Les chrétiens-démocrates allemands du chancelier Merz sont divisés sur presque tous les sujets: "C'est la crise la plus grave jamais vécue par la CDU"
Après les claques électorales de septembre, la CDU est en mode "réunion de crise". Les débuts de réponse apportés par la direction du parti lundi pourraient ne pas suffire à recréer la confiance au sein d'une formation fracturée sur le fond, la forme et sur la ligne à tenir envers l'extrême droite.
- Publié le 13-10-2026 à 06h35

"Ce qui doit se passer maintenant". Voilà le titre du document de cinq pages rendu public lundi 12 octobre par la direction de l'Union chrétienne-démocrate (CDU) après une journée et demi de réunion de crise. Devant la presse, lundi 12 octobre, le chef du parti et chancelier allemand, Friedrich Merz, a établi la liste des pistes avancées pour regagner la confiance des électeurs : plancher sur la cherté de la vie – il annonce une baisse du prix de l'électricité pour tous – , promouvoir la justice sociale, et améliorer la sécurité intérieure. "L'Allemagne et l'Europe ont besoin d'une CDU forte", a-t-il lancé tout en confirmant son objectif : faire en sorte que son parti "reste la plus grande force politique centriste d'Allemagne".
Souvent critiqué pour ne pas assez écouter sa base, Friedrich Merz a aussi confirmé une nouvelle série de conférences régionales avec les militants, pour "moderniser la démocratie chrétienne". Les enjeux sont de taille alors que la famille chrétienne-démocrate est créditée de moins de 20 % des sondages au niveau national, et après trois scrutins régionaux perdus en septembre, notamment face au tsunami de l'extrême droite. Pour l'ancien ministre de l'Économie Peter Altmaier. cette crise est "la plus grave jamais vécue par la CDU".
Quelle attitude adopter face à l'AfD ?
Ces grandes lignes relanceront-elles le moral de troupes ? Rien n'est moins sûr, alors que certains thèmes clivants ne sont pas abordés dans ce papier de cinq pages. À commencer par l'attitude à adopter face au parti d'extrême droite Alternative pour l'Allemagne (AfD). La semaine dernière, celle-ci a réussi à faire élire, en Saxe-Anhalt, dans un vote à bulletin secret, un président et vice-président du parlement régional, avec quatre voix de plus que prévu. Depuis, tous se demandent si ces voix viennent d'élus chrétiens-démocrates, alors que la direction avait appelé à s'abstenir. "Il est possible que certaines de ces voix viennent de notre parti", nous explique Tim Rohne, président du groupe parlementaire au conseil municipal de la ville de Magdebourg. "Si c'était le cas, je le verrais davantage comme une lutte de pouvoir interne, une manière d'affaiblir la direction du groupe au parlement régional, que comme un message en direction du chancelier. Le 6 octobre, nous avons perdu la Saxe-Anhalt après plus de 20 ans au pouvoir et nos votes ont été divisés par deux, rappelle-t-il. Mais il est aussi possible que ces voix proviennent des autres partis, pour faire planer le doute sur nous. Les deux scénarios sont possibles", analyse cet élu local.
Le doute qui plane sur les chrétiens-démocrates en Saxe-Anhalt est toutefois de facto un pied de nez envers Friedrich Merz qui insiste sur le "cordon sanitaire" à mener face à l'AfD. Devant la presse, lundi, il a reconnu que le vote de la semaine dernière "le préoccupait fortement". "Ceux qui aident les extrêmes à arriver au pouvoir n'ont pas de place au sein de la CDU", a-t-il rappelé. Cette ligne divise toutefois les chrétiens-démocrates qui souhaitent lancer une procédure pour éventuellement faire interdire l'AfD, ceux qui plaident pour la fin du cordon sanitaire, et ceux qui prônent davantage de flexibilité. C'est le cas de Tim Rohne, à Magdebourg. "En Saxe-Anhalt, le cordon sanitaire trouve peu de supporters, mais ne nous leurrons pas. L'AfD veut nous détruire, nous la CDU, elle le dit ouvertement. Nous ne pouvons pas travailler avec elle comme si de rien n'était. La pratique du cordon sanitaire n'est toutefois pas aussi simple quand il s'agit de politique concrète sur la politique des déchets, l'éclairage public. Au niveau local, nous avons peu l'occasion de traiter de sujets idéologiquement tranchés", reconnaît-il.
Centristes versus néolibéraux
Profonde, la crise interne à la CDU est aussi d'ordre programmatique, entre ceux qui, comme l'actuel ministre-président de Hesse Boris Rhein, souhaitent une ligne néolibérale et conservatrice de la CDU, et ceux qui prônent une ligne plus centriste, comme la ministre de la famille, Karin Prien. Une division qui se ressent sur le terrain. "Avant d'être élu, Friedrich Merz a promis une ligne "CDU pure" qu'il ne peut pas tenir dans sa coalition avec les sociaux-démocrates SPD", regrette Daniel, un jeune unioniste berlinois. Devant un bureau de la CDU, Teresa, soutien de la CDU, pense le contraire. "Le parti ne pense pas assez aux classes moyennes, cela me déçoit", déplore cette quinquagénaire.
Dans cette équation compliquée, la figure de Friedrich Merz complique les choses, lui auquel le parti semble s'accrocher davantage par manque d'alternative que de conviction. Seuls 14 % des Allemands se disent contents de son travail.