Programme Erasmus+, le grand retour britannique en 2027: "Il existe de nombreuses universités formidables en Europe"
Suite à son arrêt il y a cinq ans en raison d'un choix politique et budgétaire du gouvernement de Boris Johnson, les modalités concrètes du programme d'échange européen sont totalement méconnues des étudiants britanniques.

- Publié le 17-12-2025 à 20h08

La plupart des universités britanniques ont déjà fermé leurs portes à l'approche de Noël. L'information sur la réintégration du Royaume-Uni au sein du programme d'échange européen Erasmus+, dévoilée mercredi matin par le gouvernement britannique et la Commission européenne, ne s'est donc pas encore propagée auprès des étudiants britanniques.
"Oh, quelle bonne surprise ! Je ne savais pas du tout que le Royaume-Uni allait rejoindre Erasmus", s'exclame Macy Grimshaw, assise sur un banc devant son université de Central Saint Martins College of Art. Cette étudiante en design de mode, âgée de 24 ans, s'en réjouit, "même si c'est trop tard pour moi, car je termine mon master cette année. C'est dommage, j'ai toujours voulu aussi étudier à Paris".
Une génération d'étudiants sacrifiée
La décision prise en décembre 2020 par le Premier ministre Boris Johnson de quitter Erasmus pour des raisons budgétaires et politiques a empêché une génération d'étudiants d'aller vivre et étudier sur le sol européen, comme des centaines de milliers de leurs compatriotes depuis 1987.
Les Travaillistes, au pouvoir depuis un an et demi, avaient clamé leur volonté de réintégrer le programme. Ce sera donc chose faite à partir de la rentrée scolaire et universitaire 2027. Le gouvernement estime que "plus de 100 000 personnes au Royaume-Uni pourront en bénéficier dès la première année". Lors de l'année scolaire 2019-2020, 9 861 Britanniques avaient étudié dans l'UE et 16 072 Européens avaient effectué le chemin inverse.
Une contribution financière revue à la baisse
La contribution annuelle du Royaume-Uni aux coûts du programme s'élèvera à 570 millions de livres (650 millions d'euros), soit un rabais de 30 %, également attribuée à d'autres pays tiers comme la Suisse. Ce montant devra être renégocié pour les prochaines années en raison de l'entrée en vigueur l'année suivante du budget européen 2028-2034.
Si le gouvernement et les universités se sont réjouis de cette avancée, un gros travail les attend. Près de cinq ans après la sortie du Royaume-Uni du programme, Erasmus est devenu une inconnue pour les étudiants britanniques. "Je ne connais pas grand-chose d'Erasmus, car il n'y a pas vraiment eu de publicité sur ce programme, reconnaît Macy Grimshaw. Mais dès que je vais en Europe, notamment en Espagne, tout le monde a fait Erasmus !"
De son côté, Bruno Ben Tovim, un étudiant de 20 ans en philosophie à University College London, indique en avoir "brièvement entendu parler" et sait donc "que cela concerne l'Union européenne, en particulier les étudiants, mais je ne sais pas ce que cela signifie concrètement. Faut-il payer ses cours en plus ? Figurer parmi les meilleurs élèves ?"
Le programme Turing mis en place dans la foulée du Brexit par le gouvernement conservateur n'offre en effet pas les mêmes avantages financiers qu'Erasmus. Les 24 031 universitaires qui y ont participé lors de l'année 2024-2025 ont reçu des aides pour les transports (250 livres, soit 285 euros pour voyager jusqu'en Belgique) et pour leur vie quotidienne (335 livres, soit 380 euros par mois), mais ils devaient régler les frais de scolarité dans leur nouveau cadre d'accueil. Seul avantage : il n'est pas limité à l'Europe. Quant aux partenariats individuels déployés par les universités britanniques, ils ne sont souvent ouverts qu'aux élèves disposant des meilleures notes et les frais de scolarité étrangers sont aussi à payer en sus.
Une fois mis au courant des modalités habituelles d'Erasmus+, les étudiants interrogés se sont dit enthousiastes. "Cela semble être uniquement un avantage de pouvoir acquérir une expérience dans un autre pays européen, reconnaît notre étudiant en philosophie. Il existe de nombreuses universités formidables en Europe, ce serait donc idiot de ma part de ne pas y réfléchir.