L'IA et l'ADN environnemental pour traquer les espèces invasives en Europe : une révolution
Un nouveau projet européen, GuardIAS, vise à freiner la prolifération des espèces invasives dans les eaux européennes. Une initiative ambitieuse qui allie science, technologie et participation citoyenne pour protéger la biodiversité aquatique.
- Publié le 08-10-2025 à 13h50

Les moules zébrées, les crabes chinois ou encore les jussies aquatiques : ces espèces venues d'ailleurs s'installent dans nos lacs, rivières et mers, bouleversant les écosystèmes. Appelées "espèces exotiques envahissantes", elles figurent parmi les principales menaces pour la biodiversité mais aussi pour l'économie et la santé humaine. Selon la plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (Ipbes), elles seraient responsables de 60 % des extinctions mondiales documentées et coûteraient chaque année plus de 400 milliards de dollars à l'échelle planétaire.
Une riposte européenne coordonnée
Pour répondre à ce défi, l'Union européenne finance depuis janvier 2025 le projet GuardIAS (Guarding European Waters from Invasive Alien Species). Ce programme de recherche de trois ans, soutenu par Horizon Europe, rassemble scientifiques, gestionnaires de l'environnement et acteurs de terrain autour d'un même objectif : mieux prévenir, détecter et contenir les invasions biologiques dans les milieux aquatiques, qu'ils soient marins ou d'eau douce.
"Les espèces invasives sont l'un des principaux moteurs de la perte de biodiversité en Europe. Agir à l'échelle de l'UE apporte une réelle valeur ajoutée", déclarait ainsi Virginijus Sinkevičius, commissaire européen à l'Environnement, lors de la présentation du premier rapport sur l'application de la réglementation européenne en la matière. L'ambition affichée est claire : réduire de moitié, d'ici à 2030, le nombre d'espèces menacées par les invasives dans la liste rouge de l'Union internationale pour la conservation de la nature.
L'ADN environnemental pour anticiper les invasions
Pour y parvenir, GuardIAS mise sur des outils de pointe. L'intelligence artificielle servira à enrichir les bases de données européennes avec des informations sur la répartition et la biologie des espèces. Le projet explore également des revêtements nanotechnologiques destinés à limiter l'encrassement des coques de bateaux, l'un des principaux vecteurs de propagation des espèces invasives.
Mais l'innovation clé utilisée par GuardIAS dans ce combat repose sur l'utilisation l'ADN environnemental.
"Cet outil révolutionne la manière dont nous détectons et suivons les espèces invasives, explique le Dr Rein Brys, de l'Institut flamand de recherche sur la nature et les forêts (Inbo). L'ADN environnemental est de l'ADN prélevé à partir d'un échantillon de l'environnement, comme de l'eau ou du sol. Ces traces d'ADN ont des origines diverses et variées : des excréments, du mucus, des cellules de peau ou encore des écailles… Grâce à l'ADN environnemental, nous pouvons donc détecter la présence d'un organisme dans une rivière, un lac ou un habitat côtier avant même que les populations ne s'établissent. Cela donne aux gestionnaires un avantage temporel crucial et leur permet de mettre en place des mesures contre l'espèce exotique envahissante avant que l'invasion ne devienne incontrôlable", détaille-t-il.
Science, art et participation citoyenne
Mais GuardIAS ne se limite pas aux technologies. Les chercheurs entendent aussi mobiliser les citoyens. Des plateformes participatives comme iNaturalist seront enrichies d'images validées par des experts pour améliorer l'identification des espèces. Des événements créatifs, tels que les "BioArtBlitz", utiliseront l'art comme vecteur de sensibilisation. Les plaisanciers seront également invités à participer à des campagnes de surveillance dans les marinas, tandis que des jeux appliqués et des ateliers renforceront l'engagement du public.
Enfin, le projet intègre une dimension socio-économique : il analysera les déplacements de bateaux de plaisance, un facteur encore peu étudié de dispersion secondaire, et utilisera des modèles économiques validés pour évaluer les risques pesant sur les habitats critiques et les espèces menacées.
En combinant sciences naturelles, sciences sociales et technologies innovantes, GuardIAS espère offrir aux décideurs européens une boîte à outils complète pour endiguer un fléau en pleine expansion. Avec le dérèglement climatique et la mondialisation, la pression des espèces invasives sur nos écosystèmes aquatiques ne fera en effet que s'accentuer.