Sommet Trump-Poutine: le choix de l'Alaska est étonnant mais n'est pas un hasard
A priori étonnant, ce choix obéit à de multiples considérations politiques.

- Publié le 11-08-2025 à 19h00
- Mis à jour le 12-08-2025 à 11h11

Pourquoi organiser la prochaine rencontre entre Donald Trump et Vladimir Poutine en Alaska ? Non seulement l'endroit, pour magnifique qu'il soit, est éloigné de tout, mais il est aussi de nature à raviver un souvenir pour le moins gênant : la vente de cet immense territoire par la Russie aux États-Unis en 1867. Curieux choix, par conséquent, auquel a consenti, s'il ne l'a pas lui-même proposé, un président nationaliste qui aspire à restaurer la grandeur historique de la Russie en annexant des territoires ukrainiens. Ou peut-être n'est-ce justement pas un hasard.
Un des proches conseillers de Vladimir Poutine, Iouri Ouchakov, qui fut l'ambassadeur de son pays à Washington de 1998 à 2008, a justifié ce choix en le qualifiant d'"assez logique". Pourquoi chercher midi à quatorze heures, a-t-il fait valoir, quand il suffit de franchir le détroit de Béring qui sépare la Russie des États-Unis dans l'Arctique.
Huit ou neuf heures de vol
C'est assurément une manière subtile de rappeler que Russes et Américains sont voisins et ont des intérêts communs. Il n'en reste pas moins que, de Moscou comme de Washington, rallier Anchorage, la ville la plus importante de l'Alaska, nécessite huit ou neuf heures de vol.
Au moins les deux présidents feront-ils ainsi chacun un trajet d'une durée identique pour se retrouver. Trump pourra se flatter de faire venir à lui Poutine, mais ce dernier se targuera d'être le premier président russe à se rendre en Alaska. Ce sera sa huitième visite aux États-Unis et la première depuis 2015 – encore s'agissait-il d'un séjour à New York à l'occasion de l'Assemblée générale des Nations unies.
Un voyage en toute sécurité
Pour un chef d'État qui fait l'objet d'un mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale, c'est un honneur appréciable. Et là réside précisément l'intérêt principal de l'Alaska. Les États-Unis comme la Russie ne reconnaissent pas la compétence de la CPI. En outre, Vladimir Poutine ne devra pas survoler des pays tiers – on n'est jamais trop prudent, quand bien même on voit mal quel gouvernement voudrait prendre le risque d'arrêter le président russe, a fortiori en plein vol.
Il peut, toutefois, y avoir d'autres raisons dans le choix d'Anchorage, plus symboliques. On serait tenté d'invoquer "la diplomatie du froid" qui avait la faveur des chancelleries durant… la guerre froide. De la capitale de la Finlande, Helsinki, où furent signés les fameux accords en 1975, à celle de l'Islande, Reykjavik, où Ronald Reagan et Mikhaïl Gorbatchev tentèrent de s'entendre sur le désarmement nucléaire en 1986, Russes et Américains ont souvent préféré les destinations septentrionales pour briser la glace (ou garder la tête froide ?). C'est au demeurant à Helsinki que Trump et Poutine s'étaient rencontrés une première fois, en juillet 2018.
Un précédent fâcheux en Alaska
L'Alaska, qui était aux premières loges durant la guerre froide dans le cadre du Commandement de la défense aérospatiale de l'Amérique du Nord (Norad), n'a, en revanche, jamais accueilli de réunion au sommet avec l'URSS ou la Russie. Anchorage n'a fait ses débuts dans la diplomatie internationale qu'à la faveur d'une rencontre entre hauts responsables de la diplomatie chinoise et américaine, en mars 2021, sous la présidence de Joe Biden. Elle s'est soldée par un fiasco.
De l'Alaska à l'Ukraine
Il est possible que ce soit une histoire plus ancienne qui soit invoquée vendredi. Si, comme l'a donné à entendre Donald Trump, il est question d'avaliser la cession à la Russie des territoires occupés en Ukraine, il est permis de penser que Vladimir Poutine ait songé au précédent de l'Alaska pour rappeler à son hôte que des "échanges" de territoires n'ont rien d'exceptionnel et font partie de la vie des nations.
Enfin, si Russes et Américains s'entendent sur le dossier ukrainien (ou sur le dos des Ukrainiens), la réconciliation devrait préluder à une relance de la coopération bilatérale. Or c'est en Alaska qu'elle pourrait redémarrer en priorité. Les populations des deux côtés du détroit de Béring ont toujours été proches, comme le rappelle le jumelage d'Anchorage avec Magadan – suspendu depuis l'invasion de l'Ukraine.