Eaux en bouteille contaminées : la Belgique est-elle concernée ?
- Publié le 15-03-2018 à 15h29
- Mis à jour le 15-03-2018 à 17h29
L'eau en bouteille de nombreuses grandes marques à travers le monde est contaminée par de minuscules particules de plastique, selon une étude menée par des scientifiques américains, pour Orb Media.
Des chercheurs ont testé l'eau de plus de 250 bouteilles dans neuf pays (Brésil, Chine, Etats-Unis, Inde, Indonésie, Kenya, Liban, Mexique, Thaïlande), sous la conduite de Sherri Mason, professeure à l'université de l'Etat de New York à Fredonia, selon un résumé de l'étude publié mercredi sur la plateforme journalistique à but non lucratif Orb Media.
Du plastique a été trouvé dans 93% des échantillons d'eau en bouteille de plusieurs marques comme Evian, Nestle Pure Life, San Pellegrino, Aqua, Aquafina ou Dasani. Des marques comme Evian, San Pellegrino, et Nestlé Pure Life, se trouvent aussi dans les rayons des magasins belges, mais les eaux analysées par l'étude n'ont pas été achetée en Europe. Sommes-nous alors concernés ? S'agit-il de la même eau et des mêmes bouteilles ? Oui, en tous cas dans les deux premiers cas.
Aux Etats-Unis, dans les bouteilles, c'est l'eau du réseau
Tout d'abord, il faut savoir qu'il y a une différence fondamentale entre le marché de l'eau au Etats-Unis et celui en Europe. Aux Etats-Unis, une grande partie de l'eau en bouteille est l'eau du réseau qui a été filtrée et embouteillée. En Europe, en Belgique, la grande majorité de l'eau bouteille, est de l'eau minérale naturelle ou de l'eau source, donc de l'eau qui provient de nappe phréatique souterraine, explique David Marquenie, Secrétaire général de la Fédération Royale de l'Industrie des Eaux et des Boissons rafraîchissantes (FIEB).
Le lieu d'embouteillage et de production dépend en fait du type d'eau à l'intérieur de la bouteille : "quand il s'agit d'eau minérale et d'eau de source, la législation européenne est très claire là-dessus : il est interdit de transporter de l'eau minérale naturelle non embouteillée. Il y a une obligation d'embouteiller à la source. L'eau de source Evian aura été embouteillée à la source, et aura été transportée aux Etats-Unis. San Pellegrino est une eau minérale, donc embouteillée à la source. Donc, c'est la même eau et les mêmes bouteilles dans le monde entier. "
En revanche, "quand il s'agit d'eau du réseau, il est évident qu'à ce moment, l'entrperise utilise l'eau du réseau dans les différents endroits de production, et ne va pas se mettre à transporter l'eau du robinet à travers le monde. Pour Nestlé Pure Life, il s'agit d'une eau de réseau purifiée, et là elle est embouteillée aux endroits spécifiques, avec d'autres usines, d'autres bouteilles, d'autres machines. Ce n'est pas donc la même qu'on retrouverait partout dans le monde entier. En Belgique, elle vient d'ailleurs d'Etalle et il s'agit bien d'une eau de source. En France par exemple, cela viendra d'une autre source locale."
Quantités relevées très différentes
L'étude relayée par Orb Media, poursuit David Marquenie, suscite beaucoup de questions au sein du secteur. L'étude menée par la chercheuse américaine n'a pas été publié dans une revue scientifique (ou d'autres scientifiques relisent les résultats et les "valident") à ce stade, souligne-t-il.
Mais la sécurité et la qualité de l'eau mise sur le marché est la priorité principale pour les entreprises, insiste David Marquerie. "Il est évident que les spécialistes des entreprises se penchent sur les informations publiées par Orb Media. Mais ce qu'on constate, c'est que les quantités qui sont mentionnés par Orb Média sont dans certains cas assez élevées, ce qui nous surprend. Les entreprises font leurs mesures également. Et quand quelque chose est mesuré, on parle alors de microtraces. Ici, dans l'étude américaine, les quantités sont beaucoup plus élevées. Des embouteilleurs font déjà ce type de mesures, et l'une des questions qu'on se pose est donc la suivante : est-ce que les mesures utilisés dans l'étude américaine sont comparables à celles utilisées dans les laboratoires ici ? "
Dans l'étude relayée par Orb Media, poursuit David Marquerie, la technique employée est une adaptation d'une technologie utilisée pour mesurer les lipides dans l'eau, étendue à l'identification des plastiques, une sorte de colorant fluorescent. "En revanche, une étude allemande publiée en février, montre qu'il n'y a pas de différence statistiques entre les échantillons de contrôles et les échantillons d'eau en bouteille PET ( NdlR : en revanche, c'était le cas pour les bouteilles de plastique multiusage consignées en Allemagne). Donc cela ne semble pas confirmer les résultats d'Orb Media. Cette étude était basée sur la technique dite de spectroscopie micro-Raman."
Interdiction pour le plastique de "migrer"
Le secteur a en tous cas invité Orb Media à transmettre toutes les informations avec de pouvoir mener les comparaisons possibles, continue David Marquenie. "Tant qu'on n' a pas les résultats complets, il est difficile de s'exprimer vraiment sur le fond." Difficile par exemple selon lui de savoir d'où vient par exemple le plastique analysé. Emballage, processus de production ? "En tous cas, en principe, tous les matériaux pour emballer les denrées alimentaires doivent répondre à une série de caractéristiques qui sont définies par la législation européenne, et il est évident qu'une migration de l'emballage vers le produit emballé ne peut pas se faire. C'est très clair, on ne peut pas trouver de traces de l'emballage dans le produit emballé. Il y a d'ailleurs toute une série de tests pour voir si c'est le cas : utiliser des molécules spécifiques, des acides, ou d'autres produits à différents températures sur telles ou telles périodes." Des procédures sont prévues pour que les plastiques ne migrent pas. Mais tous ces microplastiques sont des contaminants émergents, et donc toutes les méthodes d'analyse ne sont pas encore toutes standardisées, donc c'est important de savoir quelles méthodes ont été utilisées dans l'étude américaine pour savoir si ce sont les mêmes que celles utilisées ici. Est-ce que c'est une bonne méthode ou pas ?"
Nous souhaitions interroger les branches belges des marques concernées. Chez Nestlé Belgique, on nous a renvoyé vers la fédération, tandis que Danone n'a pas donné suite à ce stade.