Comment le GSM va révolutionner le transport
Le secteur du transport est en train de vivre sa révolution numérique. Le partage de véhicules est le grand pari de demain. Des acteurs traditionnels vont tomber, d'autres vont s'enrichir. Alors, smartphone ou voiture ? Éléments de réponse.
- Publié le 19-09-2014 à 13h45
- Mis à jour le 19-09-2014 à 15h09

La rupture est arrivée. Le "smartphone" a officiellement pris le dessus sur la voiture de "papa". Le numérique est en train de supplanter la mécanique. D'après différentes études menées en Europe et aux Etats-Unis, la génération Y (les 18-34 ans) pourrait plus facilement se passer de la possession d'une voiture que de son téléphone portable (voir infographie ci-dessous).
C'est une première dans l'histoire, la voiture personnelle n'est plus l'objet rêvé "numéro un" de la jeune génération. D'autres indices montrent ce déclin de la voiture en tant que propriété individuelle chez les jeunes. Ils passent leur permis plus tardivement que leurs aînés, roulent moins durant la semaine et les ventes de voitures neuves en Europe ont connu, en 2012, leurs plus mauvais chiffres depuis 1993.
Il y a évidement des raisons économiques à cela, et notamment le fait que le budget consacré au logement devient de plus en plus important pour les jeunes vivant en ville. Mais les jeunes d'aujourd'hui sont les vieux de demain et d'après beaucoup de spécialistes, on assiste à une tendance de fond : le smartphone est en train de bouleverser totalement le transport à travers une bonne partie du monde. Et comme dans toute révolution, si la chute va être brutale pour pas mal d'acteurs traditionnels du secteur, d'autres, nouveaux, vont s'enrichir très rapidement. " La presse, les agences de voyages et les hôtels, avec l'arrivée de sites de location entre particuliers comme Airbnb, ont été chamboulés par une révolution numérique. Le prochain sur la liste sera le transport" , affirme Xavier Tackoen, administrateur-délégué d'Espaces-Mobilités.
En fait, c'est surtout le système de géolocalisation intégré dans la plupart des téléphones portables qui apporte cette vraie révolution. Ce système permet de partager, louer un véhicule, d'appeler un chauffeur, de proposer un covoiturage… où l'on veut, quand on veut. Encore faut-il une plateforme numérique qui gère le tout. Des géants financiers se sont lancés dans ce créneau qui s'annonce très porteur. Google mise sur la start-up californienne Uber; le milliardaire Richard Branson a fait le pari d'investir dans l'un des grands adversaires d'Uber (avec Lyft), dénommé Sidecar.

Pas de mauvaises surprises : les covoitureurs sont cotés
Il y a en a beaucoup d'autres. Buzzcar, Drivy, BlaBlacar ou Flightcar… Ces noms ne vous disent peut-être rien, mais ce sont sans doute les futures grandes plateformes de transport de demain. BlaBlacar, un système de covoiturage pour longues distances, est ainsi en train d'exploser en France. Et pour cause : le site propose des tarifs à un tiers du prix de ceux de la SNCF. L'opérateur ferroviaire a répondu immédiatement en lançant lui-même sa plateforme de covoiturage (IDVroom).
Ces nouveaux acteurs numériques ne s'attaquent pas qu'aux parts de marché des constructeurs automobiles. Les transports publics sont aussi en ligne de mire. Des sociétés de cars au Québec ont dû ainsi mettre la clé sous le paillasson après l'arrivée d'un opérateur de ce type.
Résumons. Auparavant, le commun des mortels avait le choix entre le vélo, les transports en commun ou la voiture pour se déplacer. Le tout de manière individuelle. Demain, on "partagera", mais rarement gratuitement. Deux voitures pour un ménage ? Un réflexe du passé. Le couple lambda aura une automobile, sans doute petite. Et ce véhicule, ce couple va le rentabiliser un maximum en le louant ou en partageant des parties de trajet avec des inconnus trouvés sur des réseaux sociaux. Et le danger de mauvaises rencontres ? Aucun, vous affirmera votre plateforme favorite qui vous proposera le profil de chacun de ces usagers. Plus de surprise : les loueurs, les chauffeurs, copilotes… sont cotés, "likés", et plus si affinités.
Pour les grandes vacances, des courses importantes, on louera la voiture (plus grande) d'un autre usager de ces plateformes. Vous n'y croyez pas ? Le secteur des assurances, oui. Il est en train de s'adapter pour ce genre de "partages de responsabilités". Le cadre juridique reste, lui, encore très flou, notamment sur le respect de la vie privée ou sur la concurrence jugée parfois déloyale de ces nouveaux opérateurs aux frais de personnel minimes. Les débats s'annoncent chauds, comme le cas d'Uber l'a prouvé en Belgique.
L'ambitieux - Uber, le géant qui dérange en Europe
Impertinent. L'arrivée d'Uber en Europe - plateforme de covoiturage pour certains, société de taxis déguisés pour d'autres - a fait énormément de bruit. La société dérange les chauffeurs de taxis des capitales européennes et elle a été interdite d'opération dans plusieurs villes, notamment à Bruxelles. Mais malgré ces différentes astreintes et autres amendes, la start-up californienne défie toutes les autorités européennes à coup de "buzz" : distribution de glaces, utilisation gratuite jusqu'à la Journée sans voiture à Bruxelles, etc. Bref, la société, soutenue par le géant Google, a compris comment communiquer vers sa cible prioritaire (du moins pour l'instant) : les jeunes. Aux Etats-Unis, Uber est en train de se créer un petit empire, avec notamment des partenariats signés avec des sociétés aussi influentes que Starbucks ou United Airlines. A terme, Uber a l'intention d'inonder le marché de différents services allant de la livraison au service de transports en limousine. Bref, on est loin du covoiturage entre amis.
Voyages - BlaBlaBlaCar mise sur les longs trajets
BlaBlaCar, anciennement Covoiturage.fr, est une plateforme communautaire de covoiturage qui a été lancée en 2004 par le Français Frédéric Mazzella. La mise en relation des usagers, gratuite pendant de nombreuses années, est devenue payante récemment. Le site prend pour lui 15 % du prix du covoiturage. Avec 10 millions d'utilisateurs en 2014, BlaBlaCar serait le leader actuel du covoiturage en Europe. Les conducteurs publient leurs places disponibles et les passagers les achètent en ligne. La particularité de ce site est d'être fréquenté par des adeptes de trajets de longue distance. La distance moyenne de covoiturage est ainsi de 330 kilomètres. Le site rencontre un assez grand succès à Bruxelles. "Beaucoup d'eurocrates utilisent ce service de covoiturage pour rentrer chez eux", explique l'expert Xavier Tackoen.
La location - Buzzcar, Drivy: louer sa propre voiture
Avec le covoiturage, c'est l'autre grande tendance de toutes ces nouvelles applications : la location de voitures entre particuliers. Plusieurs sites, tels Buzzcar, Drivy ou Ouicar sont en train de faire leur trou sur le marché (surtout français pour l'instant). L'intérêt est double : le propriétaire rentabilise sa voiture, tandis que le loueur paie un prix souvent inférieur de moitié à ce que lui propose un professionnel. D'ailleurs, la profession gronde. Un peu comme l'avaient fait les hôteliers lors de l'apparition d'Airbnb, qui permet à des particuliers de louer leur chambre, appartement ou maison pour une ou plusieurs nuits. Ici aussi, les sites touchent une commission intéressante sur chaque transaction.