Face à la hausse des cyberattaques, l'Union européenne est démunie : "Les États membres ne se font pas confiance"
Dans un audit publié lundi, la Cour des comptes européenne déplore le manque de confiance et le très faible partage d'informations sensibles entre États membres de l'Union lorsque ceux-ci sont victimes d'une cyberattaque.
- Publié le 21-09-2026 à 17h00

Pas une semaine ne passe sans qu'un pays du flanc est de l'Union européenne (UE) ne rapporte un franchissement de frontière par un drone ou une tentative de sabotage sur son territoire. Comme le rappelaient encore les autorités polonaises la semaine dernière, le niveau de menace hybride dont l'Europe fait l'objet est inédit, et ne cesse de prendre de l'importance depuis l'invasion de l'Ukraine par la Russie.
Parmi ces menaces, les cyberattaques connaissent une véritable explosion. En 2020, soit deux ans avant l'invasion de l'Ukraine, le Conseil européen estimait déjà leur "coût annuel pour l'économie mondiale à 5500 milliards d'euros, le double de 2015". Or, "les cyberattaques augmentent non seulement en volume, mais aussi en complexité, car les criminels utilisent désormais des techniques de pointe, y compris l'intelligence artificielle générative (IA), pour rendre leurs attaques plus difficiles à détecter et à contrer" avertit le Conseil.
Toutes ces attaques ne proviennent pas de Russie, mais le pays a développé une expertise et une véritable industrie en la matière. Lorsque c'est le cas, "toutes ne sont pas directement commanditées du Kremlin" rappelait également dans La Libre le chercheur en menaces hybride Maxime Lebrun, mi-septembre. "Elles peuvent également provenir d'une grande quantité de structures plus ou moins liées aux autorités russes, et désireuses de se faire remarquer. Ce qui les rend d'autant plus dangereuses et imprévisibles".
Plus d'un milliard d'euros pour des structures mal ou peu utilisées
Dans un audit publié ce lundi, la Cour des comptes européenne (CCE) s'est penchée sur les capacités d'anticipation et de réaction de l'Union en cas de cyberattaque. "Bien qu'il incombe en premier lieu aux États membres de réagir à ces incidents, l'UE joue un rôle important", rappelle-t-elle. "C'est notamment le cas lorsque de tels incidents causent des perturbations majeures, des pertes financières conséquentes ou un préjudice important à des personnes ou à des organisations, ou lorsqu'ils touchent plusieurs États membres et dépassent la capacité d'un seul pays à réagir efficacement".
Pour y faire face, l'Europe a investi dans le renforcement de la cybersécurité. Dans le budget de l'UE pour la période 2021-2027, le programme pour une Europe numérique doté de 8,1 milliards d'euros consacre 1,4 milliard à la cybersécurité. Ce qui a notamment conduit à la mise en place de structures spécialisées comme les Centres de réponse aux incidents de sécurité informatique (CSIRT), le Cyber Situation Centre, et bientôt, le Système européen d'alerte en matière de cybersécurite, soit un réseau de cyberpôles nationaux et transfrontières.
Des informations sensibles non divulguées par manque de confiance
Objectif : faire coopérer et communiquer entre eux les États membres de l'UE. "Chaque Etat membre est libre d'affronter une cyberattaque seul ou en coopérant avec ses voisins" souligne le Maltais George-Marius Hyzler, membre de la CCE et responsable de cet audit. Or, poursuit-il, "le problème vient précisément du très faible niveau de coopération et d'échange d'informations".
"À l'heure actuelle", déplore M. Hyzler "les informations échangées en cas de cyberattaque sont limitées et retardées, ce qui nuit très sérieusement à la capacité européenne d'y faire face. Lorsqu'un cyberincident grave se produit, il est essentiel de disposer en temps utile d'informations exploitables. Si elles font défaut, les réseaux et les mécanismes perdent une grande partie de leur valeur ajoutée. Le plus grand challenge de la Commission européenne, aujourd'hui, est donc de renforcer le degré de confiance entre les États membres, pour que ceux-ci acceptent davantage d'échanger des informations relevant de la confidentialité ou du secret défense dans le domaine des cyber agressions. Personne ne veut exposer ses faiblesses, je comprends cela, mais si l'information qui remonte est fragmentée, on ne peut pas coopérer. C'est pourquoi cet audit recommande de mettre en place une seule plateforme d'échange d'informations, anonymisée et sécurisée".
