Pour Moscou, "le but est encore de gagner la guerre" et non d'obtenir une trêve
Bien décidée à mettre fin à la guerre en Ukraine au plus vite, la Maison-Blanche a dépêché ses diplomates à Moscou. Mais la Russie ne montre jusqu'ici pas le moindre signe de fléchissement.
- Publié le 12-03-2025 à 19h44
- Mis à jour le 13-03-2025 à 12h20

Le matériel militaire américain destiné à l'Ukraine était de retour à la frontière polonaise, mercredi matin. "Je confirme que les livraisons d'armes via (le centre logistique) de Jasionka sont revenues à leurs niveaux précédents", s'est enthousiasmé devant la presse le ministre polonais des affaires étrangères, Radoslaw Sikorski. Sur ce plan-là, l'accord conclu mardi soir à Djeddah (Arabie saoudite) entre Washington et Kiev a rapidement porté ses fruits. Pour le reste, les choses demeurent plus incertaines.
L'Ukraine a accepté la proposition américaine d'instaurer un cessez-le-feu immédiat et total (air, terre et mer) de trente jours, pouvant "être étendu sur accord mutuel des parties". En échange de quoi elle a donc récupéré l'aide militaire américaine approuvée sous la précédente administration et encore non-livrée – soit l'équivalent de 3.8 milliards de dollars – et l'accès aux renseignements américains, vitaux dans la région de Koursk et sur la ligne de front. En cas de cessez-le-feu, précise le texte dévoilé conjointement par les deux administrations, les "efforts humanitaires" consentis par Moscou et Kiev pourraient ensuite permettre d'initier un "processus de paix" via l'échange des prisonniers, la libération des civils détenus de chaque côté, et le retour des enfants ukrainiens déportés en Russie.
"La balle est dans leur camp"
Reste, désormais, à convaincre les Russes de participer. "La balle est dans leur camp", annonçait le secrétaire d'État américain, Marco Rubio, mardi soir. S'ils disent non, alors nous saurons malheureusement quel est l'obstacle à la paix". "Espérons qu'il (Vladimir Poutine) soit aussi d'accord", ajoutait Donald Trump quelques heures plus tard. Je pense vraiment que ce serait 75 % du chemin. Le reste consiste à documenter cela et à négocier les positions territoriales".
Le président américain d'ores et déjà annoncé qu'il "parlerait à Vladimir Poutine" dans la semaine et que les négociateurs américains avaient décollé pour la Russie. À charge de son envoyé spécial pour l'Ukraine – Steve Witkoff – de déposer personnellement sur la table du Kremlin cette proposition de trêve. Aucune de ces deux prises de contact n'a toutefois été officiellement été confirmée par les dirigeants russes. Prudente, la porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova, s'est contentée de déclarer que Moscou "n'excluait pas des contacts avec des représentants de États-Unis dans les prochains jours".
Le but est encore de gagner la guerre
"On a le sentiment qu'il y a beaucoup de scepticisme à Moscou à l'égard de cette proposition", commente Igor Delanoë, directeur adjoint de l'Observatoire franco-russe. La Russie a catégoriquement rejeté jusqu'à présent toute idée de trêve, parce que le Kremlin part du principe que cela permettrait aux Ukrainiens de souffler et de se réarmer, alors que les troupes russes sont à l'initiative et poussent sur le champ de bataille. Si les Russes considèrent qu'ils y ont davantage à y gagner qu'eux, ils ne joueront pas le jeu. Il y a quelques jours, des officiels ont toutefois laissé entendre qu'ils pourraient éventuellement considérer la question, si cette proposition de trêve était assortie d'éléments concrets pour les discussions qui suivront, et donc mentionner leurs conditions. Ce qui n'est pas le cas pour le moment".
Même si c'était le cas, difficile d'imaginer une base de discussion acceptable pour les deux parties. Moscou demeurant totalement inflexible sur ses exigences : reddition de l'Ukraine, annexion des territoires occupés, départ de Volodymyr Zelensky et interdiction de toute adhésion à l'Otan. Toute la question est donc désormais de savoir si Washington a les moyens – et l'envie – de mettre la Russie sous pression pour tenter d'infléchir ses positions.
"Les objectifs et le timing ne sont pas du tout les mêmes pour les Américains et les Russes", commente Igor Delanoë. "Pour Donald Trump, le but est de terminer la guerre au plus vite, alors que pour Moscou le but est encore de gagner cette guerre. Même si elles ne déroulent pas, les troupes russes ne sont en difficulté sur le terrain. Énormément de sanctions ont déjà été prises contre le pays, qui a tenu jusqu'ici, et ce n'est pas un affaiblissement du commerce déjà moribond entre la Russie et les États-Unis qui va l'affecter fondamentalement".
"Aucune confiance en la Russie"
Le Kremlin pourrait toutefois accepter une trêve pour des raisons tactiques, sans avoir l'intention de la respecter ni négocier dans la foulée. "Une chose a changé depuis la rencontre entre les délégations russe et américaine à Riyad (le 18 février dernier, NdlR)", estime le chercheur de l'Observatoire franco-russe. Donald Trump ne fait plus de l'Ukraine un verrou à toute relation bilatérale avec Moscou. Jusque-là, il était hors de question pour les Américains d'avancer sur le reste tant que la question ukrainienne n'était pas réglée. Ce n'est plus le cas. Il est question de rouvrir des consulats, de développer des projets économiques, de laisser des entreprises américaines s'implanter en Russie… Pour Moscou, la question est donc peut-être savoir jusqu'où avancer ses pions sur les sujets bilatéraux sans faire de réelles concessions sur l'issue de cette guerre, qui reste la priorité absolue".
L'Ukraine en est bien consciente. "Aucun d'entre nous ne fait confiance aux Russes", a rappelé mercredi Volodymyr Zelensky, avant de reconnaître que Moscou mettait par ailleurs "un maximum" de pression sur les troupes ukrainiennes dans la région de Koursk en ce moment même.
