"Il faut s'attendre à ce que d'autres provinces soient touchées" : faut-il s'inquiéter du virus du Nil, qui a fait deux victimes en Flandre ?
Le virus du Nil occidental a fait deux victimes en Flandre. Transmis par des moustiques communs et favorisé par les températures plus élevées, il pourrait s'étendre à d'autres régions du pays.

- Publié le 15-10-2026 à 16h39
- Mis à jour le 15-10-2026 à 17h24

Deux personnes sont mortes en Flandre après avoir contracté le virus du Nil occidental, a annoncé le Departement Zorg, l'agence flamande de la santé, ce jeudi. Les deux victimes appartenaient à un groupe à risque de développer une forme grave de la maladie.
Faut-il y voir le signe d'une installation durable du virus chez nous ? Pour Steven Van Gucht, virologue à Sciensano, la réponse est claire : "le virus est sur le territoire et il ne va pas disparaître."
Découvert en 1937 en Ouganda, dans la région du Nil occidental, ce flavivirus circule depuis les années 1960 autour du bassin méditerranéen. Il gagne désormais du terrain vers le nord : l'Allemagne, les Pays-Bas et la France sont touchés, cette dernière enregistrant des chiffres record.
La prise en charge reste symptomatique : médicaments classiques, et en soins intensifs, contrôle de la fièvre et soutien des fonctions vitales"
Comment attrape-t-on ce virus ?
Ces décès n'ont donc pas surpris le virologue. "Ce qu'on voit maintenant était attendu. Depuis quelques semaines, nous avons des cas humains, dont des cas avec symptômes sévères", explique-t-il.
La Belgique compte à ce stade environ 16 personnes présentant des symptômes sévères ou des cas confirmés, selon Sciensano.
Aux Pays-Bas, le bilan est plus lourd : environ 59 cas humains confirmés et 10 décès. Chez nous, les deux victimes belges étaient déjà fragilisées. Le virologue souligne qu'on ne sait pas encore tout : d'autres décès pourraient s'ajouter, la maladie évoluant sur plusieurs semaines chez des patients déjà malades.
D'ailleurs, comment attrape-t-on le virus ? La réponse est connue : par une piqûre de moustique classique, et uniquement de cette manière: le virus ne se transmet pas d'une personne à l'autre, ce sont les oiseaux sauvages qui constituent le réservoir. Le moustique qui pique un oiseau infecté peut alors ensuite transmettre le virus à l'humain ou au cheval. Les rares exceptions sont la transfusion, la greffe d'organe et la transmission de la mère au fœtus.
Contrairement à une idée répandue, il ne s'agit ni du moustique tigre ni d'une espèce exotique. "Beaucoup de gens pensent que c'est un moustique exotique, mais non : le virus du Nil est transmis par des moustiques classiques, des Culex, que nous connaissons depuis toujours", insiste le spécialiste. Ce moustique commun pique surtout en soirée et pendant la nuit.
Ce qui a changé : le climat
"Ni le virus ni le moustique n'ont changé. Ce qui a changé, c'est probablement le climat", explique le virologue. Et pour cause, chez nous, il fait de plus en plus chaud, ce qui favorise la croissance du virus et le développement du moustique. Ce dernier a en effet besoin de conditions précises : une température moyenne plus élevée, de jour comme de nuit, permet au virus de se multiplier.
D'ailleurs, environ 80 % des personnes infectées ne remarquent rien. Environ 20 % développent un syndrome grippal : fièvre, maux de tête, nausées, parfois rougeur de la peau, d'après les données européennes disponibles.
Cette fièvre n'est d'ailleurs pas toujours reconnue comme celle du virus du Nil, et ces patients ne sont souvent pas testés, puisqu'ils vont mieux après quelques jours.
Et environ 1 % des personnes infectées, voire moins, développent des symptômes sévères, avec une atteinte neurologique : encéphalite ou méningite lorsque le virus atteint le cerveau. Selon les statistiques européennes, un malade sur dix dans cette catégorie ne survit pas. "Les patients peuvent souffrir de psychose, de paralysie. La plupart récupèrent, mais des séquelles neurologiques peuvent subsister pendant des années chez ceux qui survivent."
Sans surprise, les formes sévères touchent surtout les personnes âgées, dont le système immunitaire fonctionne moins bien.
Pas de vaccin, pas de traitement
"On ne teste pas systématiquement, donc il y a probablement une sous-estimation. Cela ne m'étonnerait pas qu'il y ait un certain degré de sous-déclaration", poursuit Van Gucht. En Europe, des centaines de personnes meurent chaque année du virus, l'Italie étant le pays le plus touché, ce qui s'explique sans doute par sa bonne surveillance, le pays rapportant et suivant les cas de plus près que nous.
Si le virus du Nil appartient à la même famille que la dengue, mais le vecteur diffère : la dengue est transmise par des moustiques exotiques. Les maladies aussi : la dengue est surtout dangereuse lors d'une seconde infection, qui peut provoquer un choc hémorragique, alors que la première se limite à une fièvre douloureuse. Le virus du Nil, lui, touche le cerveau.
Problème, il n'existe aucun vaccin humain. Des candidats sont bien en cours de recherche, mais surtout au stade de la phase 1 : rien n'est donc avancé au point d'arriver sur le marché. Les chevaux, eux, peuvent être vaccinés, aux frais du propriétaire. "Il n'y a pas non plus d'antiviral spécifique. La prise en charge reste symptomatique : médicaments classiques, et en soins intensifs, contrôle de la fièvre et soutien des fonctions vitales", détaille Sciensano.
Côté bonne nouvelle, la saison devrait se terminer d'ici la fin du mois, les moustiques étant moins actifs en automne. "Je pense que cela va se calmer, même si on risque encore de voir des décès de personnes malades depuis des semaines." Les nouveaux cas deviennent donc de moins en mois probables.
Mais les spécialistes prévoient un retour du virus. Pour l'instant, il est surtout détecté sur l'axe Malines-Anvers et dans le Brabant flamand. "Honnêtement, je ne vois pas pourquoi il resterait là-bas. L'année prochaine, il faut s'attendre à ce que d'autres provinces soient touchées. Il faut bien surveiller : il est possible qu'il se dissémine plus largement sur le territoire", estime Steven Van Gucht. Au printemps prochain, il faudra donc s'attendre à ce qu'il soit toujours là, d'où l'intérêt de sensibiliser le public avant la saison.
Dès que le soleil baisse, mieux vaut donc porter des vêtements longs et couvrants, appliquer un répulsif sur la peau découverte et installer une moustiquaire.