Groenland: pourquoi Trump lorgne cette "grosse commune bruxelloise"
Le président américain Donald Trump a confirmé avec force qu'il convoitait le Groenland, territoire autonome danois aux ressources importantes en matériaux critiques.
- Publié le 07-01-2026 à 06h30
- Mis à jour le 07-01-2026 à 09h38

Après que les États-Unis ont capturé sans ménagement le président vénézuélien Nicolàs Maduro, Donald Trump affiche déjà les ambitions géopolitiques futures de son pays : la Colombie, Cuba et le Groenland. Concernant le dernier cité, le locataire Maison-Blanche déclarait au magazine The Atlantic, le 4 janvier, avoir "absolument besoin du Groenland". Et d'en rajouter une couche, assurant qu'il "allait s'occuper [de l'île] dans deux mois", tout en indiquant évasivement être prêt à évoquer le sujet "dans vingt jours".
Donald Trump avait déjà évoqué l'idée en 2019, lors de son premier mandat. Et le fait que les États-Unis convoitent le Groenland n'est pas nouveau : les premières velléités américaines remontent à 1867. À l'époque, le secrétaire d'État William H. Seward souhaitait faire coup double, après le rachat de l'Alaska. Après la Seconde Guerre mondiale, en 1951, Washington a conclu un accord avec les autorités danoises afin de stationner des bases militaires sur ce territoire d'une superficie d'un peu plus de 2 millions de km2, qui compte aujourd'hui environ 55 000 habitants.
"Une grosse commune bruxelloise"
"C'est une terre immense au niveau de la superficie, mais très peu peuplée, soit l'équivalent d'une grosse commune bruxelloise", recadre Adel El Gammal (ULB), professeur à l'Ecole polytechnique de Bruxelles et spécialiste des ressources naturelles et minérales critiques. "Le Groenland fait l'objet d'un intérêt stratégique énorme, car il abrite des gisements présentant la majorité des minéraux critiques". L'Union européenne liste ainsi 34 de ces matières premières critiques, dont 25 sont présentes sur l'île danoise, surtout dans des zones peu peuplées.
Selon Adel El Gammal, ces minéraux sont devenus un moyen de pression géopolitique, dans la concurrence économique à laquelle se livrent la Chine, les États-Unis et, dans une moindre mesure, la Russie. Pékin posséderait en effet près de 70 % des capacités mondiales de production, et 90 % de l'activité de raffinage, qui permet d'extraire la substance active désirée de ces minerais critiques.
Un intérêt géostratégique
Au-delà des ressources importantes en terres rares, le Groenland est également stratégique en raison de sa position géographique. L'île occupe une position clé dans l'Arctique, à cheval entre l'Europe et l'Amérique du Nord, avec un accès privilégié aux routes maritimes nordiques. "Le passage mythique du 'Nord-Ouest', autrefois gelé, est désormais navigable la plupart de l'année avec le réchauffement climatique. Il s'agit d'une zone d'observation spatiale, militaire et navale", précise Adel El Gammal. Une zone où la Russie est très présente.
Compte tenu de la présence militaire américaine au Groenland, celui qui est aussi expert en géopolitique de l'énergie estime que la volonté de Donald Trump relève davantage de l'impérialisme qu'autre chose. "Les États-Unis veulent étendre leur zone d'influence afin de contrôler à la fois l'Amérique centrale, l'Amérique latine et le Groenland", tranche Adel El Gammal. Sans oublier le Canada pour lequel le président américain a également manifesté des velléités d'annexion, pour en faire le 51e État des États-Unis.
Intervention militaire ?
Mais aux yeux d'Ian Lesser, fin connaisseur des enjeux géostratégiques dans l'Atlantique et membre du German Marshall Fund of the United States (GMF), une intervention militaire américaine au Groenland demeure cependant très peu probable. "Je ne pense pas qu'ils souhaitent ouvrir un autre front. Les enjeux de sécurité nationale évoqués par Trump incarnent en réalité des enjeux économiques, qui peuvent être renforcés par d'autres moyens, alors que les États-Unis sont déjà dominants au niveau de la présence militaire au Groenland".
