"Ormuz est devenu une bombe atomique de remplacement"
Dans le conflit au Moyen-Orient, la situation d'un jour n'est jamais celle du lendemain. Mais y a-t-il des issues possibles ? Le point avec une experte.

- Publié le 04-08-2026 à 16h54
- Mis à jour le 04-08-2026 à 17h50

Donald Trump a affirmé lundi que des négociations avec l'Iran avaient lieu "en ce moment même", malgré le démenti de Téhéran peu auparavant, le président américain affirmant que ces discussions représentaient "la dernière chance" pour le pays d'obtenir un bon accord.
Trois jours auparavant, Donald Trump avait brandi une menace très forte, promettant de "frapper fort". Ce qu'il n'a pas fait. La situation d'un jour n'est donc jamais celle du lendemain. Mais où en est-on réellement dans ce conflit au Moyen-Orient ? On fait le point avec Firouzeh Nahavandi, sociologue belge d'origine iranienne spécialiste du Moyen-Orient et professeur émérite à l'Université Libre de Bruxelles.
À quoi joue Donald Trump, qui dit frapper fort puis le lendemain dit qu'il négocie ?
C'est difficile de comprendre Trump dans la mesure où il a un caractère bien particulier. Mais je pense qu'il s'est lancé dans une expédition dont il ne mesurait pas les conséquences. Dès le départ, aucune des options qui se sont présentées à lui ne lui ont plu. Il n'y avait aucune possibilité pour lui de pouvoir apprécier un scénario par rapport à un autre. Et il en est toujours là. Cela veut donc dire qu'il joue dans la menace continue et il en devient non crédible. Parce que si vous criez trop au loup – même quand vous allez frapper -, personne ne va vouloir vous croire. Finalement, ces menaces, personne ne les prend au sérieux. Encore moins les Iraniens. D'autant plus qu'en 24h, il fait un pas en avant, deux pas en arrière. En fait, cela montre juste qu'il ne veut pas frapper.
En aurait-il seulement les moyens ?
Les experts militaires que j'entends par-ci, par-là disent que militairement, il a la possibilité de frapper. Mais la question essentielle est : pour faire quoi ? On ne sait pas exactement quel est son objectif final.
Trump est soi-disant parti bombarder l'Iran à partir du 28 février pour dépouiller les Iraniens de la possibilité d'avoir du nucléaire. On n'y est pas du tout. Il a ensuite été question de diminuer et de détruire toutes les armes balistiques : on n'y est pas du tout. Enfin, il s'agissait de diminuer l'influence des Iraniens sur ses supports "proxies" (le Hezbollah, les Houthis, ou les milices en Irak, NdlR) : on n'y est pas du tout non plus.
C'est tout cela superposé qui a fait que la question du détroit d'Ormuz est devenue la cible principale pour Donald Trump. Pour les Iraniens aussi, Ormuz est devenu en quelque sorte une bombe atomique de remplacement. Ils l'avaient déjà utilisé par le passé mais ils ont découvert à quel point leur pouvoir de nuisance pouvait aller loin.
On semble se diriger vers une guerre qui dure. Y a-t-il des issues possibles à ce conflit ?
Je ne vois pas d'issue tant qu'aucune des deux parties ne fait marche arrière ou en tout cas ne montre une bonne volonté d'avancer.
Pour le régime iranien, c'est du pain béni. Même si cette guerre a des conséquences économiques importantes sur la population, ce n'est pas ce qui importe le plus. Le régime iranien, quand il est en conflit, il arrive à durer. Tous les conflits ont toujours été bénéfiques pour lui. Et ce qui l'intéresse, c'est de pouvoir survivre.
Quant à Donald Trump, il essaie de s'en sortir, sans grand succès. En fin de compte, on peut dire qu'il y a un élément qui les rejoint : c'est que les deux parties ne veulent pas perdre la face. Et ça, ce n'est jamais évident dans des négociations.
Actuellement, peut-on dire que c'est plutôt du côté iranien qu'on tire le plus de profit ?
Le fait que les Iraniens ont pu résister autant de temps contre les Américains et les Israéliens, deux puissances militaires importantes, c'est un élément de satisfaction énorme. Pour eux, ils sont de toute façon vainqueurs. Pour le moment, ce sont eux qui mènent l'agenda et la danse.
Les élections de mi-mandat approchent à grands pas aux États-Unis. Trump pourrait-il tenter un coup de poker en Iran ? Comment doit-il aborder ces midterms ?
Selon toute probabilité, et comme ce fut souvent le cas pour d'autres présidents américains avant lui, il est fort possible qu'il perde ces midterms. Finalement, il n'y a donc rien à perdre. Sa politique par rapport à l'Iran importe peu.
Ce qui est plus important pour Trump, c'est la situation économique intérieure des États-Unis. L'inflation, la pauvreté qui augmente, le prix de l'essence… Ce sont des choses que les Américains ne vont pas pardonner.
Mais la guerre en Iran rend cela plus compliqué…
Voilà, c'est pour ça qu'il n'ose pas envoyer des troupes au sol. Il l'avait promis donc il ne va pas changer d'avis. Sa situation en tout cas n'est pas facile mais il en est responsable.
Pourrait-il essayer de faire passer un accord défavorable comme une victoire ?
Il a l'art de le faire. Tout ce qui peut se régler par des transactions financières, il va l'accepter car c'est du business pour lui. C'est ce qu'il a d'ailleurs fait lorsqu'il a signé ce mémorandum d'entente entre Washington et Téhéran à Versailles. Les Iraniens ont d'ailleurs été un peu bêtes. Mais le régime a besoin d'argent.
Quoi qu'il arrive de toute façon, même en n'ayant pas de résultat, Trump fera du Trump : il dira qu'il a gagné.