À l'ombre du Lion de Waterloo, vivez l'expérience d'une bataille qui a changé l'Europe : "Il fallait sortir du cliché"
À l'approche du bicentenaire de la Butte du Lion, retour sur l'histoire et la portée de ce monument singulier, érigé pour commémorer une bataille qui a redessiné l'Europe.
- Publié le 31-08-2025 à 11h05
On ne voit que lui. Il veille sur la plaine depuis près de 200 ans. Dressé à 40 mètres de hauteur sur son socle en forme de pyramide, le Lion de Waterloo surplombe la campagne de Braine-l'Alleud avec majesté. Accessible via 226 marches, il est à lui seul un symbole. Construit entre 1823 et 1826 sur le champ de bataille de Waterloo, à la demande du roi Guillaume 1er des Pays-Bas, pour honorer son fils blessé ici même, il est devenu l'emblème du site.
"Ce lion est tourné vers la France, et il symbolise la paix retrouvée après la bataille, une paix qui a duré plus d'un siècle", explique Thibault Danthine, directeur du site depuis 2022.

Sous les pattes du lion, l'immersion
Mais pour mieux comprendre la portée historique de Waterloo, il faut passer sous terre. Littéralement. En contrebas de la Butte se cache un centre d'interprétation de 6 000 m² : le Mémorial 1815, du Domaine de la bataille de Waterloo. Un bâtiment souterrain, inauguré pour le bicentenaire, conçu pour ne pas "dénaturer le champ de bataille" et respecter sa topographie.

On y suit les coalitions, les jeux diplomatiques, la montée en puissance de Napoléon et le rôle clé du duc de Wellington. La scénographie, moderne, mêle objets, vidéos, maquettes et documents sonores. Puis vient un des moments forts du parcours : une salle de cinéma 4D. "Vous avez le son, l'image en relief, et le sol qui tremble. Quand les canons explosent ou que les chevaux chargent, vous le ressentez sous vos pieds." La pluie, la boue, le chaos… pendant une vingtaine de minutes, on revit l'ultime affrontement de l'Empereur. Le film, projeté depuis 2015, sera bientôt mis à jour techniquement.
"On va remoderniser la 3D, ajouter un système audio multilingue avec mono-écouteur." Depuis sa réouverture post-Covid, le Domaine a misé sur la diversité de ses publics. "Il fallait sortir du cliché d'un lieu réservé aux passionnés d'histoire." Résultat : une programmation culturelle riche, des expositions temporaires étonnantes (comme l'exposition Lego La Légende de Napoléon), et des événements populaires comme la Nuit au musée ou les festivités du 15 août. Sans oublier les incontournables reconstitutions, organisées chaque année, et en version XXL tous les cinq ans.

Le Domaine, qui se visite sur plusieurs heures, attire aujourd'hui des visiteurs du monde entier. "Ce n'est pas un lieu de recueillement lourd. On peut y passer un bon moment en famille, manger un bout, tout en apprenant." Car au fond, la mission est simple : transmettre. "Une bataille, ça s'explique, ça se comprend. On veut que le visiteur ressorte en disant : je sais pourquoi Napoléon a perdu, qui était Wellington, et ce que cette bataille a changé pour l'Europe."

-> Envie d'en apprendre davantage sur la Butte ? Écoutez l'épisode "Alain et la Butte du Lion" du podcast "Les papotes inattendues" sur Auvio.
-> Note de la rédaction : cet article s'inscrit dans un partenariat avec VISITWallonia, qui nous conseille sur des lieux à découvrir en Wallonie.
Hougoumont, la ferme qui a tenu tête à Napoléon
Le domaine de la Bataille de Waterloo ne se survole pas. Il se découvre étape par étape, de la Butte à la ferme.
On y accède en navette électrique. Un trajet d'un petit kilomètre, commenté, à travers la campagne, douce et paisible, bien loin du fracas des armes de 1815. Le paysage défile lentement. Sur place, un peu de vent dans les arbres, le bruit des pas sur les pavés, quelques pigeons qui roucoulent dans un coin de la grange où on s'installe pour visionner le spectacle multimédia. Et puis, soudain, les cris, les tirs, les sabots affolés.

Bienvenue à la Ferme d'Hougoumont, restaurée en 2015. Ce lieu discret fut l'un des points stratégiques de la Bataille de Waterloo. C'est ici, sur le flanc ouest des Alliés, situé à mi-chemin entre les deux armées, que le duc de Wellington décide d'envoyer ses troupes la veille de l'affrontement. C'est l'histoire de "la bataille dans la bataille" qu'on découvre ici.
Objectif : tenir coûte que coûte.
"Tenez Hougoumont." C'est l'ordre que Wellington donne à ses officiers si lui-même venait à tomber. Le 18 juin à 11h30, les premiers coups de canon retentissent. L'armée de Napoléon lance l'assaut. En une demi-heure, les Français ont pris le bois voisin. Mais la cour, elle, résiste. Les Coldstream Guards, appuyés par quelques centaines d'hommes, repoussent les vagues ennemies à coups de baïonnettes. Des combats au corps à corps éclatent dans la cour. Un groupe de soldats français parvient à forcer la porte nord… pour être ensuite pris au piège.
L'installation multimédia, signée Luc Petit, est particulièrement prenante : on y revit l'intensité dramatique de la bataille. Les murs vibrent encore de cette lutte où chaque mètre gagné s'est payé dans le sang. "Hougoumont brûle, mais Hougoumont ne cède pas." C'est ici que Napoléon commence à perdre du terrain. C'est ici, aussi, que l'armée prussienne de Blücher finit par arriver en renfort. La garde impériale recule. La défaite est en marche.
Après le film, un tea-room permet de faire une pause à l'ombre des vieux murs, tandis que les salles muséales prolongent la visite. Et demain ? "On a de grands projets dans les années à venir", confie Thibault Danthine. Parmi ceux-ci : recréer ici les jardins à la française tels qu'ils existaient en 1815, et les rendre accessibles au public. "On espère pouvoir inaugurer cela au printemps 2 027." Une excuse pour revenir ?
Les 3 incontournables de la région
1. La Ferme de Mont-Saint-Jean
Pour prolonger le voyage dans le temps, direction la Ferme de Mont-Saint-Jean. Située à un kilomètre de la Butte du Lion, cette ancienne ferme fut transformée en hôpital militaire britannique le 18 juin 1815. Plus de 6 000 blessés y furent pris en charge. Aujourd'hui, le lieu abrite un musée sur la médecine de guerre, une brasserie artisanale et une distillerie, mêlant mémoire et convivialité.
2. Le dernier GQ de Napoléon
Cap ensuite sur le dernier QG de Napoléon, à Vieux-Genappe. C'est ici dans la Ferme du Caillou que l'Empereur a passé sa dernière nuit avant la bataille. La scénographie y reconstitue l'ambiance du 17 juin 1815, entre cartes, ordres militaires et objets personnels. Une plongée dans les dernières heures d'un stratège au bord du basculement.
3. Le Musée Wellington
Autre étape à ne pas rater : le musée Wellington, situé en plein cœur de Waterloo. C'est dans cette ancienne auberge que le duc de Wellington établit son quartier général avant et après la bataille. Le lieu retrace les grandes étapes du conflit à travers objets d'époque, cartes, uniformes, et documents originaux ainsi qu'une collection d'armes. On peut même y voir la chambre où fut rédigé son rapport de victoire.
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