Quand la fonctionnalité de localisation sur les réseaux sociaux cause des réactions extrêmes
Les applications qui permettent de suivre la localisation peuvent être considérées comme des outils pratiques pour retrouver quelqu'un plus facilement ou pour connaître sa position. Cette fonctionnalité réinvente complètement les rapports sociaux.

- Publié le 09-09-2025 à 10h55
- Mis à jour le 10-09-2025 à 23h55

"Je ne te vois plus sur la carte, pourquoi tu as enlevé ta localisation ?","Que faisais-tu là-bas hier soir ?","Tu es bien rentrée ? Je ne te vois pas sur l'application". Pour la jeune génération, ces questions sont devenues banales. Grâce aux applications de partage de position, une carte suffit désormais pour savoir où se trouvent ses amis, parfois plus précisément qu'un coup de fil ou un message. Entre sentiment de sécurité, outil pratique pour se retrouver entre amis et nouvelle forme de lien social, ces applications séduisent. Mais derrière cette habitude se cachent aussi des risques de surveillance, une perte de vie privée et l'illusion d'une sécurité totale.
Plusieurs témoignages recueillis par le quotidien flamand De Morgen montrent que le partage de localisation chez les jeunes est avant tout perçu comme un aspect pratique et rassurant. Beaucoup acceptent sans souci d'être géolocalisés, estimant que cela facilite la vie quotidienne et rassure les proches, surtout lors de voyages ou de soirées.
Un aspect rassurant
L'origine de la géolocalisation se retrouverait en fait du côté des parents. Certains auraient installé ces applications de suivi sur les smartphones de leurs adolescents afin de les surveiller. Par la suite, ce réflexe est resté ancré dans leur quotidien. Une étude réalisée par Life360, une application de suivi, a également démontré que le partage de localisation, d'abord perçu comme une intrusion parentale, est devenu pour la génération Z un outil naturel et incontournable de sécurité, de lien social et une manière de prendre soin des autres. Aux Etats-Unis, 89 % des habitants déclarent que le partage de la localisation a amélioré leur vie (sur 1 2000 adultes interrogés). La génération Z n'y verrait donc pas une perte de liberté, mais plutôt une nouvelle manière de protéger et de montrer son attachement aux proches, contribuant ainsi à ancrer une culture de la sécurité.
Selon le psychologue Jos Ahlers, spécialiste de la génération Z, la popularité des applications de géolocalisation chez ces jeunes s'explique par leur familiarisation précoce avec ce type de pratiques. Dès l'enfance, le fait de savoir où se trouvent les autres et de veiller les uns sur les autres fait partie de leurs habitudes, rapporte De Morgen. Il relie ce phénomène au fait que "la génération Z grandit dans un monde de crises permanentes (sanitaire, climatique, économique, sécuritaire)".
Ce sentiment se retrouverait davantage du côté des jeunes femmes. Selon la même étude, 72 % des femmes de la gen Z sont rassurées d'avoir ces applications afin d'être plus à l'aise quand elles sont localisées par une personne de confiance lorsqu'elles rentrent seules ou en plein milieu de la nuit.
Une possibilité de jalousie
Mais cette méthode peut aussi causer des réactions plus extrêmes. Elle pourrait engendrer de la jalousie, des conflits ou un besoin constant de se justifier, surtout si les membres d'un couple se suivent l'un l'autre.
En effet, selon un rapport de recherche suisse, contrôler et surveiller son partenaire serait une forme moderne de violence, fréquente chez les jeunes couples. Interrogé par le quotidien suisse Blinck, Marco Bezjak, président de la fondation Mojuga dédiée à la promotion de l'enfance et de la jeunesse, explique que ce sont généralement les garçons qui surveillent les filles et que ce comportement est perçu comme normal. "Il faut montrer en permanence où l'on est et ce que l'on fait. Supprimer son compte Snapchat ou désactiver la localisation ne sont donc pas des options. Souvent, le contrôle entraîne du stress et de la pression", détaille-t-il.
Dévoiler sa localisation à des applications peut aussi engendrer des manquements dans la protection des données. Le psychologue néerlandophone Ahlers parle de "fausse sécurité". Il fait référence aux "cyber-yeux" qui surveillent à mauvais escient via les applications, explique-t-il au quotidien flamand. Des pirates informatiques pourraient usurper une identité ou avoir accès à des données privées.