Comment Raphaël Glucksmann essaie de s'imposer à gauche : "Mélenchon aujourd'hui est un agent électoral de l'extrême droite"
Après sa percée aux européennes, Raphaël Glucksmann se donne trois mois pour fédérer une gauche non-mélenchoniste éclatée. Avant, éventuellement, d'annoncer sa candidature à l'élection présidentielle de 2027.
- Publié le 31-05-2026 à 08h06

Le compte à rebours est lancé. Raphaël Glucksmann veut profiter des prochains mois pour rassembler la gauche non-mélenchoniste autour de lui avant de déclarer s'il est, oui ou non, candidat à l'élection présidentielle de 2027.
"Je ne serai pas un candidat de plus pour la gauche démocratique, il y en a déjà trop", a déclaré le député européen et cofondateur du parti Place publique, ce mardi au 20h de TF1. "Je me donne trois mois pour sillonner le pays, trois mois pour réunir ma famille politique, et à la fin, nous aurons une seule candidature parce que notre responsabilité est immense. J'ai l'intime conviction que notre espace social-démocrate est le seul qui peut convaincre face à l'extrême droite en 2027."
L'eurodéputé a lancé sa précampagne avec un livre ayant l'allure d'un programme – Nous avons encore envie (Allary Éditions) – et une tournée médiatique. Il a toutefois évité le 20h de France 2, où officie sa compagne, Léa Salamé. Cette dernière peut en effet rester à l'antenne tant que Raphaël Glucksmann n'a pas officialisé sa candidature. Prochaine étape importante pour lui : un meeting le 13 juin aux Docks de Paris, à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis).
Plier le match à gauche
Raphaël Glucksmann va donc tenter de convaincre un maximum de socialistes de se rallier à sa candidature, avant de se tourner vers les écologistes, les communistes et les anciens insoumis. Il va tenter de s'imposer comme le candidat unique de la gauche non-mélenchoniste, celui qui aurait déjà le plus de chances d'atteindre le second tour.
Mais sa tâche est ardue. S'il peut compter sur le soutien de personnalités socialistes comme le maire de Rouen, Nicolas Mayer-Rossignol, et la présidente de la région Occitanie, Carole Delga, plusieurs représentants de la gauche ont déclaré qu'ils étaient candidats à l'Élysée, ou qu'ils envisageaient de l'être. Parmi eux : l'ancien président et député François Hollande (PS) et son ex-Premier ministre Bernard Cazeneuve. Quant aux écologistes, ils avaient désigné leur secrétaire nationale Marine Tondelier pour qu'elle participe à une primaire de la gauche avec les socialistes, les communistes et les ex-insoumis, comme François Ruffin et Clémentine Autain.
L'hypothèse d'une primaire semblant s'éloigner, les sondages joueront les juges de paix. À ce petit jeu-là, Raphaël Glucksmann tient les autres prétendants de la gauche hors LFI à plus ou moins bonne distance. Mais celui qui a fait 14 % aux élections européennes de 2024 à la tête d'une liste PS-Place publique ne décolle pas. Il stagne avec environ 11 % des intentions de vote au premier tour. Il n'a donc pas encore plié le match à gauche.
Mais même s'il était plus haut dans les sondages, il n'est pas certain que les écologistes, les communistes et les ex-insoumis se rallieraient à sa cause. Beaucoup d'entre eux le jugent en effet trop peu ancré à gauche.
Le spectre du "nouveau Macron"
Ses critiques relèvent d'ailleurs la présence dans le premier cercle de l'eurodéputé d'anciens représentants de l'aile gauche du macronisme : le député Sacha Houlié, le député Aurélien Rousseau, également ex-ministre de la Santé et ex-directeur de cabinet de la Première ministre Élisabeth Borne, ou encore Marguerite Cazeneuve, qui a travaillé dans divers cabinets ministériels sous les présidences Hollande et Macron jusqu'en 2021, et a également fait partie de l'équipe de campagne d'Emmanuel Macron en 2022.
Les insoumis se plaisent d'ailleurs à qualifier Raphaël Glucksmann de "nouveau Macron". "Si j'avais cru au macronisme, j'aurais rejoint le macronisme, a répliqué l'eurodéputé sur France Inter ce mercredi. Si j'ai refusé leurs avances, leurs propositions, depuis le début, avant même qu'ils ne prennent le pouvoir, c'est parce que fondamentalement, je n'ai jamais cru à cette offre politique."
Le camp insoumis devrait multiplier les attaques. Jean-Luc Mélenchon, à environ 15 % dans les intentions de vote au premier tour, veut installer un duel au second tour face à Marine Le Pen ou à Jordan Bardella. Et pour ce faire, le candidat LFI compte bien écraser tout ce qu'il y a entre les deux, y compris le reste de la gauche. "Mélenchon aujourd'hui est un agent électoral de l'extrême droite, a cinglé Raphaël Glucksmann sur France Inter. S'il se qualifie au second tour, il donnerait le pouvoir à Jordan Bardella et Marine Le Pen."
Les sondages indiquent, effectivement, que le candidat du RN, quel qu'il soit, l'emporterait largement au second tour face à Jean-Luc Mélenchon, avec environ 30 % des intentions de vote contre environ 42 % pour Raphaël Glucksmann.
Mais quoi qu'il en soit, pour arriver au second tour, il faut terminer parmi les deux premiers au premier tour — et, avant tout, y figurer, après avoir réuni les parrainages de 500 élus répartis sur au moins 30 départements et déposé sa candidature. Sur ce dernier point, Raphaël Glucksmann donnera sa réponse en septembre.