Les cent premiers jours de Friedrich Merz à la chancellerie sans période de répit
A Berlin, le chancelier allemand mène une coalition faible depuis 100 jours. Pas de période de grâce ou d'acclimatation pour le chef de la CDU/ CSU, qui fait face à des défis immenses, en interne mais aussi sur la scène internationale.
- Publié le 13-08-2025 à 13h42
- Mis à jour le 14-08-2025 à 06h43

Il n'aura fallu que deux mois à la coalition CDU/SPD pour montrer ses limites: début juillet, lors d'une séance chaotique au Bundestag, les députés conservateurs ont voté contre la candidature de Frauke Brosius-Gersdorf au poste de juge constitutionnelle, pourtant censée être la candidate soutenir par leur gouvernement. La raison invoquée? Sa proximité avec la gauche et ses positions jugées trop progressistes sur l'avortement et le port du voile, Brosius-Gersdorf étant la candidate proposée par le SPD. Résultat: la juriste a retiré sa candidature début août, n'ayant pas supporté cette pression politique et médiatique.
Une faible majorité
Une situation loin d'être anodine. Selon un sondage de la chaîne publique ARD, seules 29 % des personnes interrogées se déclarent satisfaites du travail du gouvernement. Et seuls 32% soutiennent leur chancelier, "un chiffre très bas dont on n'a pas l'habitude en Allemagne" selon Hajo Funke, politologue à l'université libre de Berlin. En comparaison, le taux de satisfaction d'Olaf Scholz était de 56 % à la même époque. Une situation inextricable, induite par de nombreux facteurs comme l'explique le politologue: "Cela s'explique par des facteurs économiques et sociaux, par la politique internationale instable et par la force du parti d'extrême droite AfD". Par ailleurs, le gouvernement de Friedrich Merz n'a pas de majorité absolue au Parlement, avec une avance de seulement 12 sièges. Ce qui limite sa marge de manœuvre.
Une situation qui profite à l'AfD
Et c'est l'AfD qui récolte les miettes de ce mécontentement. Dans un sondage INSA du 9 août, l'AfD avec ses 25% d'opinion favorable talonne les conservateurs, certes en tête, mais avec seulement 27% de convaincus. Dans un entretien au journal Süddeutsche Zeitung, Dennis Radtke, ténor du parti CDU, alerte: "Les sondages pour la coalition sont dramatiques". Car le SPD n'est pas en meilleure posture avec ses 15% de soutiens. Il appelle à ne pas simplifier les peurs des Allemands à l'immigration ou aux conséquences de la pandémie. Radtke estime qu'il y a un retard à rattraper en matière de logement par exemple, une crise qui touche de très nombreuses grandes villes. Une impression confirmée par un autre sondage, Forsa, selon lequel seuls 33 % des Allemands ont l'impression que le gouvernement s'occupe suffisamment des problèmes les plus importants du pays.
Le soutien à Israël, point de bascule entre les deux partis
Alors le chancelier espère que sa politique internationale lui fera gagner en popularité. Prenons l'exemple du soutien à Israël: "Seuls 13 % des Allemands souhaitent que la guerre à Gaza se poursuive", explique Hajo Funke, s'appuyant sur un sondage Statista de mai 2025. Pourtant, jusqu'à début août, Merz s'est montré inflexible dans son soutien à Israël, arguant même lors de la guerre de douze jours avec l'Iran, que l'Etat hébreu faisait "le sale boulot" des autres.
Mais le 8 août, changement de cap: l'Allemagne ne livrera plus d'armes à Israël susceptibles d'être utilisées à Gaza. L'argument de la culpabilité historique de l'Allemagne face à Israël est relégué au second plan, selon Hajo Funke: "Il s'agit de limiter la politique destructrice de Netanyahu à Gaza, au coût humain infini." Et de reconquérir l'opinion. Car depuis le 7 octobre 2023, Berlin avait envoyé près d'un demi-milliard d'euros d'armes à Tsahal, 33% de l'aide internationale.
Un chancelier responsable de ses problèmes
Enfin, la piètre opinion des Allemands sur leur chancelier est aussi liée à sa personnalité, il est considéré comme peu crédible. Par exemple, il avait promis de ne pas toucher au sacro-saint frein à la dette pendant la campagne des législatives, répétant même en février: "il est exclu que nous réformions le frein à l'endettement dans un avenir proche"... pour finalement le réformer quatre petites semaines plus tard. En mars, le pays s'est pour la première fois endetté à hauteur de 500 milliards d'euros sur près de 12 ans pour rénover ses infrastructures et renforcer son armée. Un changement dont le chancelier porte les conséquences selon Hajo Funke, qui estime qu'il ne défendait cette position que pour s'opposer idéologiquement à Scholz. Malgré cela, il faut boucler le budget 2026, une tâche à laquelle s'attelle Merz avec ses ministres cet été, loin de la plage et du farniente.