Quand allez-vous prendre un coup de vieux? Des chercheurs identifient deux âges où le corps subit des pics de vieillissement
En cherchant des périodes auxquelles surviennent plus fréquemment certains changements aux niveaux moléculaire et biochimique, une équipe de l'Université de Stanford aux États-Unis a mis en évidence deux moments critiques où le vieillissement s'accélère.

- Publié le 26-03-2025 à 11h08

Dans la vie, il y a des caps, comme on dit, plus ou moins difficiles à franchir, selon les individus. Certaines décennies, notamment. Et si, au-delà de l'aspect purement psychologique, ces étapes étaient associées à des changements physiologiques plus marquants à certains âges ? C'est précisément l'objet des recherches d'une équipe de l'Université de Stanford, aux États-Unis. Publiée dans la revue scientifique Nature Aging, cette étude met en évidence deux "pics de vieillissement", en l'occurrence à 44 ans et à 60 ans. Deux moments clés où le corps humain prendrait en quelque sorte un coup de vieux, comme si le vieillissement n'était pas aussi progressif et linéaire qu'on pourrait a priori le penser.
"Nous cherchions à identifier la période à laquelle les changements et les troubles survenaient le plus fréquemment à un niveau moléculaire et biochimique", explique Michael Snyder, co-auteur de l'étude et chef du département des études génétiques à la Stanford Medicine. Pour ce faire, 108 participants âgés de 25 à 75 ans, d'origines ethniques différentes habitant en Californie, ont été suivis pendant une période médiane de 1,7 an mais jusqu'à 6,8 ans pour certains. Tous les 3 à 6 mois, des prélèvements et diverses analyses ont été effectués. De quoi recueillir plus de 135 000 molécules et microbes différents.
Les analyses de tous ces échantillons ont permis d'identifier deux périodes pivots auxquelles, en raison de changements biologiques significatifs, le corps avait tendance à vieillir plus rapidement, en l'occurrence le milieu de la quarantaine et l'aube de la soixantaine. Ainsi, les évolutions des protéines du tissu adipeux expliqueraient l'augmentation du taux de cholestérol ou la prise de poids, à la quarantaine, et des changements qui affectent le métabolisme permettraient de comprendre pourquoi nous avons plus de mal à absorber la caféine, l'alcool ou encore les lipides avec l'âge. Quant au début de la soixantaine, certains changements moléculaires pourraient expliquer l'apparition plus fréquente des troubles cardiovasculaires, du diabète, des problèmes rénaux, des cancers.
Une méthodologie rigoureuse
Si les chercheurs soulignent que "des recherches supplémentaires sont nécessaires pour la validation des données", l'étude n'en reste pas moins fort intéressante, selon le Dr Marie de Saint-Hubert, gériatre au CHU UCL Namur. "Au niveau de la méthodologie, les chercheurs ont travaillé de façon vraiment rigoureuse. Ils se sont intéressés au suivi longitudinal d'une centaine de participants pendant plusieurs années, de 2 à 7 ans selon les sujets. Tous les trois à six mois, ils ont effectué des prélèvements biologiques (sang, urines, frottis nasaux, selles, peau, salive), ce qui a permis de recueillir un nombre vraiment très important de données et toute une série de biomarqueurs. En analysant l'évolution de ces différents marqueurs au cours du temps, ils ont constaté qu'il y avait deux accélérations du vieillissement, la première au milieu de la quarantaine et la seconde au début de la soixantaine".
Bien que ces résultats ont sans doute déjà été suggérés dans d'autres études, montrant entre autres que certaines maladies (notamment les pathologies dégénératives comme Parkinson) se diagnostiquent plus fréquemment, "cette étude pourrait en partie expliquer ou permettre de mieux comprendre pourquoi ces pics de vieillissement se produisent à ces moments-là, poursuit le Dr de Saint-Hubert. Les chercheurs n'ont pas mis de pathologies particulières en évidence. Ils se sont avant tout intéressés aux marqueurs biologiques, sur base de quoi ils ont émis des hypothèses. Ce n'est d'ailleurs pas parce qu'un marqueur biologique apparaît que la maladie survient nécessairement. Pour la maladie d'Alzheimer, par exemple, on peut en effet observer des anomalies au niveau des biomarqueurs, sans que la maladie soit présente. Et inversement".
Alors qu'ont voulu montrer plus précisément les auteurs de l'étude ? "Ils ont montré que, comme ces marqueurs biologiques subissent des variations avec des pics précis de vieillissement au cours du temps, le vieillissement n'est pas quelque chose de linéaire, explique encore la gériatre. Leur projet consiste à pouvoir amener des éléments pour mieux comprendre les processus biologiques moléculaires impliqués dans ces changements, savoir à quels moments on observe le plus de changements biologiques et ensuite voir s'ils sont corrélés avec certaines pathologies. Ils ne peuvent pas, à ce stade, établir un lien de causalité. Il s'agit ici encore de résultats préliminaires et d'un travail de recherche fondamentale, sur un nombre limité de personnes".
Les événements de la vie qui font vieillir
En tant que gériatre, Marie de Saint-Hubert est bien placée pour dire qu'une personne de 75 ans n'est pas l'autre. "Il y a des gens de 75 ans très actifs, et puis des gens de 75 ans en maison de repos, profondément dépendants, avec des troubles cognitifs majeurs, illustre-t-elle. Ce qui montre aussi que quelque part ce processus de vieillissement n'est pas directement et uniquement lié à l'âge comme tel. Le chiffre de l'âge ne suffit pas pour refléter ce vieillissement. J'aurais tendance à proposer comme hypothèse que les événements de vie, qu'ils soient physiques, comme la survenue d'une maladie, un accident, ou des événements de vie personnelle, comme un décès, la perte brutale d'un travail, sont aussi des éléments qui ont un impact sur la trajectoire du vieillissement. Et cela pourrait peut-être se mesurer aussi biologiquement. Mais typiquement, ces événements de vie ne sont pas planifiés. On ne peut pas dire qu'ils arrivent plus à 45 ou à 60 ans".
Pour la spécialiste, il importe d'insister avant tout sur la prévention globale du vieillissement. "Je pense que la prévention doit s'intégrer dans un parcours de vie qui ne doit pas être strictement lié à l'âge, mais qui peut parfois être lié à des moments, à des étapes. Pour moi l'élément essentiel de la prévention, c'est vraiment l'aspect mobilité au sens très large, souligne le Dr de Saint-Hubert. Quand on dit activité physique, cela ne signifie pas faire du fitness ou du running tous les jours, mais simplement rester en mouvement. C'est en effet un élément essentiel dans la prévention de toute une série de maladies, de l'impact du vieillissement. Tout comme il faut porter de l'attention à l'état mental, à l'état cognitif, à la nutrition, à la participation sociale… Selon moi, deux personnes qui ont les mêmes marqueurs du vieillissement mais qui évoluent dans des environnements différents vont probablement avoir des impacts différents. "