Le Rassemblement national crie victoire et se pose en recours contre "l'extrême-gauche"
À l'heure de boucler cette édition (22h), les résultats étaient encore partiels pour Paris et la plupart des grandes villes.

- Publié le 15-03-2026 à 21h51
- Mis à jour le 16-03-2026 à 10h14

Le premier tour de l'élection municipale française aura acté, peut-être, un singulier inversement du cordon sanitaire, naguère voué à contenir la montée de l'extrême-droite. Le Rassemblement national (RN) se pose désormais en rempart contre "l'extrême-gauche", en tendant la main à "la droite sincère", selon les termes de Jordan Bardella, président de la formation historiquement lepéniste.
À l'autre bout du spectre politique, Manuel Bompard, coordinateur de La France Insoumise (LFI), appelle à "la constitution d'un front antifasciste au second tour". De même la patronne des Écologistes, Marine Tondelier, a appelé dimanche soir à "éliminer la droite et l'extrême droite" au second tour des municipales, contestant le choix de Raphaël Glucksmann, le dirigeant de Place publique, qui refuse toute alliance avec LFI.
Le premier secrétaire du Parti socialiste (PS), Olivier Faure, a salué dimanche soir la "victoire des 350 maires socialistes réélus, de Saint-Denis de la Réunion à Lens" tout en regrettant que l'extrême droite "continue de progresser très fortement et instille son poison jusqu'au cœur d'une droite de moins en moins républicaine". Le socialiste a promis, toutefois, qu'il n'y aura "pas d'accord national entre le PS et LFI".
À l'heure de boucler cette édition (22h), les résultats étaient encore partiels pour Paris, Lyon ou Marseille ainsi que la plupart des grandes villes. Mais selon les premières estimations, Emmanuel Grégoire, l'ex-bras droit de la maire de Paris, Anne Hidalgo, est en bonne position, avec 36,5 % des voix et douze points d'avance sur Rachida Dati (LR). Le second tour pourrait donner lieu à une quadrangulaire avec Sophia Chikirou (LFI) et Pierre-Yves Bournazel (Horizons-Renaissance).
À Marseille, le maire sortant, Benoît Payan (union gauche), est au coude-à-coude avec Franck Allisio (RN), tous deux à 35,4 %, selon des premières estimations. Martine Vassal (divers droite) est troisième, avec 12,3 % des voix.
Le maire écologiste Grégory Doucet est crédité de 37% de voix à Lyon, au coude-à-coude avec Jean-Michel Aulas, soutenu par Les Républicains (35%). L'Insoumise Anaïs Belouassa-Cherifi se pose en arbitre, en tendant la main au premier.
À Perpignan, seule ville de plus de 100 000 habitants dirigée par le RN. Le maire Louis Alliot, pourtant condamné, a été réélu dès le premier tour, avec 51 %, malgré un bilan mitigé. Même constat à Fréjus, où le maire sortant RN David Rachline est réélu, selon ses dires. Hautement révélatrice, encore, la réélection avec 78 % des voix de Steve Briois, maire sortant RN de Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), témoigne dans le fief électoral de Marine Le Pen de l'indifférence de ses partisans à sa condamnation pour détournement de fonds publics.
"Plusieurs maires RN ont été réélus", s'est donc vanté le président du RN, Jordan Bardella, vantant, sans fard, "une gestion sérieuse et honnête" qui a appelé les "Françaises, Français, à poursuivre la dynamique" au second tour et lors des futures échéances électorales, faisant d'emblée un lien entre ce scrutin local et la politique nationale.
Une telle alliance des droites pourrait servir l'ex-porte-parole de Marine Le Pen, Laure Lavalette à Toulon (Var). La députée est largement en tête, avec environ 40 % des voix, mais avec peu de réserves pour le second tour. Le sénateur Les Républicains Michel Bonnus, adoubé par l'ancien homme fort du Var, Hubert Falco, obtiendrait plus de 16 %. En revanche, aucune des listes de gauche ne parviendrait à se maintenir.
Une bataille serrée s'annonce également à Nîmes où le RN Julien Sanchez et la gauche hors France Insoumise (Vincent Bouget) sont dans un mouchoir de poche tandis que le centre (Julien Plantier) et la droite (Franck Proust) sont en mesure de les supplanter en cas d'alliance. À Nice, Eric Ciotti (41,5 %, Union extrême droite) est en tête au premier tour des municipales 2026 à Nice, devant Christian Estrosi (31,8 %, Union droite).
Dimanche soir, la France est aussi entrée dans l'ère des résultats contestés. Sentant manifestant le vent défavorable, la France Insoumise affirme que dans plusieurs bureaux de vote de la capitale, "notamment dans les XIIe, XVIIIe et XXe arrondissements", les bulletins de vote des têtes de liste des arrondissements et ceux pour la mairie centrale ont été intervertis.
Un problème que le parti a dénoncé à Marseille plus tôt dans l'après-midi, réclamant que les votes concernés ne soient pas considérés comme "nuls", comme il conviendrait, mais soient comptabilisés "comme des voix en faveur" de candidats soutenus par LFI, "ce qui était l'intention claire et incontestable des électeurs", affirme la formation mélenchoniste.
LFI pourrait se maintenir à Roubaix, avec le député insoumis David Guiraud, selon une estimation de l'Ifop-Fiducial, ainsi qu'à Lille, avec Lahouaria Addouche et Arnaud Deslandes (union de la gauche) au coude-à-coude, selon les estimations des instituts de sondage.
Une bonne nouvelle pour le camp macroniste : le premier ministre français, Sébastien Lecornu a pu annoncer la victoire de la liste sur laquelle il figure en troisième position, sur la liste du maire sortant, François Ouzilleau (divers droite). Gabriel Attal annonce qu'au moins 100 maires Renaissance ont été élus dès le premier tour, saluant un "résultat inédit".
Edouard Philippe, maire du Havre depuis 2010, est en tête au premier tour avec 43,76 % des suffrages, selon des premières estimations. Le président d'Horizons, qui vise l'Elysée en 2027, avait lié son avenir politique à son maintien.