À Sainte-Marie Majeure, le Pape retrouvera Marie, Pauline et Le Bernin
Rien n'est innocent dans le choix de François d'être enterré dans une basilique à l'histoire prestigieuse.

- Publié le 25-04-2025 à 19h08
- Mis à jour le 25-04-2025 à 23h07

La neige est tombée au mois d'août. Le 6 août 356 exactement. Et aux yeux du pape Libère Ier, cela ne pouvait être qu'un signe de la Vierge pour qu'on lui construise une église, une des quatre basiliques majeures de Rome. Telle est la légende qui entoure Sainte-Marie Majeure, bâtie au cœur de la capitale, sur la colline de l'Esquilin. C'est là, dès ce samedi, que reposera le pape François, dans une tombe sobre, en marbre, avec pour seule inscription "Franciscus", et la reproduction de sa croix pectorale.
Au-delà du miracle que retient la tradition, Saint-Marie Majeure a été édifiée au Ve siècle alors que le christianisme triomphe définitivement du paganisme. Entre deux sacs barbares, Rome vit alors une période de paix, et érige de nombreux lieux de culte chrétiens pour qu'à la ville païenne succède la capitale de la chrétienté.
Par cette nouvelle basilique, la papauté célèbre également le concile d'Ephèse qui proclama en 431 le dogme de la maternité divine de Marie. Le débat à l'époque fut serré. L'évêque Nestorius et ses disciples soutenaient que Marie était christotokos, c'est-à-dire simplement la mère de l'homme Jésus. Le concile ne lui donna pas raison, et retint l'idée que la Vierge était bien theotokos, c'est-à-dire la mère de Dieu. Derrière ce conflit se jouait toute la question de l'incarnation qui est au cœur du christianisme : Jésus était-il bien à la fois vrai homme et vrai Dieu ? C'est ce que l'Église a retenu.
Au-delà de ce conflit théologique, la proclamation de ce dogme bouleversera fondamentalement l'histoire de l'art : c'est à partir de ce concile que se multiplièrent les représentations de la Vierge, de la nativité et de l'enfance du Christ. Sainte-Marie Majeure, devenue au fil des siècles la plus grande église dédiée à Marie, en est un des plus imposants témoignages.
"Salut au peuple romain"
Remaniée au Moyen Âge (XIIe-XIIIe siècle) et à l'époque baroque (XVIIe), elle incarne également le génie artistique de ces trois périodes avec son baldaquin, ses panneaux de mosaïques somptueux, et le plus haut campanile de Rome construit au XIVe siècle… En outre, François y sera bien accompagné, puisque la basilique accueille sept autres papes, Pauline Bonaparte (la sœur de l'autre), le Bernin et sa famille (immense artiste de la période baroque qui réalisa notamment la colonnade Place Saint-Pierre).
Mais ce n'est pas pour cette raison que François souhaita être enterré à Sainte-Marie Majeure. Très attaché au culte de la Vierge Marie, il ne manquait jamais son rendez-vous avec l'icône "Salus populi romani" ("Salut au peuple romain") que la tradition attribue à l'évangéliste Luc. Avant et après chacun de ses voyages, François venait y prier "afin de confier en toute confiance [ses] intentions à la Mère Immaculée et de la remercier pour son attention docile et maternelle", écrivit-il dans son testament signé en 2022. C'est donc au pied de cette icône qu'il sera enterré.
