Les dernières annonces de Poutine interpellent: "La Russie ressemble de plus en plus à la Corée du Nord"
Alors qu'on apprenait ce 1er avril la mobilisation de 160 000 jeunes Russes par Poutine pour la conscription de printemps, des proches de Trump semblent lui conseiller de changer de stratégie. Malgré ses déclarations, Poutine veut-il réellement la paix ? Analyse avec Jean-Paul Perruche, ancien directeur de l'Etat-Major de l'Union européenne.

- Publié le 04-04-2025 à 18h12
- Mis à jour le 04-04-2025 à 18h21

Ce lundi 1er avril, on apprenait que Vladimir Poutine souhaitait gonfler les rangs de son armée. Il a ainsi signé un décret appelant à la mobilisation de 160 000 Russes de 18 à 30 ans. Celle-ci devrait s'étendre jusqu'au mois de juillet. Ces chiffres interpellent puisque nous sommes face à la plus massive des conscriptions de printemps depuis 14 ans. En effet, selon Euronews, 134 500 personnes avaient été mobilisées au printemps 2022 et 147 000 au printemps 2023. Nous sommes donc face à une mobilisation exponentielle qui peut soulever des interrogations sur les réelles intentions de cessez-le-feu du côté russe.
Pourquoi une telle mobilisation ?
Jean-Paul Perruche, ancien directeur général de l'État-major militaire de l'Union européenne, estime que les Russes manquent actuellement de moyens matériels et humains : "Il y a un essoufflement des Russes. Ils ont fait un très gros effort pour essayer de percer depuis l'été dernier. Comme on dit souvent chez les militaires, on ne peut pas faire effort tout le temps. Il y a un moment où tout s'essouffle, on n'arrive plus à tenir la cadence, c'est sûrement ce qu'ont connu les Russes dans les dernières semaines. Peut-être que l'élection de Trump leur a permis de voir l'attention se porter ailleurs. Mais maintenant, s'il mobilise 160 000 hommes, c'est qu'il en a besoin. Il veut renforcer ses lignes et mettre la pression sur les Ukrainiens".
Si le Kremlin a assuré que ces soldats n'iraient pas au front, les contrats signés ne vont pas dans ce sens. Selon, l'expert, Poutine n'engagera pas les 160 000 hommes à la fois, il mettra des renforts seulement là où ils peuvent affaiblir les Ukrainiens. Comme souvent en temps de guerre, même si ces futurs soldats recevront une courte formation, c'est la pratique sur le front qui primera : "Il arrive toujours à recruter, dans les prisons, à l'extérieur… Là, il fait des ponts d'or aux gens pour qu'ils s'engagent, cela représente 10 fois ou 15 fois ce qu'ils peuvent gagner dans la situation actuelle". Au-delà des sommes promises, les efforts de propagande russe ne cessent de s'amplifier. Jean-Paul Perruche commente : "La Russie de Poutine ressemble de plus en plus à la Corée du Nord, son allié. Ce n'est pas pour rien qu'ils s'allient ensemble."
Quelle réaction ukrainienne face à la mobilisation ?
Pour Jean-Paul Perruche, cette mobilisation est vue comme un challenge côté ukrainien : "Le challenge pour les Ukrainiens c'est de compenser ces effectifs russes qui sont quand même massifs par de la qualité d'armement, de l'agilité dans la manœuvre, de façon à vraiment causer plus de dégâts aux Russes. C'est le grand challenge actuel. C'est pour ça que les Européens essayent d'aider les Ukrainiens, notamment l'industrie de défense ukrainienne, à trouver des systèmes et à les produire en quantité suffisante pour compenser ce désavantage numérique en soldats."
Poutine a-t-il des intentions de paix ?
Cette campagne de conscription semble confirmer le fait que Poutine n'est pas prêt à faire la paix, malgré certaines de ses déclarations officielles. Interrogé sur les intentions de paix russe, Jean-Paul Perruche rétorque : "Pourquoi voulez-vous qu'il fasse la paix ? Puisque Trump lui a validé un certain nombre de ses options. Il va essayer d'en avoir plus. Poutine c'est un dictateur, il a annoncé la couleur, il veut cravater l'Ukraine. Donc ce n'est pas en cédant à ses demandes qu'on va le calmer. Si les Américains montrent qu'ils ne veulent plus faire la guerre du tout, après l'Ukraine, ce sera les Baltes, la Géorgie, la Moldavie, que sais-je."
Un changement de stratégie américaine ?
Selon plusieurs sources, certains proches de Trump lui auraient conseillé de ne plus parler à Vladimir Poutine, tant qu'il ne montre pas de volonté d'aboutir à un cessez-le-feu. Les deux hommes ont pourtant prévu de s'appeler dans les prochaines semaines. Poutine a d'ailleurs exprimé sa volonté de "rester ouvert à tout contact". Cet éventuel changement de stratégie conseillé par les proches du président américain va-t-il être mis en place ? Jean-Paul Perruche répond par la négative : "Le seul changement de stratégie, si Trump avait vraiment voulu la paix, aurait dû arriver dès son arrivée. Il aurait accordé des aides en armement très sophistiquées, les meilleures, en masse, aux Ukrainiens. Là, je pense qu'il avait une chance de faire plier Poutine, mais pas l'inverse. Les Américains depuis le début, et Biden aussi, avaient peur de mettre Poutine en difficulté. "S'il semble que le changement de stratégie aurait dû être fait depuis le début, celui-ci n'est cependant pas impossible aujourd'hui : "C'est toujours possible. Mais après s'être exclamé en disant 'je vais faire la paix en 24 heures', s'il fait une guerre plus sauvage encore en 6 mois, il y a des gens qui vont commencer à se gratter la tête. Mais avec Trump, comme il est imprévisible, il peut changer d'avis du jour au lendemain". Enfin, l'expert estime que même dans le cas où Trump appliquerait la stratégie proposée par ses proches, Poutine n'en aurait pas grand-chose à faire : "Je pense que Poutine s'en contre fout, il continuera à avancer. Il va gagner du temps. Plutôt, il va faire perdre du temps à Trump".