombreux thèmes, Les Misérables est une œuvre aux interprétations multiples, qui prend une résonance particulière dans le contexte des manifestations contre la politique migratoire de l'Administration Trump. Certains opposants du Président le perçoivent comme un despote en puissance – tout comme le roi Louis-Philippe aux yeux des insurgés de 1832. Plusieurs manifestations des derniers jours ont été baptisées "No Kings" (""Aucun roi""), rappel des fondements républicains des États-Unis.
Dans l'une des chansons ("Sur la barricade"/"At the Barricade"), les insurgés font le serment "de tenir jusqu'au bout cette barricade". Des paroles que pourraient s'approprier les manifestants de Los Angeles ou qui font écho à l'appel du gouverneur de Californie Gavin Newsom à "résister", lors d'une allocution télévisée le 10 juin.