Les coupures d'électricité, nouveau cauchemar des Egyptiens: "C'est un enfer. Surtout pour les enfants, avec cette chaleur insupportable"
Les coupures de l'électricité attisent la colère de la population. Celle-ci n'est pas logée à la même enseigne selon qu'elle habite la ville, la campagne, tel quartier ou qu'elle est de telle condition sociale.
- Publié le 27-08-2023 à 15h28

Dans son appartement au neuvième étage du quartier Dar al-Salam, à quelques kilomètres du centre-ville du Caire, Hassan Abdallah s'assoit l'air boudeur devant la petite fenêtre qui donne sur une ruelle étroite. A côté de lui, ses deux enfants ont les traits tirés et des petites gouttes de sueur sur le front. Sa femme agite un livre dans sa main pour donner quelques petites bouffées d'air à sa petite fille. De temps en temps, Hassan regarde son portable pour consulter l'heure en cet après-midi surchauffée. Cette scène est devenue une routine insupportable pour cette famille ces dernières semaines. La raison: les coupures incessantes d'électricité.
"Encore une heure et demi et l'électricité reviendra", murmure Hassan à sa femme. Depuis le mois dernier, la vie de cette famille, comme des millions d'autres, est devenue un enfer. Chez eux, l'électricité coupe entre trois et six heures par jour, pendant les heures les plus chaudes de cet été exceptionnellement
"Ils coupent l'électricité plusieurs fois, à midi et après midi, alors que la chaleur est insupportable, surtout pour les enfants. Ils me disent qu'ils ne peuvent plus respirer", explique le père, travailleur dans une entreprise privée. "On doit déshabiller les enfants à cause de la chaleur", ajoute sa femme, Mona, mère au foyer.
Mais l'effet des coupures d'électricité dépasse la chaleur. Vivant au neuvième étage, la famille voit aussi son accès à l'eau coupé et doit descendre et monter tous ces étages sans ascenseur. "C'est un enfer. On n'a ni l'eau ni l'électricité. On ne peut pas conserver des aliments au frigo. D'ailleurs, même mon frigo est tombé en panne à cause des coupures d'électricité", précise Mona.
Propagande moquée
Depuis juillet, les Egyptiens sont surpris par les coupures continues d'électricité. Elles varient d'un quartier à l'autre et selon la classe sociale. Alors qu'elles durent de trois à six heures par jour dans les quartiers populaires, elles ne durent qu'une à deux heures dans les quartiers huppés. La situation est pire dans les campagnes, où elles atteignent sept heures par jour.
Ces coupures ont enflammé la colère des Egyptiens. Sur Twitter, le hashtag "#قاطع_النور" (celui qui coupe l'électricité) est le plus partagé depuis juillet. Avec ce hashtag, les Egyptiens se moquent de la propagande du régime sur les réalisations achevées dans le secteur de l'électricité. Ils accusent le régime d'exporter le gaz consacré à la production de l'électricité, l'élément déclencheur de cette pénurie.
"Depuis son arrivée au pouvoir, le président al-Sissi se vante d'avoir réglé le problème de l'électricité, et de dépenser des centaines des milliards de livres égyptiennes à construire des centrales. Dans les médias, on lit toujours que l'Egypte signe des contrats pour exporter le surplus de l'électricité à l'Arabie Saoudite et à la Grèce, mais où est l'électricité pour nous alors ?", demande Hassan.
Fin juillet, le Premier ministre Moustafa Madbouly a justifié cette coupure d'électricité par le plan du délestage électrique adopté par le gouvernement en raison de la surconsommation pendant cet été. Il a confirmé que la coupure de l'électricité continuerait jusqu'à septembre, ordonnant aux fonctionnaires de l'Etat de travailler chez eux chaque dimanche (premier jour de la semaine dans la région), pour épargner la consommation. Il a également annoncé un calendrier des coupures d'électricité dans chaque région.
Priorité à l'exportation de gaz
Si Madbouly a démenti les informations relayées selon lesquelles l'Egypte exporte le gaz consacré à la production de l'électricité, des sources ont communiqué aux médias locaux que l'Etat donnait aujourd'hui une priorité à l'exportation de gaz pour renflouer ses caisses en devises étrangères. Depuis 2022, l'Egypte est plongée dans une crise économique fulgurante, avec une forte pénurie de devises.
"Les coupures d'électricité en Egypte démontrent à quel point la crise économique est hors de contrôle", dit à La Libre, Saïd Sadeq, professeur en politiques sociales à l'université du Nil, au Caire. "Le régime d'Abdel Fattah al-Sissi sait bien que cette question est une ligne rouge et qu'elle va mettre en colère tous les Égyptiens, déjà fâchés contre la crise économique et la hausse incessante des prix de tous les produits".
Selon Saïd Sadiq, avec cet échec dans un dossier qui était une source de fierté pour le régime d'Abdel Fattah al-Sissi, de plus en plus d'Egyptiens, dont des partisans du régime, doutent de la capacité du président à faire sortir le pays de la crise qu'il traverse depuis l'année dernière.