Dans ce parc d'attractions à Halloween, "un guide va assurer qu'il n'y a aucun risque… avant que tout ne tourne mal"
Chaque automne, les parcs d'attractions se métamorphosent pour Halloween. Derrière les monstres et les hurlements, des centaines de créatifs, décorateurs, costumiers et comédiens orchestrent une mécanique de précision où sons, lumières et scénarios sont pensés pour provoquer le frisson. Plongée dans les coulisses d'un art de la peur devenu un véritable savoir-faire.
- Publié le 30-10-2026 à 08h28
- Mis à jour le 30-10-2026 à 14h10

Pendant quelques semaines, les parcs d'attractions cessent de faire rêver pour mieux terroriser. Des rues autrefois familiales se couvrent de toiles d'araignée, les couloirs s'assombrissent et d'inquiétantes créatures surgissent à chaque détour. Avec des événements phares comme Peur sur le Parc au Parc Astérix ou Ibilaw à Walibi Belgium, Halloween s'est imposé comme le rendez-vous majeur de la saison, attirant un public avide de sensations fortes.
Mais derrière les hurlements et les monstres se cache un véritable savoir-faire où chaque détail est pensé pour provoquer l'émotion. Comment conçoit-on la peur? Quels ingrédients permettent de faire frissonner des milliers de visiteurs chaque automne? Plongée dans les coulisses, là où l'effroi se fabrique avec une précision chirurgicale. Dans l'obscurité totale d'un couloir, un simple fil de pêche effleure un visage. Réaction immédiate: le visiteur sursaute. L'effet ne coûte presque rien, mais il illustre parfaitement la philosophie des créateurs d'expériences horrifiques. "Rien que l'effet de fils de pêche sur le visage en avançant dans le noir complet est tout aussi efficace que d'avoir claqué un budget énorme dans un décor", résume Erwan Rocher, créatif à Walibi Belgium. Car fabriquer la peur ne consiste pas à accumuler le faux sang ou les créatures monstrueuses. Pour les équipes créatives, il s'agit avant tout de provoquer un malaise diffus."La bonne peur, c'est l'instant de frayeur, la recherche… C'est la peur tellement profonde qu'on ne sait pas vraiment quel sentiment on a, mais on ne se sent pas à l'aise, analyse Kevin Blandina, responsable des spectacles au Parc Astérix. Ce n'est pas la peur déclenchée par quelque chose de gore, c'est l'émotion, le ressenti, la chair de poule."
Pour parvenir à ce résultat, tous les sens sont mis à contribution."Si on apporte le son, la lumière et le produit fini, forcément, l'immersion pour le visiteur est totale, explique Florian Richard, de l'équipe décoration du Parc Astérix. Une maison hantée est pensée comme une expérience totalement sensorielle: le visiteur va toucher, s'accrocher, sentir, voir." L'art du trompe-l'œil joue également un rôle central."Le bois, on peut le vieillir avec du vinaigre ou de l'acide. Le métal, on lui donne un effet de rouille, détaille le décorateur d'Astérix. La peinture a une importance capitale: c'est le travail en jus, couche par couche, avec des pigments et des ombrages, qui crée le réel. On mélange de la résine avec du sable pour donner du grain à la pierre. La clé, c'est de prendre le temps et d'être patient."

Raconter une histoire
Si le décor pose le cadre, c'est l'histoire qui emporte le visiteur. Aujourd'hui, les parcs cherchent davantage à scénariser l'expérience pour faire du public un véritable acteur du drame."On ne fait pas un bout pour faire un bout, insiste Kevin Blandina. Ce qui fonctionne, c'est de conditionner le visiteur. Avant même de croiser un monstre, on amène une phase de théâtre immersif. Quand on met les gens dans l'ambiance, leur propre imagination fait une partie du travail." Cette année, pour Peur sur le Parc, le Parc Astérix frappe fort avec sa grande nouveauté: un parcours immersif en pleine forêt. "On est en plein milieu de la forêt, alors on s'est dit: qu'est-ce qu'on peut faire d'encore plus fou qu'une maison hantée?, raconte Kevin Blandina. "Dans la file d'attente, les visiteurs vont entendre une radio passer en boucle, annonçant toutes les quinze minutes des disparitions étranges et la découverte de cadavres. On les conditionne. Puis un guide d'Urbex les accueille en leur jurant qu'il n'y a aucun risque… avant que tout ne tourne mal. On joue sur ce qu'on ne voit pas mais qu'on présuppose: la peur du noir, le chef scout cannibale, le vieux chasseur. La forêt finira par vous manger."
Cette cohérence narrative repose aussi sur des peurs universelles ou des souvenirs collectifs. À Walibi, la création d'une maison hantée comme The Grand Hotel s'inspire du quotidien, tandis que chaque zombie possède sa propre biographie, imaginée avant même le costume: "Pour un zombie chauffeur de bus, on lui achète une vraie tenue, on imagine comment il s'est fait attaquer et on écrit son histoire en cinq lignes avec ses tics", explique Laura, coordinatrice artistique à Walibi.
Une industrie de la peur
Derrière les hurlements se cache également un enjeu stratégique. Halloween est devenu l'un des temps forts de l'année, capable d'attirer un public jeune particulièrement friand de sensations fortes et souvent plus difficile à séduire. Au Parc Astérix, l'événement mobilise près de 300 artistes et comédiens, une centaine de techniciens et autant de costumiers et maquilleurs. Dès février ou mars, les équipes développent les concepts et fabriquent les décors en atelier. Face à un public nourri aux réseaux sociaux, les recettes d'hier ne suffisent plus. "Ce qui faisait peur il y a dix ans ne fonctionne plus forcément aujourd'hui, observe Sébastien Truc, responsable des opérations à Walibi. Il faut plus d'immersion, plus de détails."
Halloween a changé de visage dans les parcs d'attractions: la peur se construit désormais autant par la narration que par les monstres. Elle ne se mesure plus à la quantité de faux sang, mais à un équilibre subtil entre narration, décors et jeu d'acteur. Un art de l'illusion si convaincant que même ceux qui la fabriquent finissent par s'y laisser prendre. "Quand moi-même j'arrive à me faire tromper par le décor, quand je ne me rends pas compte si c'est du vrai ou du faux, je me dis que la mission est réussie, sourit Florian Richard. Si mes yeux ne voient pas la différence, le visiteur ne la fera pas non plus." Et à entendre les cris qui s'élèvent chaque soir dans les allées plongées dans le brouillard, le pari semble, une fois encore, réussi.
Peur sur le parc
Du 3 octobre au 8 novembre
Ibilaw
Du 10 octobre au 11 novembre
www.walibi.be