Dans ce musée de Ferrières, les jouets racontent l'histoire: "C'est un éternel recommencement"
Au Musée du jouet et de l'enfant de Ferrières, 1 500 jouets d'hier racontent l'évolution de nos jeux jusqu'aux tendances du marché d'aujourd'hui.
- Publié le 06-12-2025 à 18h55

Petit train, manèges et poupées semblent nous observer depuis le passé, tandis qu'un groupe d'enfants curieux entoure un château fort gigantesque où soldats de plomb et Playmobil racontent d'innombrables histoires. Au Musée du jouet et de l'enfant de Ferrières, c'est un bond dans le passé qui attend, et il surprend.
Ici, les quelque 1 500 jouets exposés datent de la fin du XIXe siècle jusqu'aux années 60. Surprenant ; tout a tant changé, et en même temps, pas tellement. "Tout a commencé par une collection privée d'une dame de Ferrières, exposée temporairement, qui est devenue un musée permanent en 1984, entame Adeline Ooms, employée du musée. Les dons ont continué à enrichir le musée, que nous complétons par des expositions bisannuelles, comme l'actuelle, Châteaux, Donjons & Cie."
Miroir d'une époque
Si les jouets d'aujourd'hui empruntent souvent les codes du passé, on sent que les temps ont changé. "On aime dire que les jouets, c'est un éternel recommencement, mais les choses ont tout de même bien changé. Certes, les poupées existent toujours, les jeux de construction aussi… mais ils sont adaptés aux codes de la société actuelle. D'ailleurs, les enfants qui visitent le musée sont souvent un peu perplexes face à nos collections. Il faut qu'on les replonge dans le contexte pour que la magie opère."
Très vite, c'est l'absence d'écrans et d'électronique qui suscite le plus de questions. "Ils se demandent si les enfants d'autrefois ne s'ennuyaient pas, avant qu'on leur montre comment on jouait à l'époque. Il y a souvent un déclic, et ils comprennent qu'on pouvait passer des heures avec trois fois rien. C'est un vrai questionnement pour eux." Comment leur en vouloir, quand les enfants d'aujourd'hui n'ont jamais connu un monde sans électronique et sans écrans ?
Une vitrine en particulier laisse le visiteur bouche bée : celle consacrée aux jouets religieux. Poupées prêtres, missels et compagnie, toute la panoplie du petit curée en herbe. "Cela a été créé pour susciter des vocations de curé ou de bonne sœur… Aujourd'hui, ça surprend, et on n'imaginerait pas les ressortir."
"Toi, ma fille, tu seras couturière"
Mais ce qui détonne le plus, c'est surtout de voir à quel point les jouets d'antan enfermaient petites filles et petits garçons dans des rôles prédéfinis. Un conditionnement qui, s'il existe encore aujourd'hui, n'a plus rien à voir. "La vitrine des jouets de petites filles impressionne toujours. On y a des kits de couture et de vraies machines à coudre, des cuisinières miniatures, des fers à repasser… L'idée était clairement de former de futures bonnes ménagères." Devant la vitrine des jouets pour garçons, on sourit également jaune. Construction, travaux manuels, voitures, trains… "Ça choque les enfants qui viennent au musée, ils posent beaucoup de questions. Mais c'est justement très intéressant de leur montrer pour qu'ils se rendent compte de l'évolution de la société. Avant, le jouet servait surtout à apprendre à l'enfant son futur rôle dans la société, davantage qu'à l'amuser." Ces vitrines, au-delà de leur valeur patrimoniale, ont un rôle pédagogique important.
Des jouets belges
Ce qui fait du musée un petit écrin de patrimoine, c'est surtout sa salle des jouets belges, témoin précieux d'un véritable empire du jouet noir-jaune-rouge, disparu avec la production de masse et la concurrence étrangère.
Dans la salle, des petits soldats Durso (Liège, 1938) côtoient une poupée Unica, la "Barbie belge" (à gauche sur la photo, Courtrai, 1923), Gaumel (Anvers, 1937) et Chantrain (Bruxelles, 1925). On trouve aussi de la vaisselle miniature Wasmuel (Hainaut) et Nimy (Hainaut), des ustensiles de cuisine de la Ferronnerie Bouillonnaise, des trains GILS (Liège)… Et les Batima, qui ressemblent comme deux gouttes d'eau à une franchise colossale née seulement 10 ans après… Lego.
Lego, vilain copieur ?
Les Batima, ces blocs à emboîter en carton-pierre, font immédiatement penser aux blocs de plastique du géant danois. "Le principe est le même, sauf qu'ici, les blocs se déposent, ils ne se clipsent pas. Mais les formes sont similaires, tout comme le principe. D'ailleurs, les enfants qui les voient font directement la comparaison ! Ce qui est drôle, c'est qu'ils ont été inventés avant Lego."
Douze ans avant, exactement, puisque les Batima datent de 1920… Et ont coulé en 1950, alors que Lego dominait un marché qu'il n'a jamais vraiment perdu. "Les jeux de construction existaient déjà, mais il est vrai que la similitude fait sourire ; ils sont d'ailleurs considérés comme les ancêtres des Lego. Qui sait, peut-être que les créateurs ont vu les Batima et s'en sont inspirés ?" Il est permis de rêver.
Et les tendances d'aujourd'hui ?
Si les poupées, petits trains et jeux de construction cartonnent toujours, le marché du jouet est aujourd'hui presque infini, et les nouveautés qui s'ajoutent chaque année donnent le tournis. Que choisir ? Qu'est ce qui marche ? "Les marques jonglent entre deux réalités, entame Nicolas Pons, expert dans un bureau d'études belge spécialisé dans le secteur du jouet. D'un côté, il faut de l'innovation et de l'originalité. Et de l'autre, certains classiques restent des valeurs sûres." Le marché a également dû s'aligner sur la baisse du pouvoir d'achat. "Certaines gammes deviennent plus accessibles, car les moyens ne sont plus les mêmes."
Un pouvoir d'achat en baisse qui est sans doute également à l'origine, en partie, d'une tendance galopante du marché : la seconde main. "Le marché du jouet d'occasion continue de monter très fort en Belgique, plus que dans d'autres pays. Le côté écoresponsable, allié avec des économies considérables, en séduit beaucoup."
Les licences cartonnent
Mais côté neuf, qu'est ce qui marche le mieux, en Belgique ? Les jeux licences, issus d'univers littéraires, ciné ou télé, gardent la cote. Blockbusters, grandes franchises cinéma (Marvel, Harry Potter, Star Wars, Disney…), mangas, jeux vidéo, dessins animés, sport… "La diversité des licences n'a d'ailleurs jamais été aussi forte, et cela a un succès fou."
Les incontournables restent aussi une valeur sûre. "Lego, Playmobil, Pokémon, les jeux à thème sur les dinosaures, tout ce qui touche aux animaux… Les Belges ont aussi un faible particulier pour les cartes Panini et les jouets à collectionner, comme récemment les Labubus."
Si le marché innove, on ne réinvente pas la roue non plus. "Il reste cyclique : on voit ressortir d'anciens jeux remis au goût du jour, car les classiques restent une valeur sûre. Dans le jouet aujourd'hui, on innove davantage qu'on n'invente." Pour le moment, ce sont les poupées à fonction qui font leur retour dans les tendances, tout comme les jouets de beauté/maquillage ("de plus en plus tôt", note Nicolas Pons).
Bien-être et provenance
Le vrai boom novateur que connaît le marché actuellement, ce sont les conteuses d'histoires (Lunii, Tonies…). "C'est une catégorie qui s'est bien implantée et qui est en croissance constante, tout comme les jouets axés sur le bien-être et les émotions de l'enfant, l'apaisement… Tout ce qui est thérapie ludique."
Les jeux électroniques éducatifs (VTech, Kidizoom…) restent populaires, tout comme ceux aidant les enfants présentant des troubles de l'apprentissage. "L'enfant ne les mettra pas spontanément sur la liste, mais les parents y sont sensibles."
Et les jeux de société ? Ils restent incontournables. "Le marché reste porté par les grands noms, comme Uno, Monopoly, et d'autres classiques. Les innovations peinent un peu, mais les extensions (licences, variantes, etc.) cartonnent ici encore." Petite nouveauté qui fait plaisir : de nombreuses marques locales émergent avec succès.
Et si vous offriez une marque belge, cette année ?