Séisme au Venezuela : "L'accumulation de trois paramètres fait que cela va être une catastrophe"
L'analyse du sismologue belge Thomas Lecocq sur le double séisme qui a touché cette nuit le Venezuela.

- Publié le 25-06-2026 à 13h15
- Mis à jour le 26-06-2026 à 11h44

Thomas Lecocq est le chef du service de séismologie à l'Observatoire royal de Belgique. Il apporte son éclairage sur le tremblement de terre qui a frappé le Venezuela cette nuit.
Le Venezuela se trouve-t-il dans une région propice aux tremblements de terre ?
Cette zone est l'une des plus actives de notre planète. Dans cette région, se trouve un patchwork de plaques et de forces tectoniques énormes. Le séisme s'est produit entre la plaque Caraïbe et la plaque Sud-Américaine. La première a coulissé par rapport à l'autre, probablement sur plusieurs mètres, la croûte terrestre a pu avoir cassé sur 100 km de long. C'est un système très actif, qui bouge beaucoup : on observe plus de deux centimètres par an de mouvement relatif de l'une par rapport à l'autre. Cette accumulation d'énergie, à un moment, se relâche et provoque des séismes de ce genre de de magnitude.
Les deux séismes se sont succédé très rapidement…
Le fait qu'on en ait eu deux de suite est plus inhabituel, du moins de cette magnitude 7, car la zone a tout de même subi une série de tremblements de terre de magnitude supérieure à 6 l'an dernier. On peut considérer ici qu'il s'agit de répliques, le premier étant le précurseur du second. Mais cette nuit, les gens ont eu l'impression d'un seul séisme, particulièrement long. Pour la population sur place, les vibrations du premier n'étaient pas encore terminées que le deuxième a commencé. D'autant qu'un séisme de magnitude 7 provoque de longues vibrations. Et a fortiori dans une situation géographique comme ici, avec des bassins sédimentaires.
C'est-à-dire ?
Ces bassins sédimentaires se trouvent dans la vallée qui mène à la côte. Ils entraînent des effets d'amplification du séisme. Ces structures vont résonner et rallonger la durée du tremblement de terre. Concrètement, dans cette région, la tectonique a provoqué des structures de montagneuses, et entre ces montagnes, se trouvent de grandes vallées. Dans ces vallées, sous vos pieds, il y a non de la roche dure mais des sédiments meubles. Ces sédiments peuvent piéger les ondes sismiques entre les montagnes et donc provoquer un effet de résonance comme une cloche qui sonne.
Cette durée allongée a-t-elle des implications en termes de gravité des impacts ?
Cela pourrait en effet avoir entretenu une certaine oscillation de structure, de bâtiment, de terrain qui pourrait provoquer un effet de fatigue de bâtiment. Cela devra être néanmoins être confirmé sur place ainsi qu'avec les modélisations qui suivront. Mais une telle situation est en effet peut-être pire que deux séismes espacés dans le temps.
De manière générale, l'accumulation de trois paramètres – les deux séismes l'un derrière l'autre, la situation géographique décrite et la proximité avec les villes – fait que oui, cela va être une catastrophe. Lorsque dès les premières heures, on annonce que des bâtiments multi-étages se sont effondrés et que l'on compte des dizaines de décès, on sait qu'il s'agit d'un événement majeur. Les dégâts économiques et humains vont être énormes, on parle d'ailleurs ici d'intensité 9 sur l'échelle de dégâts. Il faut rappeler qu'un séisme de magnitude 7 est de grande ampleur. La majorité des structures construites par l'humain sur la Terre ne résisteront d'ailleurs pas à proximité d'un séisme d'une telle magnitude ou en tout cas seront fortement endommagées.
Doit-on s'attendre à des répliques dans les prochains jours ?
Le risque de réplique est en effet assez fort pour des événements de cette ampleur. On observera certainement des répliques de magnitude 6 ou 5 dans les jours ou semaines qui viennent. Ce qui veut dire que cela compliquera les opérations de recherche de victimes, car lors des recherches dans un bâtiment effondré, en cas de nouveaux séismes, les opérations s'arrêtent. Nous sommes donc face à une catastrophe de grande ampleur, qui va probablement nécessiter de l'aide, en tout cas régionale, pour que le pays puisse s'en sortir.
