Gabriel Attal, ou l'histoire d'une ascension fulgurante
À 34 ans, Gabriel Attal devient le plus jeune Premier ministre de la Vᵉ République.
- Publié le 09-01-2024 à 20h23
- Mis à jour le 09-01-2024 à 22h10

Emmanuel Macron, alors âgé de 39 ans, était devenu le plus jeune président français en 2017. Ce mardi, il a fait de Gabriel Attal, 34 ans, fidèle lieutenant et compagnon de route de la première heure, le plus jeune Premier ministre de la Vᵉ République.
Comme sa prédécesseure Elisabeth Borne et le chef de l'État, Gabriel Attal commence sa carrière politique au PS. Militant socialiste depuis 2006, diplômé de Sciences Po Paris après être passé par la prestigieuse École – privée – alsacienne, il entre en 2012, à l'âge de 23 ans, au cabinet de la ministre de la Santé et des Affaires sociales Marisol Touraine, pendant le quinquennat de François Hollande. Il est préposé aux discours, avant de devenir conseiller politique.
Quand le ministre de l'Économie Emmanuel Macron démissionne en 2016 et tente sa chance présidentielle, Gabriel Attal quitte le PS et adhère à la start-up macroniste, La République en marche (LREM). Le premier pousse les portes de l'Élysée en 2017, le deuxième est élu député des Hauts-de-Seine dans la foulée. Quelques mois plus tard, le jeune prodige devient porte-parole de LREM, puis secrétaire d'État auprès du ministre de l'Éducation nationale et de la Jeunesse de 2018 à 2020 et porte-parole du gouvernement de 2020 à 2022. Après la seconde élection d'Emmanuel Macron, il hérite du portefeuille des Comptes publics, puis de l'Éducation nationale en juillet dernier.
Partout où il passe, l'habile et ambitieux Gabriel Attal montre l'étendue de ses talents de communicant, dont son sens de la repartie. Il peut aussi se livrer. Il parle ouvertement de son homosexualité et raconte, en novembre sur TF1, le harcèlement scolaire et les insultes qu'il a subis en raison d'une "orientation sexuelle" alors "supposée".
Lors de la dernière rentrée scolaire, il évoque ses priorités et, tout d'abord, le respect de l'autorité et de la laïcité. Il parvient alors à faire de la question, importante mais périphérique, du port de l'abaya un sujet central, reléguant presque au second rang celles de la baisse du niveau des écoliers et du manque de personnel. Sa promesse d'"un enseignant devant chaque classe" n'est d'ailleurs pas tenue.
Mais qu'importe ! Cette sortie est avant tout un coup tactique, celui d'une offensive contre l'extrême droite. L'autorité est un thème politique majeur, porté de longue date par le Rassemblement national (RN), par la droite aussi ; un thème essentiel pour les Français de tous bords. Et en l'espace d'une rentrée scolaire, Gabriel Attal arrive à l'incarner, l'autorité, sans fracturer l'électorat, ce que n'a pas réussi le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin.
Avec ce chef de l'exécutif, celui de l'État choisit aussi un homme politique loyal et populaire, en haut dans les sondages. Parmi tous les ministres, il est le préféré des Français, devant Bruno Le Maire et Gérald Darmanin.
Petit bémol : il représente les élites et l'entre-soi pour l'extrême droite, ce qui est un ressort du vote RN. Il pourrait, en outre, avoir les mêmes défauts qu'Emmanuel Macron.
Mais ça, l'avenir le dira. La fulgurante ascension de Gabriel Attal n'est d'ailleurs peut-être pas terminée. L'élection présidentielle se tient dans trois ans et, pour l'heure, l'homme avec lequel son destin est lié depuis tant d'années n'a pas de dauphin attitré.