Le président argentin Milei "réveille" les Malouines pour tenter de retrouver des couleurs politiques
Récupérer la souveraineté sur l'archipel, territoire britannique, est toujours une "cause nationale" pour les Argentins.

- Publié le 10-09-2026 à 06h34
- Mis à jour le 10-09-2026 à 10h49

Le président argentin Javier Milei a annoncé ce début de semaine qu'il allait déposer une plainte pénale contre l'entreprise pétrolière israélienne Navitas, plusieurs de ses filiales et des cadres supérieurs, en raison de sa participation dans un projet pétrolier offshore au large des îles Malouines. Un territoire britannique dont la souveraineté est toujours revendiquée par Buenos Aires et dont le nom découle des marins français originaires de Saint-Malo qui ont baptisé les îles au XVIIIe siècle.
Jeudi dernier, le président argentin, qui voit s'accumuler des sondages peu favorables, avait menacé, lors d'une intervention télévisée dont il a le secret, de sanctionner les entreprises britanniques et israéliennes impliquées dans le projet "Sea Lion" mis sur pied pour exploiter un important gisement pétrolier situé au large de l'archipel. Ces entreprises opèrent grâce à des licences accordées par les autorités locales des Malouines (ou Falklands, pour les Britanniques) qui dépendent de Londres. Javier Milei avait annoncé que "toute avancée sur les îles Malouines sera considérée comme une atteinte à la sécurité nationale", avant de promettre de nouveaux financements pour la construction d'une base militaire en Terre de Feu.
"Las Malvinas son argentinas"
"Au-delà de ce dossier d'exploitation de pétrole, les Malouines sont une cause nationale en Argentine. Là-bas, ces îles sont considérées comme faisant partie intégrante du pays", explique Sebastian Santander, politologue et professeur à l'Université de Liège.
En ramenant les Malouines au centre de l'actualité, le président Javier Milei sait donc qu'il joue sur du velours ou presque sur le front national. "Aucun parti politique n'osera s'opposer à un texte qui prendra la défense des intérêts de l'Argentine aux Malouines. Ce serait vraiment du suicide pour n'importe quelle formation politique, poursuit M. Santander. Il y a des chansons argentines très populaires sur le thème des Malvinas son argentinas (Les Malouines sont argentines, NdlR). Ce n'est pas un hasard si la dictature militaire, en complète perte de vitesse en Argentine au début des années 80, a voulu remettre la main sur ces îles." Un coup de poker qui a duré 74 jours et s'est transformé en fiasco tota sous forme de déroute militaire face à l'armée britannique. "Le régime argentin n'a pas survécu à cette défaite qui reste une plaie profonde, une vraie humiliation pour la population argentine qui célèbre chaque année les 600 militaires tombés durant la guerre des Malouines", abonde le professeur Santander.
Tacle à la Coupe du monde
Cet été, après leur demi-finale victorieuse contre l'Angleterre lors de la Coupe du monde de football aux États-Unis, certains joueurs de la sélection argentine ont brandi un calicot qui reprenait ce qui est quasiment une devise nationale bis "Las Malvinas son argentinas". À l'époque, le président Milei, qui n'a jamais caché son immense admiration pour son homologue américain Donald Trump, avait été plutôt mesuré dans sa réaction. Il avait quand même expliqué que "par la voie diplomatique, nous nous rapprochons chaque jour davantage de la récupération des îles Malouines, des îles Géorgies du Sud et des îles Sandwich du Sud, ainsi que de l'espace maritime environnant". Selon la technique éprouvée par le locataire de la Maison-Blanche, Milei n'avait pas donné le moindre début d'explication sur la forme que pourrait prendre cette reconquête.
"Ce ne sera en tout cas pas par la force, certifie Sebastian Santander. D'abord parce que l'Argentine d'aujourd'hui n'a rien à voir avec celle des années 80. L'armée argentine a aussi été très affaiblie ces dernières décennies, elle n'a pas les moyens de se lancer dans une guerre. En outre, le président Milei n'est pas un militaire. C'est un homme politique qui ne s'intéresse qu'aux leviers économiques. Par contre, il peut être tenté d'appliquer des sanctions économiques. Les entreprises impliquées dans le projet Sea lion ont aussi des projets importants en Argentine. À la façon de Trump, il s'agit d'une négociation par la menace."
Soutien américain
Javier Milei, qui a bénéficié d'un solide coup de pouce du président Trump lors des élections de mi-mandat qu'il a remporté à la surprise générale au mois d'octobre 2025, compte encore sur le soutien américain dans ce dossier. Washington a laissé entendre qu'il pourrait revoir sa "neutralité" vis-à-vis de Londres sur le dossier des Malouines. "Trump fait du Trump, il estime que Londres n'en fait pas assez au Moyen-Orient, ne met pas assez dans les caisses de l'Otan. Ce dossier des Malouines est donc un moyen de plus pour faire pression", poursuit M. Santander.
Milei espère qu'il pourra retirer un bénéfice politique de sa posture et de la pression américaine sur Londres. Jusqu'où peut aller ce gain ? "Difficile d'imaginer ce que l'Argentine peut réellement en retirer. Si l'ensemble de la classe politique argentine n'osera jamais s'opposer à un projet de Milei sur les Malouines, elle ne se laisse ni endormir, ni impressionner par les gesticulations et les déclarations présidentielles. Un sondage récent a montré que les Argentins peinent d'ailleurs à croire dans le nationalisme de Milei. Du pain béni pour l'opposition politique qui a déjà planté quelques banderilles. Elle n'a pas hésité à évoquer l'hypocrisie présidentielle qui n'a pas de mots assez durs pour Londres mais qui, dans le même temps, ferme les yeux sur les réserves d'or argentines qui se trouvent dans les banques anglaises."
