En Palestine, l'Unrwa persiste et signe : "Nous continuons notre travail car nous ne pouvons pas baisser les bras"
Colonne vertébrale de l'aide humanitaire pour les Palestiniens, l'agence onusienne voit ses opérations menacées par l'entrée en vigueur de deux lois israéliennes.
- Publié le 07-02-2025 à 18h37

Tandis que les pourparlers pour la deuxième phase de la trêve entre Israël et le Hamas ont débuté mardi à Doha, l'aide humanitaire entrant à Gaza connaît "une augmentation massive", a indiqué jeudi Tom Fletcher, le patron de le Bureau de coordination de l'aide humanitaire des Nations unies (Ocha) sur X. "Nous avons fait entrer plus de 10 000 camions au cours des deux semaines qui ont suivi le cessez-le-feu", a-t-il ajouté.
Transitant par les points de passage d'Erez et de Zikim au nord, et par celui de Kerem Shalom au sud, le Programme alimentaire mondial (Pam) a ainsi pu livrer plus de 10 millions de tonnes de nourriture dans l'enclave durant la deuxième quinzaine de janvier. Des ressources vitales pour les habitants, alors que plus de 60 000 enfants gazaouis auront besoin d'un traitement contre la malnutrition aiguë en 2025, selon les estimations des Nations unies publiées fin janvier.
"Un paradoxe presque tragique"
Colonne vertébrale de ce réseau humanitaire, l'Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés palestiniens (Unrwa) participe elle aussi aux opérations humanitaires. "Durant les trois premiers jours de trêve, nous avons pu faire entrer des denrées alimentaires pour plus de 1,2 million de personnes", se félicite Jonathan Fowler, porte-parole de l'organisation. "On a notamment fourni suffisamment de stylos à insuline pour couvrir les besoins de 17 000 personnes pendant huit mois".
Comptant près de 5 000 employés dispersés au sein de l'enclave, l'organisation a d'ores et déjà pu ouvrir sept abris d'accueil pour les réfugiés dans la ville de Gaza (centre) et trois autres aux alentours de Jabaliya (nord). "Nous avons notamment refait fonctionner des puits et redémarré le ramassage des ordures dans certaines zones. On essaie de remettre en marche des systèmes de base pour que les gens puissent reconstruire leurs vies". Avec plus d'un demi-million de déplacés qui seraient retournés dans les gouvernorats de Gaza et du Nord, le besoin de nourriture, d'eau, de tentes et de matériaux pour les abris dans cette zone reste pourtant "critique", alerte le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (Ocha).
Essentiel, le travail de l'Unrwa est pourtant menacé par l'entrée en vigueur fin janvier de deux lois israéliennes interdisant les activités de l'agence sur le territoire d'Israël et les contacts entre ses autorités et les employés onusiens. "C'est un paradoxe presque tragique : juste au moment où nous avons la possibilité d'augmenter massivement l'aide, ces mesures cherchent à entraver notre travail", constate l'humanitaire. "Pour l'instant on peut opérer correctement car nous n'avons pas besoin de nous coordonner avec l'armée mais s'il y a des difficultés dans le processus de trêve, cela sera très difficile. Malgré les lois et les craintes, nous continuons notre travail car nous ne pouvons pas baisser les bras".
Violences en Cisjordanie
Évincée de son siège à Jérusalem-Est (qu'Israël considère comme partie de son territoire malgré le droit international), l'agence continue pourtant ses activités dans les autres Territoires palestiniens occupés via ses quelque 4 000 employés locaux. "Nous avons 70 000 personnes dépendant de notre système médical à Jérusalem-Est, qui sont en bas de l'échelle économique et ne peuvent pas acheter des médicaments en pharmacie. Ils ont besoin de nos services", explique Jonathan Fowler, dont le visa a expiré la semaine dernière.
À Jénine, en Cisjordanie occupée, la violence croissante des raids israéliens transforme la cité en "ville fantôme", la rendant peu à peu inhabitable. Elle menace, aussi, l'éducation des quelque 5 000 élèves palestiniens scolarisés dans les agences onusiennes. "La rentrée des classes était dimanche dernier, mais il y a eu des démolitions d'immeubles en masse le même jour". Déjà endommagé par de précédentes rixes entre les miliciens et l'Autorité palestinienne, le district devient peu à peu invivable, alors que près de 23 bâtiments ont été complètements détruits et environ cent autres rendus inhabitables.
L'humanitaire pointe également une "gazaouisation" des pratiques d'Israël : "Dans ce genre d'opérations, les forces de sécurités sont normalement soumises à des restrictions dans l'usage de certaines armes. Mais on constate de plus en plus l'utilisation d'armements de guerre et de blindés plus grands". Au sein du camp de réfugiés éponyme, situé à l'ouest de la ville, près de 3 000 familles (soit environ 15 000 personnes) ont pour leur part été déplacées. "Nos employés essaient de les accueillir dans les communautés aux alentours et de leur fournir des matelas et d'autres éléments de première nécessité. Ça va être très difficile pour eux de rentrer un jour dans leurs maisons", conclut Jonathan Fowler.
