Maria Corina Machado, l'égérie de l'opposition vénézuélienne, décroche le prix Nobel de la paix et dit compter sur le soutien de Donald Trump
La pilule est dure à avaler pour la Maison-Blanche qui n'hésite pas à critiquer le comité Nobel.

- Publié le 11-10-2025 à 12h25

Depuis des mois, le président américain Donald Trump réclamait le prix Nobel de la paix, affirmant devant le monde entier, à la tribune des Nations unies, avoir "résolu sept guerres en sept mois". Sans oublier qu'à cette liste jamais très détaillée, ce qui n'entamait pas sa fierté, s'ajoute le tout chaud accord de cessez-le-feu à Gaza. Le président américain pouvait aussi compter sur le soutien sans faille du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou qui avait déjà mis en scène cet été son soutien absolu à la candidature de Donald Trump. Un soutien encore martelé ce jeudi, à quelques heures de l'annonce du prix Nobel et en sachant éperdument bien que les jeux étaient faits depuis plusieurs jours, que le président américain "méritait" ce prix. Les incantations. Les appels du pied n'y auront rien fait. Ce vendredi 10 octobre, le prix Nobel de la paix a été décerné à María Corina Machado, la cheffe de l'opposition vénézuélienne. Une femme de 58 ans qui vit en clandestinité dans son propre pays, pourchassée par le régime dictatorial du président Nicolas Maduro.
Dès l'annonce de ce Nobel, celle qui a déjà décroché le prix Sakharov, plus haute distinction pour les droits humains attribué par l'Union européenne, et le prix Vaclav Havel, décerné par le Conseil de l'Europe, a assuré que le peuple vénézuélien finirait par l'emporter dans son combat pour la démocratie.
"Je suis très reconnaissante au nom du peuple vénézuélien", a réagi Mme Machado. "Je suis sûre que nous l'emporterons", a-t-elle ajouté lors d'un appel filmé avec le secrétaire du comité Nobel. Elle a encore ajouté : "Il s'agit de l'accomplissement d'une société tout entière. Moi, je ne suis qu'une seule personne. Je ne mérite certainement pas" le Nobel.
Un quart de siècle de combat
Entrée en politique au début des années 2000 en militant pour un référendum contre le président de gauche Hugo Chavez, Mme Machado a fait de la chute du régime chaviste la cause de sa vie.
Mère de trois enfants, elle a été empêchée, malgré – ou à cause de – sa popularité, de se présenter à la présidentielle de 2024 contre Nicola Maduro, héritier politique d'Hugo Chavez. Sa popularité a explosé lors des primaires de l'opposition en octobre 2023, lorsqu'elle a recueilli plus de 90 % des voix, avec 3 millions de votants, une véritable démonstration de force qui a fait paniquer le pouvoir en place et a galvanisé l'opposition. Elle est rapidement devenue la favorite des sondages, au point d'être surnommée la libertadora (libératrice), en hommage au libertador Simon Bolivar, le symbole de l'indépendance dans toute l'Amérique latine.
Face à ce phénomène, le président sortant Nicolas Maduro, héritier politique de Hugo Chavez, a serré les rangs, fait donner les forces de l'ordre pour réprimer tous ceux qui osaient se dresser sur sa route. Il a ensuite été déclaré vainqueur malgré les protestations de l'opposition et les accusations de fraude massive de nombreux pays, États-Unis en tête.
Pour eux, aucun doute possible, Nicolas Maduro, au pouvoir depuis 2013, a volé cette élection et le vrai vainqueur est Edmundo Gonzalez Urrutia, le candidat derrière lequel s'était rangée Mme Machado. Un homme qui a été obligé de s'exiler en Espagne au lendemain de la présidentielle.
Dès l'annonce du prix Nobel pour Mme Machado, M. Gonzalez Urrutia a salué un prix "mérité", tandis que l'Onu a estimé que ce Nobel reflétait les aspirations des Vénézuéliens à des élections "libres et équitables".
Washington grogne
"Le comité Nobel a prouvé qu'il privilégiait la politique à la paix", a regretté de son côté le directeur de la communication de la Maison-Blanche, Steven Cheung, sur X.
Mais la désignation de la meilleure ennemie d'un des pires ennemis de Donald Trump donne un solide argument à Mme Machado qui n'a pas oublié de tendre une perche au président américain : "Nous sommes au seuil de la victoire et aujourd'hui plus que jamais, nous comptons sur le Président Trump […] Le Venezuela sera libre !", a-t-elle écrit sur X.
Le prix Nobel consiste en un diplôme, une médaille d'or et un chèque de 11 millions de couronnes suédoises (près d'un million d'euros).