Midterms 2026 : la colère face aux coupes dans l'assurance-santé, avec des "conséquences dévastatrices"
En 2025, Donald Trump a fait adopter une grande loi budgétaire qui prévoyait notamment de réformer le système de santé. Elle revient hanter les Républicains avant les midterms 2026. Illustration dans une circonscription clé pour le contrôle de la Chambre des représentants.
- Publié le 27-10-2026 à 13h38
- Mis à jour le 29-10-2026 à 08h20

De notre correspondant à New York.
Il régnait une atmosphère de colère en ce mardi 6 octobre à Tarrytown, une petite ville de la banlieue new-yorkaise. Une dizaine d'élus, de responsables associatifs et de militants y tenaient une conférence de presse devant un bus vert frappé du slogan "Sick of It !" ("On en a marre !").
Leur objectif : convaincre les électeurs de la vallée de l'Hudson, région qui s'étire le long du fleuve du même nom, de voter contre le député républicain du coin, Mike Lawler, lors des élections de mi-mandat du 3 novembre (les midterms 2026). Son tort : avoir soutenu la grande loi budgétaire et fiscale de Donald Trump, la "One Big Beautiful Bill Act" (OBBBA).
Affaiblissement de l'Obamacare
Adopté en 2025, ce texte réduit notamment les financements fédéraux de Medicaid, le programme public d'assurance santé destiné aux personnes à faibles revenus, tout en imposant de nouvelles vérifications d'éligibilité aux crédits d'impôt qui permettent de réduire le coût des assurances privées proposées dans le cadre de l'Affordable Care Act (ACA), plus connue sous le nom d'"Obamacare".
Selon les estimations du cercle de réflexion progressiste Center for American Progress, plus de 14 millions de personnes, dont plus de 860 000 dans l'État de New York et près de 30 000 dans la seule circonscription de Mike Lawler, pourraient perdre leur couverture médicale en raison de ces mesures d'ici à 2034.
Un coup dur supplémentaire, alors que la hausse du coût de la vie étrangle déjà les ménages les plus fragiles. "Il y a beaucoup de colère et de peur chez les personnes concernées, parmi lesquelles des seniors et des familles nombreuses", déplore Courtney Fields, directrice de l'association Empire State Voices, qui milite pour un meilleur accès aux soins.
L'accès aux soins s'est imposé comme l'un des principaux thèmes de campagne dans cette circonscription disputée (swing district), où Démocrates et Républicains alternent les victoires au gré des élections. Ce scrutin pourrait contribuer à déterminer le contrôle de la Chambre des représentants.
Les plus faibles sont davantage fragilisés
Cait Conley, la candidate démocrate, accuse ainsi son adversaire d'avoir abandonné les familles de la vallée de l'Hudson, région chère où vivent de nombreux travailleurs pauvres, familles monoparentales et autres personnes en situation de handicap, au profit des grandes fortunes qui bénéficient de réductions d'impôts prévues par l'OBBBA.
La mesure la plus controversée prévoit que certains adultes bénéficiant de Medicaid devront justifier d'environ 80 heures par mois de travail, d'études, de formation ou d'autres activités admissibles pour conserver leur couverture.
Cette disposition doit entrer en vigueur au plus tard le 1er janvier 2027. "Les coupes les plus importantes sont donc prévues après les élections, et peu de gens sont au courant. Les conséquences vont être dévastatrices", prévient Alan Levy, rescapé du cancer et militant pour un meilleur accès aux soins dans la région new-yorkaise.
Selon lui, les effets de la loi dépassent largement le sort des seuls patients. En effet, l'OBBBA restreint certains mécanismes de financement et de remboursement des soins par les États, ce qui pourrait fragiliser les établissements accueillant une forte proportion de patients à faibles revenus. Dans la vallée de l'Hudson, au moins deux hôpitaux sont menacés de fermeture.
Mike Lawler, lui, assume son soutien au texte controversé. Selon lui, les réformes visent à lutter contre les abus, en réservant les prestations aux personnes qui remplissent les conditions d'éligibilité. "Nous avons voté pour protéger Medicaid", a-t-il déclaré lors d'un débat télévisé en octobre.
Ses détracteurs ne sont pas d'accord. À leurs yeux, les nouvelles exigences administratives risquent de priver de couverture des personnes qui en ont besoin. La difficulté de trouver une assurance abordable pourrait aussi accroître le risque de mort et de propagation de maladies infectieuses, dans une région qui a payé un lourd tribut au Covid en 2020.
D'ici au 3 novembre, Alan Levy entend multiplier les appels téléphoniques aux électeurs, frapper aux portes et envoyer des cartes postales afin de contribuer à la défaite de Mike Lawler. Sans la couverture dont bénéficiait sa famille, explique-t-il, il ne serait pas là. "À l'un des moments les plus effrayants de ma vie, je n'ai pas eu à me demander si je pourrais être soigné, dit-il. Mais à cause de cette loi, des milliers de familles n'auront pas cette chance."
