Trump, l'arbre qui cache la forêt dans l'affaire Epstein
Un commentaire de Philippe Paquet.

- Publié le 19-11-2025 à 12h52
- Mis à jour le 19-11-2025 à 17h04

Dans l'affaire Jeffrey Epstein qui défraie la chronique depuis des mois, l'attention s'est portée presque exclusivement sur Donald Trump et sur les rapports que le futur président a entretenus, pendant de longues années, avec le milliardaire new-yorkais doublé d'un prédateur sexuel. Non sans raison puisque Trump s'est jadis vanté de s'être "beaucoup amusé" avec Epstein, ce "type génial" dont on sait désormais qu'il opérait un vaste réseau de traite de jeunes filles, souvent mineures, dont auraient abusé nombre de ses amis et "relations professionnelles".
Si la part qu'a pu prendre dans cette horrible entreprise celui qui était alors un homme d'affaires et un animateur de télé à succès, suscite un grand intérêt pour des raisons aisées à comprendre, l'arbre n'en cache pas moins la forêt. Si cela ne saurait occulter ses éventuelles responsabilités (Donald Trump nie tout acte répréhensible et aucune victime ne l'a jusqu'ici formellement mis en cause), le Président n'a pas tort de rappeler que bien d'autres noms apparaissent dans le dossier, notamment ceux de personnalités démocrates, et non des moindres.
L'actualité l'a confirmé mardi, le jour même où la Chambre des représentants devait voter un projet de loi obligeant le ministère de la Justice à rendre publiques toutes les pièces du dossier. Il ne s'agit pas de Bill Clinton, sur lequel Donald Trump a réclamé qu'on enquête (l'ancien Président a lui aussi fréquenté Epstein), mais on n'en est pas loin avec le spectaculaire acte de contrition de Larry Summers, qui fut son secrétaire au Trésor, avant de diriger plus tard le Conseil national de l'économie sous la présidence d'Obama.
Summers, 70 ans, s'est dit "profondément honteux" d'avoir maintenu des liens avec Epstein pendant des années, et a annoncé qu'il renonçait à tous ses mandats publics, dans des centres d'études et autres institutions universitaires – beaucoup avaient déjà coupé les ponts avec lui dès lors que la révélation de sa proximité avec Jeffrey Epstein était devenue une source d'embarras. L'ancien président de Harvard (2001-2006) avait sollicité des conseils financiers auprès d'Epstein, qui brassait les millions, mais avait aussi partagé avec lui des préoccupations qualifiées de "romantiques".
Après la condamnation de Ghislaine Maxwell, célébrité de la jet-set qui fut la compagne et la complice d'Epstein, à vingt ans de prison pour trafic sexuel, et la chute vertigineuse du prince Andrew, dépossédé de ses titres et qualités par son frère le roi Charles III, pour s'être à l'évidence prêté aux jeux du prédateur, la déchéance de Larry Summers souligne, s'il en était besoin, la nécessité de faire toute la lumière sur l'affaire Epstein. À plus forte raison qu'à la dimension morale s'en ajoute probablement une plus politique. Jeffrey Epstein connaissait beaucoup de gens – on hésite à parler de "beau" monde – et il importe donc de savoir quelles ont pu être les contreparties de ses invitations. On a du mal à penser qu'il conviait ses comparses sur son île de la tentation, dans les îles Vierges si mal nommées, uniquement pour leurs beaux yeux.