Donald Trump doit-il s'inquiéter face à la "surprenante" décision d'Elon Musk ?
L'ex-first buddy du président américain a mis sa menace à exécution : il a annoncé lancer son propre parti politique. Donald Trump doit-il s'inquiéter ?

- Publié le 08-07-2025 à 15h08
- Mis à jour le 23-07-2025 à 17h21

Cette fois, le divorce est plus que consommé. Les perspectives de réconciliation sont quasiment nulles entre Donald Trump et Elon Musk. Les deux hommes semblaient pourtant avoir rendu les armes, après leur virulent accrochage. On avait même assisté à ce qui s'apparentait à un mea culpa du patron de Tesla. Mais, quelques semaines plus tard, les voilà repartis de plus belle.
Ce qui a (re)mis le feu aux poudres ? La promulgation de la "grande et belle loi" du président américain. Véritable "abomination" pour le milliardaire originaire d'Afrique du Sud, cette loi budgétaire - qui va faire bondir la dette américaine - ne pouvait pas passer, selon lui. Il avait d'ailleurs mis en garde l'administration Trump: si le texte était voté, il lâchait définitivement les Républicains pour former son propre parti. Ce samedi 5 juillet, le patron de Tesla a donc pris acte du vote à la Chambre des représentants et mis ses menaces à exécution.
"Aujourd'hui, le parti de l'Amérique est créé pour vous rendre votre liberté", a écrit Musk sur son réseau social X, après avoir mis les Démocrates et les Républicains sur un même pied d'égalité en les qualifiant de "cochons qui se goinfrent". Les dires de son ex-first buddy n'ont définitivement pas plu au président américain, qui a malgré tout tenté de sauver la face. "C'est une idée ridicule", a-t-il lâché face à la presse. "Les troisièmes partis n'ont jamais fonctionné."
Le parti d'Elon Musk peut-il vraiment nuire à Donald Trump ?
Mais l'on ressent toutefois que cette guéguerre avec celui qui lui a tout de même permis de retourner à la Maison-Blanche n'arrange pas Donald Trump. Plus encore, à certains égards, il semble inquiet. "Le président craint Elon Musk", confirme l'historienne et politologue Nicole Bacharan, auprès de La Libre. "Il est devenu trop puissant. Trump a à présent envie de le démolir."
C'est pourquoi le locataire de la Maison-Blanche a notamment menacé d'expulser le patron de Tesla ou encore de charger le DOGE de s'occuper de son cas. La spécialiste des Etats-Unis doute toutefois que le chef d'Etat aille au bout de ses démarches: "Elon Musk, c'est aussi Starlink et beaucoup d'autres entités importantes pour les Etats-Unis... Ce n'est pas si simple de le mettre de côté."
D'autant que, selon Mme Bacharan, cette nouvelle formation politique proposée par le patron de Tesla risque de faire un flop. "Elon Musk est un homme d'affaires de génie, mais il n'est pas du tout un génie de la politique", détaille-t-elle. "Il n'a pas la fibre qu'il faut. Il n'inspire pas confiance. Son argent n'achète pas tout. On l'a vu dans le Wisconsin, où il s'était énormément investi et où il a connu un véritable désaveu lors d'une élection locale. Et je ne crois pas à un parti qui aurait pour but de lutter contre la dette. Ce n'est pas porteur électoralement. L'inflation est un combat plus judicieux."
"Elon Musk s'est enivré de la puissance des foules"
Interrogé par le Huffington Post, le journaliste Olivier Lascar, auteur du livre "Enquête sur Elon Musk, l'homme qui défie la science", estime que le patron de Tesla cherche surtout à nuire à Donald Trump. "Cette annonce est avant tout une vengeance, puisqu'il considère que son rôle n'a pas été valorisé à la hauteur de ce qu'il a fait pour le président américain", abonde-t-il. "On assiste à une forme d'auto-radicalisation du personnage, qui, avec son passage au sein du gouvernement, s'est enivré de la puissance des foules."
Si l'homme le plus riche du monde veut avant tout empêcher les élus qui ont approuvé la "grande et belle loi" du locataire de la Maison-Blanche d'être réélus en plaçant ses propres candidats, il pourrait également ambitionner de peser dans les scrutins à venir: "Ce parti pourrait lui permettre d'être un faiseur de rois pour les prochaines élections. Avant de se ranger derrière Donald Trump, il avait notamment soutenu le gouverneur de Floride Ron DeSantis."
Mais ce nouveau projet a un prix. Et ce sont les entreprises d'Elon Musk qui risquent de le payer. "Pendant ses six mois au DOGE, Tesla a été très touché avec une chute de son action en bourse ou des campagnes anti-Tesla. Avec son engagement politique, Elon Musk, qui a incarné pendant des années le succès et le caractère innovant de Tesla, devient un problème pour l'entreprise", conclut M. Lascar, auprès de nos confrères du Huffington Post, ne cachant pas trouver "surprenant" le choix de l'homme le plus riche du monde de poursuivre son aventure en politique.