"La Russie prépare une nouvelle attaque d'ici un à cinq ans. Le compte à rebours sera lancé pour sa prochaine victime"
Interrogé par nos confrères du Morgen, l'expert britannique sur la Russie Keir Giles affirme que "l'Ukraine est en train de gagner du temps pour le reste de l'Europe" face à la menace russe.
- Publié le 16-01-2025 à 15h24
- Mis à jour le 17-01-2025 à 11h08

Keir Giles, expert britannique sur la Russie et auteur de l'ouvrage anglophone "Who will defend Europe : an awakened Russia and a sleeping continent" ("Qui défendra l'Europe : une Russie éveillée et un continent endormi", NdlR.), a accordé une entrevue à nos confrères du Morgen. Le directeur du Centre de recherche britannique sur les études de conflit en est certain, les Occidentaux sous-estiment largement le risque d'invasion russe d'autres pays européens après l'Ukraine.
"L'Ukraine est en train de gagner du temps pour le reste de l'Europe"
Selon lui, ce n'est qu'une question de temps avant que le Kremlin ne déclenche une nouvelle offensive sur le Vieux Continent. "Il existe un consensus au sein de l'OTAN sur le fait que la Russie prépare une nouvelle attaque. Le seul point de discussion est de savoir quand elle sera prête pour cela". "Entre un et cinq ans", évalue-t-il. "Les pays de l'OTAN s'appuient sur leurs renseignements secrets. Je partage leur point de vue en raison de ce que la Russie dit publiquement depuis des années, de ce qu'elle fait visiblement et de ce qu'elle fait savoir à sa population concernant ses intentions. Tout indique que l'Ukraine est en train de gagner du temps pour le reste de l'Europe, peut-être en vain", analyse-t-il auprès du Morgen.
Si Vladimir Poutine était pris d'une nouvelle pulsion expansionniste, la question centrale resterait toutefois celle de ses potentielles nouvelles cibles. "En Europe, malheureusement, il existe un grand nombre de candidats possibles", avance-t-il. "Des faiblesses subsistent, je pense au Spitzberg, un archipel norvégien stratégique situé dans l'océan Arctique." Selon l'expert, la Russie commencerait à s'enfoncer de trente kilomètres dans le territoire d'un État balte comme la Lituanie. "Ce n'est pas un chiffre lancé au hasard. Il est basé sur une estimation de l'étendue du territoire que la Russie peut prendre avant qu'une contre-réaction ne se produise. Ce n'est pas non plus une coïncidence si c'est la distance entre la frontière du Belarus pro-russe et Vilnius, la capitale de la Lituanie, membre de l'OTAN."
"Moscou peut également frapper des villes comme Bruxelles"
Keir Giles affirme donc que la guerre en Ukraine sert actuellement de sorte de "zone tampon" avant l'Europe. "Tous les freins seront levés une fois que les principales opérations de combat en Ukraine seront terminées. Le compte à rebours sera alors lancé pour la prochaine victime russe", avertit-il. "Moscou peut également lancer des missiles à 1.000 kilomètres sur les capitales de l'UE. Et je ne parle même pas de missiles nucléaires, mais d'attaques conventionnelles de précision plus petites avec lesquelles ils peuvent frapper des villes comme Bruxelles."
Au-delà de l'annexion, plane la menace d'attaques de sabotage ciblées dans le but de déstabiliser les nations occidentales. "Nous envisageons sérieusement des menaces dans les entreprises de logistique. […] On peut aussi essayer de paralyser la logistique en diffusant de fausses alertes à la bombe ou en désinformant sur des situations dangereuses, comme une fuite radioactive."
