Keir Starmer aurait été trompé par les Affaires étrangères sur Peter Mandelson : "Je ne l'aurais jamais nommé"
Le premier ministre n'était pas au courant que son choix pour le poste d'ambassadeur à Washington n'avait pas initialement été habilité à accéder à des informations confidentielles.

- Publié le 20-04-2026 à 19h50

Keir Starmer a momentanément éteint ce lundi le feu autour des nouvelles révélations sur sa nomination de Peter Mandelson en tant qu'ambassadeur à Washington. Jeudi 16 avril, le journal The Guardian a en effet révélé que des hauts fonctionnaires du ministère des Affaires étrangères avaient accordé une habilitation de sécurité à Peter Mandelson malgré un avis défavorable du United Kingdom Security Vetting (UKSV), le service chargé de contrôler les antécédents de toutes les personnes ayant accès à des informations confidentielles du gouvernement britannique.
"Il est tout simplement inconcevable que, tout au long de cette affaire, les responsables du ministère des Affaires étrangères aient jugé bon de cacher cette information aux plus hauts responsables de notre gouvernement", s'est emporté M. Starmer devant les députés réunis à la Chambres des communes. Avant d'indiquer qu'il n'aurait "jamais nommé" l'ancien ministre travailliste s'il l'avait su.
Nomination "risquée"
Après la sélection de Peter Mandelson par le premier ministre, une première procédure d'habilitation avait été menée par l'équipe chargée des questions de déontologie et d'éthique au sein du Cabinet gouvernemental. Elle avait qualifié la nomination de Peter Mandelson de "risquée" en raison de ses liens flous avec des entrepreneurs chinois et avec l'homme d'affaires proxénète et pédophile Jeffrey Epstein.
Keir Starmer n'en avait pas tenu compte et le gouvernement avait officialisé la nomination de l'ancien ministre travailliste le 20 décembre 2024. Le 6 janvier 2025, le ministère des Affaires étrangères avait même organisé une réunion d'information réservée aux personnes les plus hautement habilitées à son intention.
Suite à sa nomination, UKSV avait enquêté bien plus en profondeur sur le candidat. L'entité avait notamment étudié son "historique sexuel", sa "criminalité", ses "amis et associations", selon les informations diffusées sur son site Internet. À l'issue de son travail, elle avait conclu que Peter Mandelson ne devait pas être habilité à accéder à des informations confidentielles. Fait rare, les hauts fonctionnaires du ministère des Affaires étrangères avaient néanmoins choisi d'aller contre sa conclusion et avaient donc informé le Premier Ministre que la procédure d'habilitation avait été réussie.
Changement de procédure
Choqué que ni la ministre des Affaires étrangères Yvette Cooper ni lui n'aient été mis au courant de l'opposition initiale de l'UKSV, Keir Starmer s'est engagé lundi à modifier la procédure afin qu'une telle situation ne se renouvelle pas. Ses interventions, centrées sur l'aspect procédural, ont pourtant évité les questions les plus saillantes, et en particulier pourquoi la direction du ministère des Affaires étrangères avait dérogé aux règles habituelles.
La réponse ne lui plairait sans doute pas : en raison de la pression placée par le premier ministre lui-même sur ses équipes en raison de sa volonté d'envoyer coûte que coûte celui qui était surnommé "le prince des ténèbres" à Washington pour améliorer la relation avec le président américain Donald Trump.
Le choix plus que douteux de Keir Starmer et son peu de regard pour les procédures officielles rappellent les nominations décidées par Boris Johnson lors de sa troisième année au pouvoir, qui avait d'ailleurs abouti à son éviction. Un parallèle rappelé par plusieurs députés de l'opposition jeudi. Pourtant, même si Keir Starmer avait maintes fois appelé le grand blond échevelé à démissionner pour des faits similaires, il ne lâchera pas non plus le gouvernail du pays. Quant aux députés travaillistes, ils ne céderont pas aux appels de l'opposition à renverser leur leader pour ne pas faire preuve de faiblesse. Ils choisiront eux-mêmes le moment de son éviction. Quelques jours après les élections locales du 7 mai, lors desquelles le Labour devrait subir un féroce recul ? C'est plus qu'envisageable.