Pour le mouvement agriculteur-citoyen BBB, les élections néerlandaises arrivent trop tard
Il y a deux semaines, le "Boer Burger Beweging" faisait encore fureur dans les sondages. Depuis l'arrivée de NSC (Nieuw Sociaal Contract) de Peter Omtzigt sur la scène politique, le parti agricole n'a plus le vent en poupe.
- Publié le 21-11-2023 à 15h26
- Mis à jour le 22-11-2023 à 06h56

Aux Pays-Bas, personne n'aime les fermiers", soupire Jan Swaag, 53 ans, assis dans son bureau, surplombant l'étable où ruminent plus d'une centaine de vaches laitières. "Les enfants de fermiers sont harcelés à l'école, il y a même des articles dans la presse néerlandaise sur le sujet, s'irrite l'exploitant agricole. Plusieurs champs séparent sa ferme de la gare de Schagen, dans la province de Hollande du Nord. Fièrement il montre de nombreuses pancartes sur lesquelles on lit, en lettres vertes, une phrase : "Votez pour le BBB (BoerBurgerBeweging, Mouvement agriculteur-citoyen, en français, NdlR)". Jan Swaag est inscrit sur la liste électorale du parti, en numéro 32, pour les élections législatives anticipées néerlandaises de mercredi. Il se veut représentant des fermiers et entrepreneurs du pays, comme lui, "abandonnés par le gouvernement actuel".
Sentiment d'abandon
Le 22 novembre, les Néerlandais sont appelés à se rendre aux urnes, et ce moins de deux ans après les dernières législatives de mars 2021 qui avaient morcelé le paysage politique. Dix-sept partis étaient représentés au Parlement, une fragmentation record depuis 1918. Le VVD (libéral, centre-droit) conservait sa majorité relative et remportait 34 sièges. Rien de nouveau sous la grisaille néerlandaise : la même coalition avait repris le flambeau après 271 jours de négociations et le cabinet Rutte IV avait vu le jour, le 10 janvier 2022. Le 7 juillet dernier, la coalition s'est dissoute sur un fond de dispute sur des questions d'immigration et le 10, Mark Rutte annonce son retrait définitif de la vie politique néerlandaise.

Dans le bureau de Jan règne un désordre rustique. Aux tracteurs miniatures se mêlent des statues de vaches en argent, symbole de la réussite de ses vaches laitières, offertes par sa coopérative. Ses animaux sont sa fierté. À côté de ces trophées, une photo montre plusieurs hommes derrière des vaches. "Celui tout à droite, c'est mon grand-père", pointe Jan Swaag, avec un sourire digne. "Les hommes de la famille ont toujours été fermiers. Mon grand-père maternel, mon père… Nous avons besoin de soutenir des gens comme ça et c'est exactement ce pour quoi nous nous investissons en politique".
Un succès éphémère
Les prédictions sont toujours difficiles à faire à l'avance dans un pays où les campagnes électorales ne durent qu'environ deux semaines. Au lendemain de l'annonce du départ de Mark Rutte, le BBB et sa cheffe de file Caroline van der Plas étaient au sommet de la vague. Les différents sondages leur donnaient même une chance de remporter une majorité relative. Les élections provinciales de mars 2023 avaient été un succès, le BBB remportant 16 sièges au Sénat sur 75 aux élections provinciales.
Caroline van der Plas "représente quelqu'un de différent des politiques que nous avons l'habitude de voir, qui rallie le peuple, et qui ressemble au Néerlandais lambda", analyse Menno Hurenkamp, politologue à l'Université d'Utrecht "C'est la première raison de sa récente popularité. Le problème est que dans le fond, elle a agi comme les autres. Si elle a touché autant de monde, c'est parce qu'elle était grandement soutenue par les lobbys agricoles, qui sponsorisent sa campagne. Alors elle a pu se déployer massivement sur les réseaux et cela l'a beaucoup aidée".
Caroline van der Plas devient alors la porte-parole du monde rural, en mars. Mais aujourd'hui, à peine quelques mois plus tard, à une dizaine de jours des élections, ses intentions de vote dans les sondages ne font que chuter pour tomber à 9 sièges lors d'une enquête le 13 novembre. Comment expliquer une telle perte de vitesse ? Selon, Richard Verhaaf, 55 ans, debout devant un champ, les sabots en plastique dans la boue, la réponse est évidente : "Ils ne vont pas tenir leurs promesses. Ils se rapprochent du CDA, ne se préoccupent plus de la crise de l'azote au Sénat. Caroline n'a plus les intérêts des fermiers à cœur à l'approche des élections". Dans sa ferme, aux alentours de Breda, en Hollande du Sud, le fermier a remplacé ses pancartes du BBB pour le parti populiste de droite Belang van Nederland (BVNL, "Intérêt des Pays-Bas"). "De toute façon mes vaches piétinaient Caroline", rigole-t-il doucement en observant avec tendresse un de ses cochons Tamworth à poil long.
Les nouveaux partis destinés à perdre rapidement leur pouvoir de séduction
Le discours de Jan Swaag, interrompu de temps à autre par des meuglements, est tout autre. À ses yeux, le BBB est le seul parti "intègre" qui a à cœur "les trois principaux problèmes des Néerlandais : se loger, se nourrir et se chauffer". Le reste "n'est que broutilles".
Menno Hurenkamp nuance un peu entre les deux opinions. Ce n'est pas le BBB qui perd de sa splendeur, "mais tous les nouveaux partis". Selon le politologue, une "ascension fulgurante est synonyme de descente aux enfers quelque temps après. Pieter Omtzigt l'a remplacé". Et "ni le parti de Caroline van der Plas ni celui Pieter Omtzigt ne feront exception" à ce phénomène d'usure prématurée, prédit-il.
Si Jan Swaag est heureux de participer à l'aventure, il sait d'ores et déjà qu'il n'aura pas sa place au Parlement, au vu des récents sondages. Il ne se dit pas déçu mais ne ressent plus "la même excitation" qu'au début. Pour autant, il n'est pas attristé par le score qui vient, car "même avec quelques sièges, nous pourrons changer les choses", assure-t-il confiant.