"Les Européens risquent de manquer de médicaments, y compris d'antibiotiques courants et d'autres traitements vitaux"
La Cour des comptes européenne a présenté ce mercredi un rapport détaillé sur les pénuries chroniques de médicaments qui ont atteint des records ces dernières années dans l'UE. La Belgique en tête.

- Publié le 17-09-2025 à 17h03
- Mis à jour le 17-09-2025 à 20h19

Problème chronique depuis longtemps dans l'ensemble de l'Union européenne, et encore plus frappant en Belgique, les pénuries de médicaments ont atteint des niveaux records ces deux dernières années. Ainsi, des pénuries critiques de 136 médicaments ont été enregistrées entre janvier 2022 et octobre 2024 dans les États membres de l'UE.
Face à ce phénomène inquiétant, la Cour des comptes européenne a présenté, ce mercredi matin, un audit détaillé dressant un état des lieux, avançant les principales explications de ces problèmes structurels, évaluant l'efficacité des mesures prises par l'UE et l'Agence européenne du médicament (EMA) pour prévenir et atténuer les pénuries critiques en s'attaquant aux causes profondes et énonçant une série de recommandations.
"Aussi longtemps que ces actions ne seront pas suivies d'effets, les Européens risquent de manquer de médicaments, y compris d'antibiotiques courants et d'autres traitements vitaux, ont averti les auteurs du rapport. L'UE a besoin d'un antidote efficace contre les pénuries critiques et doit en soigner les causes profondes. Il en va également de l'autonomie stratégique de l'Europe".

Voici, en substance, ce que l'on peut retenir de ce volumineux rapport.
1 – Le contexte à l'heure actuelle
Alors que le manque de médicaments constitue un problème chronique dans l'ensemble de l'UE, constate la Cour, "l'Union européenne ne dispose toujours pas d'un système bien rodé permettant de lutter contre les pénuries graves, […] qui peuvent affecter toutes les catégories de médicaments, aussi bien les médicaments brevetés innovants et les génériques non brevetés que les vaccins. Elles deviennent critiques lorsqu'aucun médicament de substitution approprié n'est disponible au niveau national, et qu'une action coordonnée à l'échelle européenne est nécessaire pour les gérer et remédier à la situation". Pour prévenir et atténuer ces pénuries graves, faute de cadre juridique adéquat et de communications en temps utiles d'informations exploitables, il est indispensable d'améliorer le système actuel.
2 – Quelles sont les principales causes de ces pénuries ?
Parmi les nombreuses causes profondes identifiées par la Commission européenne, on peut citer les vulnérabilités de la chaîne d'approvisionnement. Une partie importante de la production – d'antibiotiques et d'antalgiques en particulier – est en effet délocalisée en Asie, ce qui rend les pays européens dépendants et vulnérables en matière d'approvisionnement en médicaments. En outre, la Cour mentionne aussi le fait que l'obligation qu'a l'industrie de garantir la continuité de l'approvisionnement n'est pas vraiment suivie d'effets. Un autre facteur qui ne fait qu'aggraver les manques est, paradoxalement en raison des pénuries, la tendance de nombreux États membres à stocker des médicaments sans se concerter. Par ailleurs, "la fragmentation du marché unique des médicaments de l'UE entrave leur libre circulation et leur disponibilité, et fait que l'accès à ces derniers n'est pas le même pour tous", soulignent les auditeurs.
3 – Quelles sont les mesures d'ores et déjà prises ? Ou non ?
Une proposition de modification de la législation européenne en matière de libre circulation et de disponibilité a été introduite. Par ailleurs, si le renforcement du rôle de l'EMA ces dernières années – en particulier pendant la pandémie de Covid-19 et notamment au niveau de la coordination – a permis une certaine réduction de l'impact des pénuries, l'EMA n'est toujours pas habilitée à venir en aide aux pays de l'UE en dehors d'une crise sanitaire.
Outre le présent audit, une autre avancée, toujours avec un bémol, est l'établissement de la première liste de médicaments critiques à l'échelle de l'UE, même si cela ne garantit pas pour autant leur disponibilité. Quant à s'attaquer aux causes sous-jacentes des pénuries critiques, "les efforts déployés sont encore très limités", déplorent les auteurs du rapport.
4 – Quelles sont les recommandations des auteurs de l'audit ?
La première recommandation formulée est de continuer à améliorer le système visant à remédier aux pénuries critiques. Et cela, par diverses actions : gestion par l'EMA d'une base de données des médicaments et d'une plateforme de signalement uniques, amélioration de la communication avec le grand public, existence de dispositifs adéquats permettant de rétablir l'approvisionnement continu en médicaments en cas de pénurie critique. Lancer une action globale et coordonnée pour traiter les causes profondes de ces pénuries et améliorer le fonctionnement du marché unique des médicaments en levant les obstacles sont deux autres recommandations.
Insuffisamment informée des pénuries, selon l'audit, "l'EMA a besoin d'informations actualisées, complètes et comparables pour être en mesure de prévenir les pénuries critiques ou de soutenir les États membres lorsque celles-ci se produisent au niveau national". Il est à noter cependant que, depuis novembre 2024, l'EMA héberge la plateforme européenne de surveillance des pénuries, qui doit servir de portail de signalement harmonisé des pénuries dans le cadre de la préparation des crises sanitaires ou durant celles-ci.
À savoir
Les États membres sont libres de fournir les soins de santé comme ils l'entendent. Ils sont aussi les principaux acheteurs de médicaments dans l'UE. Leurs dépenses de santé représentent entre 5,5 % et 12,6 % de leur richesse économique, mesurée par le PIB. Au total, ces dépenses s'élevaient à 1 648 milliards d'euros en 2022.