Fragilisé par une contestation de cinq mois, l'Iran tente de se rassurer en visitant son allié chinois
Le président Ebrahim Raïssi a rendu visite à son homologue Xi Jinping. Objectif: faire vivre le partenariat stratégique conclu entre les deux Etats.

- Publié le 15-02-2023 à 18h34
- Mis à jour le 15-02-2023 à 17h55

Après cinq mois de contestation dans les rues d'Iran, la République islamique a grand besoin de rassurer. Rares étant les signes positifs en provenance de l'intérieur, les autorités de Téhéran peuvent considérer qu'entretenir les liens avec leurs principaux alliés étrangers peut constituer un facteur apaisant. Tel est le sens de la visite du président iranien, Ebrahim Raïssi, en Chine. Surtout que Téhéran et Pékin ont commencé à mettre en œuvre, en début d'année dernière, un partenariat stratégique général conclu en 2021, à la portée tant politique qu'économique et qui doit s'étendre sur vingt-cinq ans.
Preuve de l'importance de cette visite, le président Raïssi est accompagné de six de ses ministres, dont les compétences (Affaires étrangères, Économie et Finances, Pétrole et Agriculture, entre autres) recouvrent les domaines de plusieurs documents de coopération bilatérale signés mardi, touchant à l'agriculture, au commerce, au tourisme, à la protection de l'environnement, la santé, aux secours en cas de catastrophe… Il est aussi accompagné d'Ali Bagheri, le négociateur en chef de l'Iran dans le dossier du programme nucléaire, depuis que la reprise - au printemps 2021 - des pourparlers visant à restaurer l'accord de 2015 a échu à l'équipe Raïssi. Le président chinois, Xi Jinping, a d'ailleurs appelé mardi à une reprise prochaine de ces négociations - toujours dans l'impasse - et promis que son pays y jouerait un "rôle constructif" tout en appuyant les "intérêts et les droits" de l'Iran.
Une répression meurtrière
La Chine pour l'Iran, c'est aussi, par exemple, l'assurance de bénéficier des meilleures technologies de télésurveillance civile, largement éprouvées sur leur marché d'origine. Une nécessité pour ce régime politico-religieux ultraconservateur qui fonctionne comme une dictature répressive. Et sans doute davantage aujourd'hui.
Les autorités de la République islamiques sont confrontées à un mouvement de mécontentement et de contestation d'une ampleur et d'une longueur inédites. Celui-ci se traduit par des manifestations généralisées à l'ensemble du pays, comme les précédents observés ces dernières années. Il a donné lieu à une répression qui s'est révélée meurtrière tout en menant à des milliers d'arrestations. Selon des activistes iraniens, plus de 500 personnes ont trouvé la mort et 20 000 ont été arrêtées.
Le régime iranien n'en finit plus de montrer des signes de fragilité. Même l'anniversaire de la Révolution islamique a subi les foudres d'une contestation qui semble inarrêtable. Alors que le président Raïssi prononçait son discours, le 11 février, des pirates informatiques ont réussi à interrompre la retransmission en direct à la télévision d'État durant près d'une minute. But de la manœuvre : diffuser une séquence vidéo où l'on entendait une voix clamer le slogan "Mort à la République islamique" et où apparaissait le logo d'un groupe d'activistes nommé Edaalat-e-Ali (Justice d'Ali).
L'amnistie annoncée la semaine dernière à l'occasion de cet anniversaire, qui s'est traduite ces derniers jours par la libération de quelques dizaines de prisonniers, n'aura manifestement pas suffi à calmer la contestation.