En coulisses, la COP30 se prépare : "C'est la loi du plus fort, on a du mal à y croire"
La COP 30 se déroulera en novembre au Brésil. Pour préparer l'événement, des négociations climatiques intermédiaires se déroulent à Bonn, du 16 au 26 juin.
- Publié le 26-06-2025 à 13h43
- Mis à jour le 26-06-2025 à 13h44

Sept mille huit cents kilomètres et cinq mois séparent Bonn de Belem. Dans la première, une ville fédérale allemande au bord du Rhin, se tenaient des négociations climatiques intermédiaires entre le 16 et le 26 juin. Dans la seconde, une ville de l'estuaire de Parà, au nord du Brésil, se tiendra la Conférence internationale sur le climat (COP30) du 10 au 21 novembre prochain. Alors que l'événement marque le dixième anniversaire des Accords de Paris, un groupe de scientifiques reconnus a annoncé que l'objectif de maintenir le réchauffement de la planète sous les 1,5°C n'était plus atteignable.
Qualifié de "précop", l'événement qui se déroule à Bonn fait office de répétition générale de l'événement qui se déroulera à Belem. En clair, des discussions techniques ont lieu au sein de groupes, répartis par domaines d'action." On discute de sujets qui seront peut-être à l'agenda de la prochaine COP30", lance François Grenade, membre de la délégation belge, travailleur pour l'ONG Humundi (ex-SOS Faim). Il participe à l'ensemble des activités prévues dans le secteur de l'agriculture et de l'alimentation. Selon lui, les discussions sur place rencontrent deux obstacles : "D'abord, les pays en voie de développement jugent l'objectif d'aide financière de 300 milliards de dollars par an insuffisant. Mais il n'y a aucune porte ouverte de la part des pays donateurs pour faire des efforts supplémentaires. Ensuite, on constate que le multilatéralisme climatique est en crise. C'est la loi du plus fort. On a du mal à y croire, car pour avancer ensemble il faut faire des compromis".
La question du financement climatique
François Grenade regrette que les discussions, au lieu de se concentrer sur les multiples enjeux à venir en matière environnementale, abordent avant tout des questions de modalités techniques et de financement. "C'est frustrant et impressionnant de constater à quel point les négociations sont procédurales. Le processus est extrêmement lent, et nous passons beaucoup de temps pour déterminer qui va payer." Le travailleur d'Humundi illustre ses propos avec un exemple : "Nous avons pu discuter quelques heures d'agriculture et d'alimentation sur le fond, ce qui n'était plus arrivé depuis un an et demi !".
"Il y a clairement une rupture de confiance entre les pays du Sud et du Nord. L'engagement des pays riches à payer pour les pays pauvres conclu à Bakou est devenu insuffisant, mille milliards de dollars par an sont en réalité nécessaires", explique Nicolas Bormann, chargé de recherche et de plaidoyer sur la justice climatique au sein du CNCD- 11.11.11. "De ce fait, la question du financement des mesures revient dans chaque discussion. Cela pourrit les négociations alors que la COP30 doit rehausser l'ambition globale en matière climatique".
Selon Nicolas Bormann, qui participe également à cette précop, on se trouve un peu dans la situation de la poule et de l'œuf : les pays en voie de développement attendent davantage de financement de la part des pays développés, qui eux aimeraient voir des engagements se concrétiser avant d'engager des moyens financiers dans l'aventure. "Et puis les pays du Sud sont mécontents du processus de financement des mesures climatiques, qui est opaque."
Nos deux interlocuteurs sont d'accord pour dire que les défis posés par le réchauffement climatique réclament une unité, alors que c'est la division qui règne pour le moment.
Que fera le Brésil ?
Pays hôte de la COP30, premier événement international en matière de climat depuis le retrait des États-Unis des Accords de Paris, le Brésil est attendu au tournant par les défenseurs de la cause environnementale. "Le président Lula a cherché à se positionner comme un leader en matière de climat, il jouit de la confiance de nombreux pays émergents et en développement, et est considéré comme un défenseur du multilatéralisme et un acteur clé au sein des BRICS. Fort de cette crédibilité, le Brésil intensifie ses efforts diplomatiques en vue de la COP 30", écrit l'Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri) sur son blog.
Le pays sud-américain profitera du pouvoir qui lui est donné pour mettre la déforestation de l'Amazonie à l'agenda des négociations. "J'espère que ce ne sera pas l'ambition principale, car la COP 30 doit aller plus loin que cela. Soit on va droit dans le mur, soit on rehausse l'ambition climatique", prévient Nicolas Bormann.
