Les défauts de paiement plombent le financement de l'Onu: "Trump ne versera pas une larme parce qu'on l'exclut"
Le Secrétaire général de l'organisation met en garde face à un "effondrement financier imminent".

- Publié le 06-02-2026 à 16h41

Il y a quelques jours, António Guterres, le secrétaire général de l'Onu, mettait en garde les États membres face à "l'effondrement financier imminent" de l'organisation. La cause principale réside dans les retards et les non-paiements des contributions de certains États.
S'il n'a pointé du doigt aucun pays en particulier, nul doute que ce message était adressé aux États-Unis, qui représentent le principal contributeur de l'organisation mais qui n'ont cessé de réduire leur apport financier, aggravant de manière considérable la crise de liquidités au sein de l'institution.
Comment calculer les contributions ?
Le budget ordinaire de l'Onu, utilisé pour les dépenses des organes de l'institution concernant leur fonctionnement, leur personnel et leurs programmes, est financé par des contributions obligatoires, établies à partir d'une méthodologie précise, validée par l'Assemblée générale. Elles sont calculées selon la capacité de paiement de chaque État, elle-même déterminée à partir de leur produit national brut et corrigée en fonction de facteurs spécifiques, comme la dette extérieure et la faiblesse du revenu par habitant.
Les opérations de maintien de la paix (OMP) possèdent leurs propres budgets, approuvés par l'Assemblée générale pour une période d'un an. Elles sont également directement financées par les États en prenant en considération leur richesse économique. Un montant plus élevé est par ailleurs prévu pour les membres permanents du Conseil de sécurité (Chine, États-Unis, Russie, France, Royaume-Uni), en raison de leur "responsabilité particulière" dans le maintien de la paix et la sécurité internationale.
D'autres cotisations obligatoires sont également dues pour les budgets des tribunaux et des institutions spécialisées de l'Onu. Les budgets des fonds et programmes sont eux financés par des contributions volontaires.
Des budgets mis à mal
Selon ces calculs, les États-Unis doivent contribuer à hauteur de 22 % du budget ordinaire de l'organisation et de 26,15 % pour les OMP, représentant respectivement 820 millions et 682 millions de dollars pour 2025. Or Washington a annoncé son refus de payer, accumulant un total de près de 4,6 milliards de dollars d'arriérés, selon Reuters.
Pour Michel Liégeois, professeur de relations internationales à l'UCLouvain, l'objectif de Donald Trump n'est pas budgétaire, mais bien de "mettre l'organisation sous pression". Les États-Unis ont déjà agi de la sorte, voyant l'Onu comme une bureaucratie coûteuse ou un potentiel contre-pouvoir. "Avec cette administration, on est un ou plusieurs crans plus loin", précise Michel Liégeois.
Pourtant, l'article 19 de la Charte des Nations unies prévoit qu'un "État membre qui n'a pas payé ses cotisations pour un montant égal ou supérieur aux contributions dues pour les deux années précédentes peut perdre son droit de vote à l'Assemblée générale". "Mais cet article n'est jamais appliqué. Et c'est inimaginable qu'on puisse le faire aux États-Unis, car en les excluant, l'Onu se saboterait. Ce serait paradoxal de les priver de vote alors que Donald Trump a probablement déjà pensé à quitter l'Onu. Il ne versera pas une larme parce qu'on l'exclut. L'enjeu est d'essayer de les garder dans le système", explique Michel Liégeois.
Toutefois, le professeur de l'UCL est moins alarmiste qu'António Guterres. "Les autres pays ont la possibilité de compenser partiellement ce manque. Certains États croient encore à l'Onu, pas parce qu'elle est parfaite, mais car il n'y a pas d'alternative. Ils veulent montrer que son existence ne tient pas au bon vouloir de Trump."