La perspective d'un élargissement force l'Union européenne à se repenser : Qu'est-elle ? À quoi sert-elle ?
Le débat sur les contours et le timing du futur élargissement de l'Union européenne s'intensifie. La Libre fait le point, dans un grand dossier, sur les volets et les défis de ce processus, relancé par la guerre en Ukraine.
- Publié le 04-10-2023 à 23h11
- Mis à jour le 04-10-2023 à 23h57

Si la Russie n'avait pas lancé une guerre d'agression contre l'Ukraine, sans doute la ville espagnole de Grenade ne serait-elle pas ce mercredi le théâtre de la troisième réunion de la Communauté politique européenne, qui rassemblera ce jeudi une cinquantaine d'États et de gouvernement du Vieux continent. Et selon toute vraisemblance, si la Russie n'avait pas cherché à redessiner l'ordre européen par la force, l'élargissement de l'Union n'aurait pas effectué une remontée spectaculaire sur la liste des priorités stratégiques européennes.
Avant le 22 février 2022, le processus d'adhésion à cinq pays des Balkans n'en finissait pas de patiner. La lassitude gagnait les principaux intéressés. La perspective d'un élargissement à l'Ukraine et à la Moldavie relevait de la politique-fiction. Près de vingt mois plus tard, la donne est tout autre. L'élargissement est désormais considéré comme un sujet d'importance vitale. Une manière pour l'UE de défendre et d'exporter ses valeurs, dans un contexte géopolitique hostile. Ce vendredi, toujours à Grenade, les dirigeants des vingt-sept États membres lanceront la discussion sur les implications de cette nouvelle extension de l'Union, et sur la façon dont celle-ci doit s'y préparer.
À quelle échéance ? L'horizon de ce, ou de ces, futur(s) élargissement(s) est encore couvert de brouillard et trop lointain pour être visible. Le président du Conseil européen Charles Michel a plaidé, en septembre dernier, pour que l'Union soit prête à accueillir de nouveaux membres en 2030. "Je ne sais pas si la date de 2030 est réaliste ou si elle ne l'est pas", tempérait jeudi un diplomate d'un État membre. "La réflexion ne fait que commencer". Elle va s'étendre sur plusieurs années.
L'Europe, pourquoi ? Comment ?
Dans la lettre d'invitation adressée aux chefs d'État et de gouvernement de l'Union, Charles Michel, a souligné qu'il leur faudrait, dans les mois et années à venir, répondre à plusieurs questions cruciales : "Que faisons-nous ensemble ? Comment décidons-nous ? Comment nous donnons-nous les moyens de nos ambitions ?" Autrement dit : quelles sont les politiques qui doivent être menées au niveau européen ? ; comment faire en sorte que l'arrivée de nouveaux membres ne rende pas l'Union ingouvernable ? ; de quel budget européen l'UE doit-elle se doter pour être capable de faire ce que l'on attend d'elle ?
Chacune de ces questions réclame une réponse charpentée. "Même s'il y aura moins de pays que lors du grand élargissement de 2004" à dix États, dont huit de l'ancienne "Europe de l'Est" (NdlR), on sait que ce sera très gros", préface un autre diplomate européen. Les disparités entre les économies des pays candidats et celles de l'UE sont beaucoup plus profondes. On parle aussi de pays "où la corruption et la culture de la guerre sont encore très présentes", pointe l'historien et géographie Sylvain Kahn, spécialiste de la construction européenne et professeur à Sciences Po Paris.
Les pages qui suivent tentent de jeter un regard prospectif sur les implications possibles de ce, ou de ces futurs élargissements, pour l'Union européenne et la Belgique. Qu'adviendrait-il de la Politique agricole commune et des aides aux agriculteurs belges avec l'entrée du mastodonte agricole ukrainien ? Que deviendra la politique de cohésion ? Les provinces wallonnes en resteront-elles bénéficiaires ? La crainte du plombier ukrainien, ou serbe, va-t-elle remplacer celle du plombier polonais du début des années 2000 ? Comment réformer les institutions de l'Union pour leur éviter une paralysante hypertrophie ? Comment, enfin, assurer, que l'élargissement n'ait pas pour effet pervers la dilution de l'état de droit et des valeurs européennes ?
