La Galerie Bortier à Bruxelles, un échec ? "On voit le bout du tunnel"
Ces derniers mois, plusieurs coins dédiés à la restauration au sein de la Galerie Bortier, à Bruxelles, ont laissé leur place à d'autres marques. Pourquoi un tel changement depuis la réouverture du lieu en novembre 2024 ?

- Publié le 21-03-2026 à 14h59

Située entre la gare Centrale et la Grand-Place de Bruxelles, la Galerie Bortier fait débat sur la scène horeca bruxelloise. Ce passage couvert, datant du XIXe siècle et classé au patrimoine, a été repris par deux entrepreneurs de food market, Thierry Goor et Pascal Van Hamme. Le lieu lie désormais la restauration et la culture.
La Galerie Bortier était, à l'origine, une galerie commerçante de bouquinistes. De nombreuses échoppes étaient tenues par des libraires et des antiquaires, jusqu'au grand chamboulement de ces derniers mois.
La seconde vie de la Galerie Bortier, proposant un nouveau concept, a suscité de nombreuses réactions et du mécontentement de la part des bouquinistes. Les faits reprochés sont notamment l'arrivée de restaurants dans un espace calme et culturel qui dénaturerait la galerie, le manque de gestion plus patrimoniale et le sentiment de ne pas être entendus, voire exclus du projet. Les libraires et associations ont donc pendant longtemps exprimé leur opposition à l'implantation d'établissements Horeca dans cette galerie historique.
Mais selon Thierry Goor, fondateur des food market Fox à Watermael-Boitsfort et Ratz dans le quartier de Saint-Boniface, ce lieu a "besoin de l'Horeca pour vivre".
Un lancement sans permis
Thierry Goor nous confie que le dossier de la Galerie Bortier est très compliqué, notamment au niveau de l'urbanisme et des réactions de la part des libraires. "Je pense que l'on commence à y arriver, on devrait avoir le permis régularisé d'ici deux semaines, ce qui pourra faciliter certains points", affirme-t-il. En effet, le projet aurait été, au départ, réalisé sans permis correct. Ce qui a amené Thierry Goor à devoir défendre son dossier devant la commission de concertation de la Ville de Bruxelles. Plutôt confiant, l'entrepreneur annonce relancer des événements culturels au sein de la galerie.
"Nous étions ravis d'accueillir les libraires mais cela n'a pas été évident", souligne-t-il. "Je peux comprendre que si l'on regarde de façon micro, on pense que le patrimoine est en danger", avoue Thierry Goor. "Mais si l'on prend de la hauteur, il faut savoir que les libraires sont en grande difficulté de par le prix du livre bloqué, le grand intérêt envers les livres de seconde main, et la place des plateformes. Dans la Galerie Bortier, il y a deux libraires et un antiquaire, pour l'instant ouverts trois jours par semaine alors que nous le sommes sept jours sur sept", défend-il. Thierry Goor explique également avoir approché d'autres libraires qui auraient décliné ses propositions.
Où sont passés les premiers food corner ?
Depuis l'ouverture de ce concept, de nombreux restaurants installés dans des petites cellules ont fermé leurs portes. La galerie gourmande est passée de sept corners food à six. On retrouve, désormais, le coffee shop Kawa Club, situé à l'entrée de la galerie en take away (à la place de la boucherie Dierendonck) et plus loin dans la galerie avec à disposition des chaises et des fauteuils, le bar, la fromagerie Selections, le syro-libanais Mezzeway installé en dehors de la galerie, l'italien Gazzosa, et le tout nouveau Marty's Bun, un food corner de burger, à la place du restaurant indien Naanry géré par Sébastien Mattagne.
"On s'est rendu compte que des projets comme Dierendonck à la Galerie Bortier ne marche pas donc on l'a remplacé par un Kawa Club, et depuis le coffee shop fait des chiffres extraordinaires", assure le fondateur du Ratz et du Fox. Cette tendance s'observerait également pour le Mezzaway, et le restaurant Gazzosa, qui ferait jusqu'à deux services par soir. "On proposait également des pizzas avec Serpico (installé à la place de Polpo, un restaurant de calamars conçu par César Lewandowski, NdlR) mais le concept n'a pas bien fonctionné", explique-t-il. Selon lui, Naanry était un concept indien un peu trop pointu, ce pourquoi ils l'ont remplacé par une marque de burger. Tout comme le concept Polpo qui est parti et dont "le type de nourriture était aussi trop pointu".
Selon l'entrepreneur de food market bruxellois, l'emplacement des coins food dans la galerie peut faire toute la différence en bougeant de cinq ou dix mètres. Il n'empêche, tout cela ne semble pas indiquer que la galerie a entièrement trouvé son public. L'impression de vide s'expliquerait, selon lui, par le fait de ne pas être un lieu chauffé en hiver. "Tout le monde n'a pas envie de s'installer dans la galerie dans le froid pour manger". Mais Thierry Goor assure que, si le projet n'est pas facile, il commence doucement à "voir le bout du tunnel".
Si cela ne devait toujours pas marcher, Thierry Goor annonce aussi qu'ils pourraient, à la façon d'un centre commercial, sous-louer les espaces disponibles et juste gérer la coordination. Mais pas de quoi penser que tout est à jeter dans son concept, assure-t-il. Il serait d'ailleurs en contact avec plusieurs autres galeries bruxelloises, pour y apporter de l'Horeca.