En l'absence de mesures rapides et adéquates, une menace pourrait causer plus de décès que le cancer d'ici 2050
Pointée du doigt depuis un certain temps déjà, la résistance aux antimicrobiens inquiète de plus en plus les scientifiques qui insistent sur l'urgence de renforcer la vaccination.

- Publié le 18-11-2024 à 14h01
- Mis à jour le 18-11-2024 à 14h08

D'ores et déjà responsable de 1,27 million de décès par an dans le monde, dont plus de 500 en Belgique, la résistance aux antimicrobiens (RAM) pourrait entraîner, d'ici 2050, plus de décès que le cancer si des mesures adéquates ne sont pas prises rapidement, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Aussi, à l'occasion de Semaine mondiale de sensibilisation à la RAM (du 18 au 24 novembre), l'Institut européen de vaccinologie Plotkin (EPIV-ULB) tient à rappeler et souligner l'importance de la vaccination pour freiner l'augmentation des pathogènes résistants aux traitements.
Reconnue comme l'une des plus grandes menaces sanitaires du XXIe siècle, la résistance aux antimicrobiens inquiète de plus en plus le monde scientifique qui insiste sur l'urgence d'une stratégie renforcée. "Alors que les antimicrobiens perdent de leur efficacité et que les traitements deviennent de plus en plus complexes, il est impératif de s'appuyer sur des traitements complémentaires, soulignait, ce lundi l'EPIV-ULB. Parmi elles, la vaccination se démarque comme une approche préventive puissante, permettant de réduire directement et indirectement la propagation des pathogènes existants."
L'intérêt de la vaccination
À titre préventif, les vaccins permettent d'empêcher des infections telles que la pneumonie ou la méningite à pneumocoque, et d'ainsi limiter le recours aux antibiotiques. De plus, en prévenant les infections virales, la vaccination diminue le risque de surprescriptions d'antibiotiques encore trop souvent administrés à mauvais escient. Enfin, on sait que l'immunité collective obtenue grâce à la vaccination a pour effet de freiner la transmission des agents pathogènes résistant en limitant leur circulation au sein de la population.
Pour l'Institut européen de vaccinologie Plotkin, si la Belgique veut maximiser l'effet des vaccins dans la lutte contre la RAM, elle doit se concentrer sur plusieurs axes stratégiques. Ainsi, augmenter la couverture vaccinale en atteignant une couverture élevée des vaccins recommandés pour prévenir efficacement la propagation de certains pathogènes résistants, est une de ces priorités.
De même, innover et développer de nouveaux vaccins s'avère nécessaire, tout comme renforcer la surveillance épidémiologique, par la collecte et l'analyse de données au niveau national, de façon à mieux comprendre l'impact des vaccins sur l'évolution de la RAM et ainsi orienter les politiques de santé publique. Sensibiliser le grand public, comme cela se fait depuis un certain temps déjà par le biais de campagnes, est également nécessaire pour contrer l'hésitation vaccinale.
Enfin, renforcer la formation des professionnels de la santé afin d'encourager des pratiques préventives et l'utilisation raisonnée des antibiotiques est aussi une nécessité selon l'EPIV qui demande en outre à ce que de nouvelles études plus approfondies soient financées pour compléter les données lacunaires sur l'impact précis de la RAM.
La Belgique, mauvais élève
"Malgré une diminution progressive de l'usage des antibiotiques entre 2016 et 2024, la Belgique reste l'un des pays européens les plus consommateurs", rappellent pour leur part les Mutualités Libres qui, elles aussi, appellent à des efforts redoublés pour atteindre les objectifs fixés, entre autres, par le plan d'action national belge AMR One Health et le Centre fédéral d'expertise des soins de santé (KCE). Une analyse menée auprès de 2,3 millions d'affiliés des 3 Mutualités Libres (Partenamut, Helan et Freie Krankenkasse) montre en effet qu'entre juillet 2016 et juin 2024, la consommation d'antibiotiques a légèrement baissé, atteignant 17,8 doses journalières définies pour 1 000 habitants par jour. "Une baisse contrastée par une consommation repartie à la hausse après la pandémie de COVID-19", notent cependant les Mutualités Libres, qui constatent en outre que, entre juillet 2023 et juin 2024, des antibiotiques remboursés ont été délivrés par une officine publique à un tiers de ses affiliés.
Un premier objectif, selon les Mutualités, serait de réduire à 5 % du volume total d'antibiotiques l'utilisation des quinolones, qui sont des antibiotiques à large spectre utilisés pour traiter des infections graves. En 2022, on se situait encore à 7 %. Un autre objectif serait de parvenir à une diminution globale de 40 % de la consommation d'antibiotiques par rapport à 2019. "Après une baisse temporaire pendant la pandémie, la consommation d'antibiotiques est remontée dès 2021, atteignant à nouveau des niveaux similaires à ceux de 2019", regrettent les Mutualités, qui visent aussi une utilisation modérée des antibiotiques de deuxième ligne, lesquels représentent aujourd'hui encore environ 47 % de la consommation totale.
"Un objectif a néanmoins été atteint, se félicitent les Mutualités Libre qui pointent l'utilisation majoritaire (65 %) des antibiotiques de la catégorie "Access" de l'OMS. Ces antibiotiques, efficaces contre des pathogènes courants, ont un potentiel de résistance plus faible. En 2024, 69 % des antibiotiques utilisés en Belgique appartiennent à cette catégorie, ce qui dépasse l'objectif initial".
Selon l'OCDE, la résistance aux antibiotiques provoque chaque année 79 000 décès, avec 1 infection sur 5 déjà résistante aux antibiotiques dans les pays membres. En Belgique, en 2019, environ 1 infection sur 11 était résistante, affectant en particulier les populations les plus vulnérables comme les personnes âgées et les très jeunes enfants. Des chiffres qui ont de quoi interpeller.