Au Parlement européen, des députés interrogent les droits fondamentaux du régime de Bakou avant son accueil de la COP29
Les eurodéputés ont débattu de la situation politique et des droits humains en Azerbaïdjan.
- Publié le 23-10-2024 à 19h24

À quelques semaines de la Cop 29 qui se tiendra à Bakou du 11 au 29 novembre, le Parlement européen a débattu de la situation politique et des droits humains en Azerbaïdjan. Le débat s'est tenu à Strasbourg, mardi en fin de journée et sera suivi d'un vote sur une résolution prévu ce jeudi. Ce texte a toutes les chances d'être adopté à une écrasante majorité tant l'hémicycle s'est accordé à condamner le régime de plus en plus autoritaire du président azerbaïdjanais Ilham Alyev.
"En accueillant la Cop 29, l'Azerbaïdjan a souhaité faire parler de lui, exauçons-le et parlons-en", a ironisé la centriste française Nathalie Loiseau (Renew Europe) qui a participé à la rédaction du texte. Au-delà de ce que l'eurodéputée a qualifié de "greenwashing" offert à un pays "qui n'exporte pratiquement que des hydrocarbures", le débat s'est focalisé sur les violations graves des droits humains perpétrées par le régime à l'encontre de ses opposants et sur le "nettoyage ethnique" mis en œuvre par l'Azerbaïdjan au Haut-Karabakh. Pour l'hémicycle européen, la lutte contre le changement climatique ne peut se tenir dans un contexte de négation des droits fondamentaux sans une ferme mise en cause du régime qui en est coupable.
Faire reculer le régime d'Alyev
"Les crimes ont des conséquences même lorsque l'on jongle avec les milliards", s'est exclamé le Français Raphaël Glucksmann (socialistes&démocrate), appelant l'Europe à "montrer qu'elle avait encore quelques principes" et réclamant – comme la majorité des eurodéputés – la suspension de l'accord gazier conclu en juillet 2022 entre la Commission européenne et l'Azerbaïdjan. Le but était de pallier l'arrêt des livraisons russes suite à la guerre en Ukraine mais l'Azerbaïdjan jouerait de cet accord pour contourner les sanctions européennes en augmentant ses importations de gaz russe. "Signer avec Alyev", c'est "aider indirectement Poutine", estime Nathalie Loiseau. Tout comme les Verts européens, elle aurait aimé un boycott de la Cop 29 mais cela n'a aucune chance de se produire. Le but est de se saisir de cet événement international pour mettre l'Azerbaïdjan devant ses responsabilités en matière de droits humains et dénoncer la prise militaire du territoire séparatiste du Haut-Karabakh qui a entraîné l'exode d'environ 100 000 Arméniens.
Soutenue par l'ensemble des groupes politiques du Parlement européen, la résolution débattue mardi sera adoptée ce jeudi, juste après l'annonce dans l'hémicycle du lauréat du Prix Sakharov de la liberté de l'esprit. Trois finalistes sont en lice avec parmi eux le militant anti-corruption azerbaïdjanais, Gubad Ibadoghlu, universitaire critique de l'industrie pétrolière et gazière d'État assigné à résidence après avoir été emprisonné et torturé. Le docteur Ibadoglu a été présenté par les Verts européens qui mettent cette candidature en résonance avec la Cop 29. Leur vœu, partagé par la résolution commune du Parlement européen : "Faire reculer le régime d'Alyev."