Joe Biden livre son testament politique
Le Président s'est exprimé mercredi soir sur les raisons de son retrait de la course présidentielle. Mais, à six mois de quitter la Maison-Blanche, il aussi présenté une vision de l'Amérique et du pouvoir aux allures de testament politique.

- Publié le 25-07-2024 à 12h32
- Mis à jour le 25-07-2024 à 14h17

En exposant les raisons qui l'ont amené à renoncer à sa candidature à l'élection présidentielle, Joe Biden a aussi présenté, mercredi soir, dans une allocution télévisée, une vision de l'Amérique et une conception du pouvoir qui avaient tout d'un testament politique, alors qu'il lui reste six mois à passer à la Maison-Blanche. Le Président a sans surprise indiqué qu'il quitterait, le 20 janvier prochain, la vie publique, clôturant, à 81 ans, une carrière d'un demi-siècle, principalement comme sénateur du Delaware.
Ce n'est manifestement pas sans réticence que Joe Biden a admis, au détour d'une phrase et à demi-mot, que l'âge avait été un facteur dans sa décision. "Il y a un temps et un lieu pour les longues années d'expérience dans la vie publique", a-t-il reconnu. "Il y a aussi un temps et un lieu pour des voix neuves, des voix fraîches et, oui, des voix plus jeunes. Et ce temps et ce lieu, c'est ici et maintenant."
Préserver les institutions
Hormis cette furtive concession, le Président s'est employé à expliquer, dans cette intervention solennelle d'une dizaine de minutes à la tonalité sombre, qu'il ne s'était résigné que dans le souci de sauvegarder les institutions du pays, une façon d'acter que les sondages lui donnaient peu de chances de battre son adversaire républicain. "J'ai déjà dit clairement que je crois l'Amérique parvenue à un point d'inflexion, un de ces rares moments dans l'Histoire où les décisions que nous prenons maintenant détermineront le destin de notre nation et du monde pour les décennies à venir."
"La défense de la démocratie, ce qui est en jeu, est plus importante que n'importe quel titre", a souligné Joe Biden, en s'exprimant du "Resolute Desk", un bureau souvent utilisé pour les communications empreintes de gravité, entouré des portraits de Washington, Jefferson, Lincoln et Roosevelt. "Je tire de la force, et trouve de la joie, en travaillant pour le peuple américain. Mais, dans ce devoir sacré de parfaire notre union, il ne s'agit pas de moi. Il s'agit de vous. Vos familles. Votre avenir. Il s'agit de 'Nous le Peuple'", a insisté le Président, en se référant aux premiers mots de la Constitution des États-Unis.
Croire en la décence et l'honnêteté
Sans jamais citer Donald Trump, Joe Biden a rappelé le choix que devront faire ses concitoyens, le 5 novembre. "L'Amérique aura à choisir entre aller de l'avant ou reculer, entre l'espoir et la haine, entre l'unité et la division. Nous devons décider si nous croyons toujours dans l'honnêteté, la décence, le respect, la liberté, la justice et la démocratie", a-t-il assené. Avant d'investir, vers la fin de son discours, Kamala Harris pour incarner la seule option possible à ses yeux. "Elle a de l'expérience, elle est solide, elle est capable", a-t-il dit de celle qui a été "une incroyable partenaire" pendant ses années à la vice-présidence.
"Je crois que mon bilan comme président, mon leadership dans le monde, ma vision pour le futur de l'Amérique méritaient un second mandat, mais rien, rien ne peut empêcher de sauver la démocratie, et cela inclut l'ambition personnelle", a encore estimé Joe Bien, avec une évidente pointe d'amertume. Tout en détaillant ce qui a été accompli pendant sa présidence, il s'est promis, alors que des Républicains le pressent maintenant de démissionner, d'employer ses six derniers mois à faire avancer les dossiers qui lui tiennent à cœur : sur le front domestique (le droit à l'IVG, la recherche contre le cancer, le contrôle des armes à feu, la réforme de la Cour suprême…) comme sur la scène internationale (l'Ukraine, la paix au Moyen-Orient, la rivalité avec la Chine, le climat…).
Un canard boiteux ou…
Un président en fin de mandat qui ne se représente pas devient un canard boiteux, a fortiori quand il n'a pas de majorité parlementaire. Cela ne le rend pas nécessairement impuissant. Il peut prendre des décrets ou forger des compromis. Ce qui est une faiblesse est aussi une force. En politique intérieure, comme il ne lui faut pas être réélu, il ne doit pas chercher à plaire à tout prix et peut plus facilement se libérer des carcans partisans. Et en n'étant plus candidat, il peut consacrer tout son temps et toute son énergie à consolider son bilan. En politique étrangère, il reste le président de la première puissance mondiale, avec la capacité de peser sur la marche du monde, quand bien même ses interlocuteurs peuvent spéculer sur un éventuel changement de locataire à la Maison-Blanche.