Iran : un programme nucléaire qui s'est emballé après la rupture de l'accord de 2015

Dans la nuit de samedi 21 au dimanche 22 juin, les Etats-Unis ont mené des frappes sur des sites nucléaires en Iran. Donald Trump affirme que la totalité des capacités d'enrichissement a été "détruite" par ces frappes.

This handout satellite picture provided by Maxar Technologies and taken on June 15, 2025, shows a view of the Natanz nuclear enrichment facility in central Iran. President Donald Trump said US air strikes early on June 22 "totally obliterated" Iran's main nuclear sites, as Washington joined Israel's war with Tehran in a flashpoint moment for the Middle East. (Photo by Satellite image �2025 Maxar Technologies / AFP) / RESTRICTED TO EDITORIAL USE - MANDATORY CREDIT "AFP PHOTO/ SATELLITE IMAGE �2025 MAXAR TECHNOLOGIES" - NO MARKETING NO ADVERTISING CAMPAIGNS - DISTRIBUTED AS A SERVICE TO CLIENTS - THE WATERMARK MAY NOT BE REMOVED/CROPPED
This handout satellite picture provided by Maxar Technologies and taken on June 15, 2025, shows a view of the Natanz nuclear enrichment facility in central Iran. President Donald Trump said US air strikes early on June 22 "totally obliterated" Iran's main nuclear sites, as Washington joined Israel's war with Tehran in a flashpoint moment for the Middle East. (Photo by Satellite image �2025 Maxar Technologies / AFP) / RESTRICTED TO EDITORIAL USE - MANDATORY CREDIT "AFP PHOTO/ SATELLITE IMAGE �2025 MAXAR TECHNOLOGIES" - NO MARKETING NO ADVERTISING CAMPAIGNS - DISTRIBUTED AS A SERVICE TO CLIENTS - THE WATERMARK MAY NOT BE REMOVED/CROPPED

L'Iran cherche-t-il à se doter de la bombe atomique ? La question hante les chancelleries depuis des décennies, alors que les bases du programme nucléaire iranien ont été jetées dès la fin des années 1950, lorsque les États-Unis signèrent un accord de coopération nucléaire civile avec le dirigeant d'alors, le chah Mohammad Reza Pahlavi.

En 1970, l'Iran a ratifié le Traité de non-prolifération (TNP), qui fait obligation aux États signataires de déclarer et placer leurs matières nucléaires sous le contrôle de l'Agence internationale de l'énergie nucléaire (AIEA). Mais des révélations au début des années 2000 sur des sites secrets suscitent l'inquiétude. L'AIEA fera état par la suite, dans un rapport clé de 2011, d'"informations crédibles" selon lesquelles l'Iran a travaillé à la mise au point d'un dispositif nucléaire explosif, dans le cadre d'un "programme structuré" avant 2003.

Et maintenant ?

Un pacte historique déchiré

Après 12 ans de crise et 21 mois de négociations acharnées, un accord historique est conclu le 14 juillet 2015, à Vienne, siège de l'AIEA, entre l'Iran et les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l'Onu (Chine, États-Unis, France, Royaume-Uni, Russie), plus l'Allemagne. Le pacte, connu sous l'acronyme JCPOA (Joint Comprehensive Plan of Action), entre en vigueur début 2016, nourrissant chez les Iraniens un immense espoir de voir leur pays sortir de l'isolement. Il offre à Téhéran un allègement des sanctions internationales en échange d'une limitation drastique de son programme nucléaire.

Le répit est de courte durée : en 2018, Donald Trump annonce le retrait des États-Unis de l'accord. "Comme un chiffon rouge qu'on agite dans la corrida", cette décision déclenche un désengagement progressif par l'Iran de ses obligations nucléaires, commente Clément Therme, chercheur de l'Institut international d'études iraniennes (Rasanah). "En réaction, le pays entame une stratégie de surenchère", explique-t-il, dans le but de mettre la pression sur les autres États parties pour l'aider à contourner les sanctions. Sans succès et au prix d'un "coût économique exorbitant".

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Une marche en avant résolue vers la bombe

Sur les sites de Natanz et de Fordo, visés dimanche par l'attaque américaine, l'Iran dépasse le taux d'enrichissement fixé à 3,67 %, le portant d'abord à 5 % puis en 2021 à 20 % et enfin à 60 %, niveau proche du seuil de 90 % requis pour la fabrication d'une bombe atomique. Il brise également le plafond en termes de quantité, établi à 202,8 kg : ses réserves totales actuelles sont 45 fois plus importantes.

Nucléaire iranien: quels sont les sites clés visés par Washington ?

Des tractations menées à Vienne pour relancer le JCPOA échouent à l'été 2022 et la coopération avec l'AIEA se dégrade. Donald Trump de retour au pouvoir, les discussions reprennent en avril dernier entre Washington et Téhéran, sous la médiation du sultanat d'Oman. Mais alors que le milliardaire se dit "assez proche d'un bon accord" et qu'un sixième cycle est prévu, Israël frappe son ennemi juré, le 13 juin, bombardant des centaines de sites militaires et nucléaires.

L'AIEA avait exprimé, dans un rapport divulgué fin mai, sa "forte inquiétude". Il s'agit, selon elle, du seul État non doté de l'arme nucléaire à enrichir l'uranium à hauteur de 60 %. Il dispose d'un stock lui permettant en théorie de fabriquer plus de neuf bombes. Pour autant, l'AIEA dit "ne disposer d'aucune indication" sur l'existence d'un "programme systématique" de production d'une arme nucléaire. Son directeur Rafael Grossi a annoncé une "réunion d'urgence" à Vienne ce lundi à 8 h GMT.

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