Sommes-nous tous fétichistes ?
De l'admiration pour la courbe d'un pied au fétichisme, un seul pas ? Qui sont les fétichistes et à partir de quand est-on considéré comme tel ? Focus sur cette pratique atypique.
- Publié le 14-07-2019 à 13h58

De l'admiration pour la courbe d'un pied au fétichisme, un seul pas ? Qui sont les fétichistes et à partir de quand est-on considéré comme tel ? Focus sur cette pratique atypique.Fétichisme. Derrière ce terme aux consonances un peu piquées, à la frontière entre l'amusant et l'effrayant, se cache un concept plus complexe qu'il n'y paraît. Le fétichisme sexuel désigne le fait d'être attiré ou excité par un fétiche. Cuir, canard en plastique, coude… Tout peut potentiellement être un fétiche, à condition qu'il s'agisse d'un objet, d'une partie du corps ou d'une matière. S'il existe autant de fétichismes que de préférences, une enquête de 2004, dirigée par des psychologues de l'Université de Bologne, révèle que le plus fréquent est aussi le plus connu : la podophilie - où l'attrait pour les pieds et les orteils. On observe leur courbe, on les mordille, on les utilise pour caresser chaque centimètre de peau des zones érogènes… Vous vous êtes peut-être déjà laissé aller quelques fois à cette pratique, seriez-vous fétichiste ?
Un trouble mental ?
Pour être considéré comme un adepte du fétichisme d'un point de vue psychiatrique, vous devez avoir des envies ou des comportements sexuels impliquant soit un objet soit une partie du corps inhabituelle pendant plus de six mois. Ce fantasme - réalisé ou non - doit impacter votre vie sociale ou professionnelle. Différents degrés existent : certaines personnes peuvent trouver à travers le fétichisme un moyen d'intensifier leur excitation, d'autres sont incapables de ressentir du désir sans y avoir recours. La définition nous est donnée par le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM). Il place le fétichisme parmi les paraphilies ou déviations sexuelles, au côté du voyeurisme, du frotteurisme ou encore de la pédophilie.
Une classification qui fait réagir la communauté des fétichistes et des BDSM. Selon eux, l'étrangeté des pratiques sexuelles est subjective et dépend du contexte sociétal. Dans certaines sociétés, le baiser est vu comme contre nature. Pour ses membres, la bouche, la langue et les dents sont faits pour manger et n'ont rien à faire avec la sexualité. Qu'un homme hétérosexuel soit excité par des fesses ou des seins nous paraît normal. Qu'il le soit par un pied, les poils ou les menstruations l'est beaucoup moins. Le degré d'acceptation par la société de l'"objet" fétiche aurait une influence sur la manière dont le désir envers cet objet est perçu. C'était déjà la théorie du médecin et sexologue allemand Magnus Hirschfeld au 19e siècle. Selon lui tout le monde serait fétichiste mais avec différents degrés d'intensité et chacun se distinguerait par la nature plus ou moins acceptée de son fétiche.
Plus présent qu'on ne le pense
Si le fétichisme n'est pas toujours bien perçu, ses codes n'en imprègnent pas moins de nombreux éléments de notre vie quotidienne. Il s'invite aussi bien dans les films que dans les pubs ou les sex-shops. On pense à l'obsession pour les pieds du cinéaste Quentin Tarantino ou à l'incontestable potentiel érotique de matières comme le cuir ou le latex. Les procédés utilisés dans la publicité s'inspirent eux aussi du fétichisme dans leurs efforts pour transformer ce qu'ils vendent en objets de désir. Du yaourt, à la voiture en passant par le gel douche, tout est mis en place pour "érotiser" ces objets du quotidien. De la classification du fétichisme comme trouble mental à celui d'un mécanisme omniprésent, l'éventail des pratiques est donc large : tout est une question de dosage !